Braga – Guimarães, une rivalité millénaire

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Crédit : SC Braga
Ligue 1

Vous connaissez assurément le Derby de Lisbonne opposant les voisins Benfica et Sporting, ou encore le Clássico portugais voyant s’affronter Porto et le SLB. Il est pourtant de ces confrontations moins fameuses, moins médiatisées, mais tout aussi intenses. Voir bien plus profondes. Parler du football lusitanien en omettant le torride derby du Minho serait une puérile étourderie. Ce soir à 19H00, le SC Braga et le Vitória SC se battront durant 90 belliqueuses minutes. A la clé ? 3 points cruciaux pour ces équipes visant les places européennes, mais par dessus tout l’honneur d’une région sempiternellement disputée.

A l’origine, un litige

Crédit : Anetours.

Inutile d’exploiter des sources sportives pour comprendre le fondement de cette détestation. C’est dans un ouvrage d’Histoire que vous décélérez la réponse. L’opposition entre ces deux grandes cités voisines de 20 kilomètres – Braga et Guimarães, remonte à 1000 ans. Tout commence par une lutte religieuse. Au début du XIème siècle, D. Afonso Henriques fonde la nation portugaise à Guimarães, qui devient une cité-état (obéissant à ses propres lois, régit par ses propres impôts.) Son monastère gagne en prospérité et bénéficie de privilèges. Cela provoque l’ire de l’archevêque de Braga, qui perdant son autorité, se plaint de cette injuste situation au pape.

La rivalité entre les deux villes gagne rapidement d’autres domaines, une dimension politique voit le jour. Les gouvernement successifs facilitent la concentration des pouvoirs régionaux à Braga, capitale du district englobant Guimarães, depuis 1835. Les tensions envahissent l’Université du Minho, dont la répartition entre les deux cités fit polémique. Cette rivalité est encore tangible aujourd’hui : aucune ligne ferroviaire relie les deux agglomérations, lesquelles appartiennent à des régions touristiques différentes. Des propos ignominieux sont fréquemment tagués à l’entrée des villes.

Et puis vint le sport…

Crédit : Vitoria SC

Le SC Braga est fondé en 1921, avec comme symbole le blason religieux de la municipalité. Un an plus tard, le Vitória SC voit le jour, fruit de la fusion des différents clubs de Guimarães. Ils se répartissent longtemps durant la quasi-totalité des titres régionaux. Comme souvent au Portugal, les deux camps utilisent des surnoms afin d’invectiver l’autre. Dans les années 1990, les affectionnés du Vitória SC incendient le véhicule d’un arbitre après une rencontre contre le SC Braga, prétendument volée. “Si c’est pour être traités de la sorte, autant aller jouer en Espagne!” hurlent-ils. Et depuis ce jour là, les Bracarenses qualifient ironiquement leur rival d'”Espagnols” (une irritante provocation lorsque l’on connaît l’identité patriotique du Vitória) , tandis que les Vimaranenses baptisent leur ennemi “les Marocains”, en rétorsion.

Abstraction faîtes de trois géants nationaux (Benfica, Porto, Sporting), Braga et le Vitória sont les uniques écuries portées par une puissante masse supportrice. Avec chacun 25 000 adhérents, les affluences obtenues sont tout à fait acceptables. L’objectif pour les deux formations ? Être irrémissiblement perçu comme LE 4ème club du Portugal. La constance de ses résultats et la légère ascendance de son palmarès semblent conférer à Braga ce statut. Les Arsenalistas comptabilisent deux Coupes du Portugal, une Coupe de la Ligue, une position de vice-champion en 2010 mais surtout une précieuse finale d’Europa League disputée. Côté Guimarães, une Supercoupe nationale, une Coupe du Portugal et un plus grand nombre de présence en première division. Mais prioritairement un atout : des supporters d’avantage nombreux, actifs, bruyants, et peut-être plus attachés à leur territoire. Cependant, aucun titre de champion : d’un côté comme de l’autre.

Guerriers, combattez !

Crédit : Visão de Mercado

Le bilan des confrontations de l’ultime décennie est clairement favorable au SC Braga, ayant remporté 13 des 26 rencontres disputées. On compte en outre 7 matchs nuls et 6 succès du Vitória SC. Sur la totalité des rencontres disputées, les deux clubs sont en revanche au coude-à-coude. Les scores sont ordinairement équilibrés (comme en atteste un spectaculaire 3-3 en 2016.) Exception faite de la leçon de football infligée la saison passée par les hommes d’Abel Ferreira à Guimarães : un 5-0 à la maison, conçu comme une ignoble flétrissure. La sécurité de l’Estádio Municipal de Braga sera ce soir renforcée. Il est fréquent de voir survenir des rixes dans les tribunes ou aux abords du stade. A plusieurs reprises, on a assisté à d’invraisemblables lancers de sièges.

Pour Braga, l’objectif sera de conforter son honorable 3ème place – être sur le podium est devenu obsessionnel –  en maintenant une avance de trois points sur le Sporting. Les locaux devront se passer d’Esgaio (blessé) mais pourront compter  sur des joueurs comme Dyego Sousa, qui vient de prolonger jusqu’en 2022. Guimarães (6ème) souhaitera dépasser Moreirense au classement pour enfin pénétrer dans le top 5. Luís Castro sera contraint de faire sans son milieu Joseph Amoah mais profitera du retour d’André André. SCB et VSC restent tous deux sur une victoire 1-0 lors de la dernière journée, respectivement contre Rio Ave et Marítimo.

Le football est certainement un catalyseur des passions. Nous venons d’évoquer les origines religieuses, politiques puis sportives alimentant celle entre Braga et Guimarães. Ce soir dans les bistrots du Minho, la population régionale halètera, exultera, s’égosillera. Peut-être fera-t-elle coulée ses larmes ? Après tout, c’est un derby.

A lire aussi : Pourquoi le football portugais va-t-il mal ?

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