A travers l'histoire, de nombreux sportifs ont marqué des générations entières et gravé ad vitam aeternam leurs noms dans les annales ceci grâce à une discipline à qui on serait tenté dans certains cas en l'occurrence de donner leur nom. Il n'en demeure pas moins que d'autres encore ont dû changer de discipline avant de se donner une étoffe… D'aucuns par contre effectueront cette mutation par caprice, par folie des grandeurs, par fantasme ou encore par déchéance et donc; à tort ou à raison. Décryptage.

Ryan Bailey, Lolo Jones et Tyson Gay : des pistes d'athlétisme au bobsleigh

L'histoire retiendra que trois sprinters américains et non des moindres ont à un moment donné de leur carrière troqué leur arsenal traditionnel contre les vestiges du bobsleigh : ce sport hivernal qui met aux prises deux équipes de deux ou quatre bobbeurs, assis en file et qui effectuent des courses chronométrées à bord d'un engin caréné glissant sur une étroite et sinueuse piste glacée en pente. Pour précision, il est présent aux Jeux Olympiques d'hiver depuis 1924. Pour ce qui est de ces sprinteurs reconvertis, on notera Ryan Bailey, membre du relais 4x100m déchu de la médaille d'argent aux JO de 2012 en raison de l'effet rétroactif de la suspension de Tyson Gay pour dopage. Faits majeurs dans cette nouvelle carrière que l'athlète a embrassée : sa participation en janvier 2017 à une compétition internationale à Park City en bob à 2 et à 4 et sa sélection dans l'équipe des Etats-Unis pour l'épreuve de bobsleigh des Jeux Olympiques d'hiver de Pyeongchang en 2018.  Malheureusement pour le natif de Portland, il sera privé de ladite compétition pour cause de dopage. Lui aussi.

Et comme si les deux athlètes avaient une histoire intimement liée, Tyson Gay deviendra lui aussi bobbeur. Le champion du monde du 100 m, 200 m et du relais 4×100 m en 2007 à Osaka au Japon professera lui également un amour de circonstance pour ce sport d'hiver en 2016. Il sera toutefois recalé la même année alors qu'il devait participer aux championnats des États-Unis de la discipline. Malgré sa bonne foi et toute sa détermination, l'ancien monstre des pistes sera jugé trop inexpérimenté.

Le bobsleigh, c'est aussi le sport qu'a choisi pour sa reconversion Lolo Jones. Et pour l'ancienne championne du monde de 60 m haies en salle, la reconversion sera une vraie réussite. Pour preuve, en 2013, aux mondiaux de la discipline, l'ex-sprinteuse s'adjugea la médaille de bronze en équipe mixte puis le titre mondial en bob à deux aux côtés de Kallie Humphries lors des mondiaux de 2021.

 

Fabien Barthez : l'ex-rempart des bleus qui se dédiera au sport automobile

Gardien de buts emblématique de l'équipe de France de Football et notamment champion du monde en 1998, c'est sur le circuit automobile que Fabien Barthez se fera une vie et pas des moindres après le foot. Et pour une reconversion, le changement de paradigme de l'ancien gardien de Manchester United est un sacré succès puisque le principal concerné fera montre d'une adresse et d'une agilité probantes au volant également. Ayant en l'occurrence opté pour le rallye automobile, le «divin chauve» a même remporté le championnat de France de Grand Tourisme en 2013. La même année, Barthez va également participer deux fois aux 24 Heures du Mans. De décembre 2013 à septembre 2014, il est aussi le directeur général du Luzenac Ariège Pyrénées.

Jean Galfione : le perchiste devenu un inconditionnel de la voile

De la perche à la voile, il y a certainement plusieurs mondes, des mondes viscéralement parallèles mais Jean Galfione ne l'entendra pas de cette oreille. Champion olympique en 1996 à Atlanta, le perchiste français change de cap en 2005 pour se consacrer à sa deuxième passion : la voile. Il devient d'abord «grinder», humble équipier chargé d'embarquer et de régler les voiles, au sein de l'équipe de K-Challenge lors de la Coupe de l'America. En 2014, il participe à sa première Route du Rhum dans la catégorie Class40 et se classera 18e. Il reviendra quatre ans plus tard, c'est-à-dire en 2018.

Eric Heiden : la légende du patinage de vitesse passé au cyclisme

Cinq fois médaillé olympique, de multiples fois champion du monde dans les années 80 notamment, détenteur d'un record du monde et de quatre records olympiques, l'américain Eric Heiden est un monument absolu du patinage de vitesse. Et pourtant, il va choisir de se tourner vers le cyclisme pour la fin de sa vie sportive. Devenu champion des Etats-Unis sur route, on l'aperçoit en 1985 sur le Tour d'Italie, puis l'année suivante sur le Tour de France, qu'il devra toutefois abandonner après une chute.

Florent Manaudou : de nageur à handballeur,

27 septembre 2016, surprise générale, stupeur ! Alors qu'il n'a que  25 ans, Florent Manaudou champion olympique du 50 m nage libre à Londres en 2012 et surtout double médailler d'argent quelques semaines plus tôt à Rio de Janeiro (JO 2016) ; annonce vouloir mettre sa carrière de nageur «entre parenthèses» et revenir au sport de son cœur : le handball qu'il avait pratiqué en 2003. Il commence dès lors à s'entraîner avec le club du Pays d'Aix Université Club (PAUC), dont l'équipe première évolue en D1. Pour commencer, le frère de Laure Manaudou intègre la réserve, en Nationale 2 où pour la première saison, ses prestations sont jugées honorables. Toutefois, il annoncera son retour dans les bassins de natation le 19 mars 2019. Un retour couronné le 1er août 2021 à Tokyo par une médaille d'argent sur 50m nage libre. Chasser le naturel, il revient à grands pas au galop.

Michael Jordan : le revirement spectaculaire du mythe,

Le meilleur pour la fin. En octobre 1993, la nouvelle fait l'effet d'une bombe. La légende vivante du basket Michael Jordan annonce l'impensable : il se retire des paquets. Entre manque de motivation, mort de son père et problèmes de dépendance aux jeux, Jordan, âgé de 30 ans à l'époque est au fond du trou, au creux de la vague. Dès 1994, l'inénarrable star de la NBA revient sur le devant de la scène. Mais à la grande surprise de tous, ce sera sur un terrain de baseball, au sein des White Sox de Chicago, en Ligue mineure. La renaissance tant espérée, la mutation que d'aucuns prédisaient, lui le premier de probante n'aura pas lieu. Le talent et la dimension du génie des Bulls n'est pas exportable à un autre sport. En mars 1995, M. J revient à ses premières amours et ajoutera pour la circonstance trois nouveaux titres NBA à son palmarès et étoffer encore un peu plus une aura déjà incommensurable.

Florilège certainement pas exhaustif de ces icônes mondiales qui à un moment où à un autre de leur carrière se sont vues exceller ailleurs que dans leur discipline d'origine. Libre aux amateurs de se faire leur avis sur la pertinence ou non.