Cyclisme

Cyclisme : les maux de Jumbo-Visma

Malgré une véritable armada tout terrain, Jumbo-Visma n’écrase pas la concurrence. Avec des courses perdues de manière surprenante l’an passé et cette année, les coéquipiers de Primož Roglič questionnent sur les stratégies employées. Des pics de formes mal gérés, des stratégies ratées, retour sur les maux de l’équipe néerlandaise. 

Personne, absolument personne n’a oublié ce samedi 19 septembre 2020, sur la montée de la Planche des Belles Filles. À la veille de l’arrivée à Paris, Tadej Pogačar subtilise le maillot jaune à son compatriote. C’est la première fois depuis 2011 que le maillot change d’épaule la veille de l’arrivée à Paris. Rebelote sur le Paris-Nice cette année, sur la dernière étape reliant le Plan-du-Var à Levens, le Slovène perd le maillot de leader. Après deux chutes, il est totalement esseulé, son équipe est aux abonnés absents.

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© AFP

Le paradoxe Roglič

Sur Paris-Nice en mars dernier, Primož Roglič a été flamboyant toute la semaine. Mais lors de la dernière étape, le Slovène, leader du classement général, chute deux fois. Il se luxe même l’épaule et finit l’étape à bout de force. La Course au soleil est remportée par l’Allemand Maximilian Schachmann. Cette défaite n’est pas une nouveauté chez le coureur de Jumbo-Visma. Outre sa défaite sur le Tour de France en 2020 contre son rival et compatriote Tadej Pogačar, Roglič a aussi dû laisser filer le Dauphiné la même année. L’ancien champion du monde de saut à ski a abandonné sur chute la veille de l’arrivée. Le Slovène commence à être habitué aux fins de course chaotiques. Sur le Giro 2019, il avait laissé filer Richard Carapaz pour la victoire finale, et avait même failli perdre son podium au profit de Mikel Landa.

Un podium majestueux!

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Le “Poupou” slovène 

Mais comment expliquer de telles défaites ? Manque de chance ou de fraicheur ? Sur Paris-Nice, le double vainqueur de la Vuelta a sans doute été victime de malchance avec deux chutes, une luxation d’épaule, un problème mécanique et le fait d’être laissé seul par son équipe. Cependant, c’est plutôt le courage du Slovène qu’il faut mettre en avant. De plus, il faut saluer le fair-play de Primož Roglič. Battu dans des circonstances compliquées, il va toujours féliciter ses adversaires, un côté humain dans une formation néerlandaise par forcément très populaire. Une personnalité d’apparence assez froide ressort de cette abeille. C’est un coureur pragmatique, proche de son équipe mais loin du public qui s’est révélé sur le tard. Un coureur qui attaque au kilomètre pour grappiller seconde après seconde et forger ses succès. Même si, les courses d’une semaine démentent ce pragmatisme à l’image des courses par étapes de 2019. Dans l’imaginaire collectif, Jumbo-Visma cadenasse la course pour laisser son leader finir le travail à 1 km du sommet. Mais là ou beaucoup seraient montés dans leur voiture et rentrés chez eux, Roglič reste sur le vélo et se bat jusqu’au bout, malgré cette malchance.

Jumbo Visma une tactique qui pose question

À l’image de la 3e étape du Tour du pays Basque, Jumbo-Visma a encore laissé filer le maillot de leader. Brandon McNulty s’est hissé en tête du classement général avec vingt-trois secondes d’avance sur Primož Roglič. À l’arrivée, Tadej Pogačar s’est exprimé sur la tactique de ses adversaires. “Jumbo-Visma ? Ils ont perdu le maillot, donc ils ont commis des erreurs. Je ne sais pas à quoi ils pensaient” confiait-t-il.  Une nouvelle erreur tactique à ajouter à la formation managé par Richard Plugge ? Pour revenir sur Paris-Nice, Primož Roglič s’incline aussi car il est délaissé par son équipe. Un véritable cafouillage coûte la victoire au Slovène. Entre le dépannage tardif de son leader suite à l’ennui mécanique de son lieutenant George Bennett et le manque de communication de l’équipe, Roglič était déjà battu.

Primoz Roglic

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Une tactique déjà remise en cause sur la Grande Boucle l’an passé par le quintuple vainqueur de l’épreuve Eddy Merckx. Dans une interview donnée à L’Équipe, il avait déclaré : “Ça fait trois semaines qu’on les voit rouler à bloc, ne laissant rien passer. Ils ont tout dominé, tout contrôlé, mais ils ont oublié seulement un gars, ce petit jeune de 21 ans à seulement cinquante secondes. Ils se sont pris dans leur propre piège, ils l’ont bien cherché. C’est une leçon de vélo.” En effet, la stratégie de l’équipe néerlandaise laisse à désirer, privant tous les observateurs de spectacle sur les courses à étapes. Une tactique maitrisée par Nicolas Portal chef d’orchestre de Sky puis Ineos : une course cadenassée une fois que la pente s’élève, un écrémage par l’arrière, et une attaque au kilomètre. Mais l’équipe Jumbo-Visma s’épuise-t-elle trop avant les grandes échéances ? Dans son podcast, Bradley Wiggins pense que la stratégie de l’équipe jaune et noire n’est pas la bonne. Le vainqueur du Tour de France 2012 déclare : “C’est une équipe très éclatante quand on regarde la qualité. Ils se répandent trop et tentent de gagner partout trop souvent. […] Mais vu ce qu’ils font maintenant, ils vont s’épuiser quand le Tour approchera.” Le duel face à Ineos-Grenadiers dans les grands Tours fera couler de l’encre cette année.

Wout Van Aert, l’éclaircie ?

Le coureur multitâche belge n’est pas autant à la peine que ses coéquipiers cette saison. Le vainqueur de Gand-Wevelgem semble tout de même une jambe en dessous de son grand rival Mathieu van der Poel. Wout Van Aert n’a pas réussi à défendre son titre sur les Strade Bianche face au Néerlandais, trop fort ce jour là. Le Belge s’est aussi fait piéger sur Milan-Sanremo par le vainqueur surprise Jasper Stuyven. Mais malgré cela, il a tout de même bien commencé sa saison, avec des victoires en cyclo-cross sur les 3e et 5e manches de la Coupe du monde. C’est également lui qui a triomphé lors de l’étape inaugurale de Tirreno-Adriatico ainsi que sur le contre-la-montre de final. Il se classe deuxième du classement général derrière l’intouchable Tadej Pogačar.

Wout van Aert devra apprendre à choisir

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Tom Dumoulin, l’absence aux lourdes conséquences ? 

“Ils ne seront pas aussi forts, aussi parce qu’ils ont perdu Tom Dumoulin. La limite est fine, tandis qu’Ineos sait comment s’y prendre.” Le début de saison a été marqué par le besoin de faire une pause pour Tom Dumoulin. Le vainqueur du Giro 2017 n’a pas indiqué de date de retour, lui qui a du mal à trouver sa voie. Et l’absence du Néerlandais arrivé en 2020 chez Jumbo-Visma est un coup dur pour l’équipe de Richard Plugge. Le 7e du Tour de France 2020 a été recruté pour ses qualités de rouleur et de grimpeur mais aussi pour son expérience. À 30 ans, Tom Dumoulin aurait pu encadrer les jeunes pousses comme Sam Oomen qu’il a connu chez Sunweb, ou encore le talentueux grimpeur américain Sepp Kuss. L’ancien champion du monde du contre-la-montre est un équipier de poids dans un grand Tour, qui peut aussi se muer en leader pour aller s’imposer.

En résumé, la saison de Jumbo-Visma sera très intéressante à suivre. La formation néerlandaise sera l’une des favorites pour les trois grands Tours, à condition de ne commettre aucune erreur. Primož Roglič pourra compter sur une équipe très solide sur le papier, mais la route reste longue pour accéder aux objectifs fixés cette hiver. 

Crédits photo en une : AFP

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