Il n'a encore laissé que des miettes. Les restes. Johannes Boe a une nouvelle fois survolé le week-end de biathlon chez les hommes, remportant le sprint, la poursuite, et le relais masculin avec ses compatriotes. Antholz aura donc donné le même résultat que Ruhpolding, que Pokljuka et qu'Hochfilzen : une razzia du cadet des frères Boe. Alors que se profile les championnat du Monde d'Oberhof (Allemagne) dans deux petites semaines, la question est de savoir qui va pouvoir empêcher le Norvégien de réaliser le plein..

Douze sur quinze. Voilà le bilan de Johannes Boe depuis l'ouverture de la saison à Kontiolahti. Seules trois petites courses individuelles ne sont pas tombées dans son escarcelle. Ce bilan monte même à seize victoires en dix-neuf courses si l'on ajoute les relais hommes, que les Norvégiens ont évidemment tous remportés. Rarement, même jamais, on n'a vu une telle domination dans cette discipline. Boe survole les courses les unes après les autres. Même quand il flanche quelque peu au tir, sa puissance et sa domination sur les skis lui suffisent pour l'emporter. Comme ce fut le cas ce week-end en Italie où, malgré deux fautes lors de la poursuite, il termine devant Laegreid, pourtant auteur d'un 20/20. Tout simplement intouchable, Johannes Boe s'avance comme le grand favori des championnats du monde début février. Il pourrait réaliser quelques chose de jamais vu : remporter toutes les courses où un homme peut participer. Malgré tout, ils sont quelques uns à avoir coché certains rendez-vous, avec pour ambition de mener la vie dure au leader de la Coupe du Monde.

Sturla Laegreid, menace principale

A commencer par son compatriote, Sturla Laegreid. Dauphin de Johannes au classement général de la Coupe du Monde, il a réalisé un beau week-end à Antholz, auteur d'un sans-faute derrière la carabine. Plus lent sur les skis, il n'a malheureusement pas été capable de mettre à mal Boe. Néanmoins, il est l'un des trois seuls biathlète à avoir la capacité à remporter une course cette saison, au Grand Bornand. Avec 11 podiums en 15 courses individuelles, il est le plus régulier, et le seul à même de faire flancher Johannes au classement général de la Coupe du Monde. Les autres, sont déjà à des années lumières. Dans une grande forme, il est capable d'embêter son compatriote. Surtout sur un format court, comme le sprint. Il reste le danger numéro 1.

Martin Ponsiluoma, la renaissance 

En voilà un que l'on n'attendait plus. Victorieux de la toute première course de la saison (un individuel) à Kontiolahti, le Suédois avait depuis, disparu des radars. A l'instar de son compatriote Sebastian Samuelsson, il traversait la saison comme un fantôme, ne pesant que très rarement sur les courses. Aucun podium hormis le sprint au Grand Bornand, des défaillances chroniques sur le pas de tirs, et puis, la lumière est revenue, au meilleur moment. En Italie ce week-end, le tout de même 5ème du classement général est allé chercher la seconde place du sprint, avec un remarquable temps de glisse, résistant même sur la poursuite pour enchaîner un deuxième podium consécutif, malgré deux tours de pénalité. Ponsiluoma s'est remis la tête à l'endroit et va pouvoir préparer au mieux ces championnats du monde. Capable de tout quand il est en forme, il sera à surveiller pour Johannes Boe.

Quentin Fillon Maillet, le réveil du champion

Il ère comme une âme en peine depuis le début de la saison. 4ème au général mais à très nette distance du leader, il traverse la saison de façon neutre. Sans peser sur les débats. Un seul podium, c'est trop peu pour le tenant du titre de la Coupe du Monde. Trop peu, pour un double champion olympique, cinq fois sur le podium à Pékin. Il semble pour l'heure, incapable de retrouver ses dispositions de la saison passée. Mais gare à l'égo d'un champion. Lui, en tout cas, y croit encore, pour peut-être décrocher la dernière médaille d'or qui manque à son palmarès ” Je n'ai pas l'énergie nécessaire physique, musculaire et mentale pour réussir en ce moment. Je subis à la fois sur la piste et au tir. J'ai vraiment du mal à produire le biathlon que je veux en ce moment, c'est triste. Mais je ne jette pas l'éponge. “

Emilien Jacquelin, la pause s'imposait 

Il avait, comme la saison dernière, commencé la saison en boulet de canon, s'accrochant un moment aux skis de Johannes. Et puis, ses problèmes chroniques carabine en main lui ont couté cher, comme à son habitude. Au point de faire une pause, entre le sprint de Pokljuka et la mass start de Ruhpolding. Histoire de se reconcentrer, de revenir aux bases. Bien lui en a prit puisqu'il a terminé 5ème de cette mass start, puis 6ème du sprint ce week-end avant de passer à coté de la poursuite le lendemain. Néanmoins, Emilien Jacquelin semble plus à bloc que jamais. Et s'il y en a bien un qui, sur une course, peut venir jouer un sale tour à Johannes, c'est bien lui. En réussite, il est capable de faire tomber n'importe qui.

En tout cas, il semble ne pas vouloir se contenter de ce qu'il a fait ce week-end, comme il le révélait à la chaîne l'Equipe. “Je pense que l'on doit se remettre en question. Ce n'est pas une fatalité, je sais que l'on est capable de faire bien mieux. On doit analyser, essayer de comprendre ce qui ne va pas. Il y a une dynamique qui n'est pas optimale. À nous d'analyser tout cela, mais je suis certain que l'on va rebondir. C'est sûr qu'une treizième place comme meilleure performance pour le groupe France, ça change de ces dernières années. Il faut l'accepter, le comprendre et grandir tous ensemble. Je suis certain que l'on va faire mieux.” De bonne augure.

L'union fait la force 

Attention également à ne pas trop sous-estimer les autres compatriotes de Johannes Boe. Vetle Christiansen, 3ème du général, n'est jamais bien loin de la gagne, comme le week-end dernier à Ruhpolding (2ème de la mass start et de l'individuel), ou au Grand Bornand (2ème également de la poursuite). S'il reste parfait sur le pas de tirs, il peut jouer les yeux dans les yeux avec Boe. Lui est moins régulier, mais comme pour beaucoup d'autres, il est capable de coups d'éclat. Johannes Dale, l'autre Johannes, avait remporté la mass start en France et démontre qu'il faudra compter sur lui aussi. Parfois mis de coté lors des relais hommes au profit d'un Tarjei Boe pourtant loin d'être étincelant, il voudra prouver que sa 6ème place au général de la Coupe du Monde n'est pas usurpée.

Des surprises en perspectives? 

Ils sont quelques uns à y croire, à espérer une grande course d'un jour, pouvant les envoyer sur un podium ou mieux, les mener à la victoire en cas de circonstances favorables. C'est le cas d'un frenchy, Fabien Claude, qui est passé tout proche au Grand Bornand, terminant deux fois 4ème (poursuite et mass start). Rapide sur les skis, il avait tenu tête à Johannes Boe, et si les conditions lui conviennent, gare à lui. La pépite Italienne Tommaso Giacomel espère lui aussi se révéler (si ce n'est pas encore fait) aux yeux du monde entier lors de ces championnats du monde. Régulier depuis la deuxième étape de la Coupe du Monde (7 top 10 en 12 courses), il espère créer la surprise.

Enfin, attention aux revanchards : Tarjei Boe, Sebastian Samuelsson, ou les locaux de l'étape, Benedikt Doll (sur le podium du sprint à Annecy) et Roman Rees. Ils sont nombreux à nourrir de grandes et légitimes ambitions.

Rendez-vous est pris à Oberhof, à partir du mercredi 8 février avec, pour débuter, un relais mixte. Une Coupe du Monde qui nous emmènera jusqu'au 19 février et une dernière mass start en guise de bouquet final. 

Crédit photo: skinordique.net