Finalistes de conférence la saison dernière, tombeurs des Raptors champions en titre, les Celtics avaient toutes les cartes en main pour être un outsider très sérieux cette saison. Pourtant, ils sont aujourd'hui 7e de la conférence Est avec un bilan pile à l'équilibre (26W-26L)  Alors la saison de Boston est-elle déjà ratée ? Décryptage.

Faux-départ

Un effectif mal ficelé

Après une saison 2019-2020 qui ne s'est arrêtée que face au Heat en finale de conférence l'an dernier, Boston a choisi la stabilité, ne remettant que peu en cause l'effectif. Pourtant, le manque flagrant de profondeur de banc aurait pu (ou dû) pousser les dirigeants de la franchise du Massachusetts à revoir les plans mais rien ou presque n'a bougé. Seuls Enes Kanter et Vincent Poirier, remplacés à l'intérieur par Tristan Thompson arrivé de Cleveland mais qui peine encore à se relancer, sont partis, suivis ces derniers jours par Daniel Theis. Exit aussi Gordon Hayward, parti retrouver une seconde jeunesse aux Hornets en échange de la plus grosse trade exception de l'histoire (28.5 M$). Mais malgré cette manne financière tombée du ciel, les C's n'ont pas encore trouvé chaussure à leur pied et on finalement laissé passer la trade deadline sans se renforcer significativement (hormis Fournier). Si Payton Pritchard pourrait bien s'avérer être l'une des bonnes pioches de cette draft 2020, le jeune guard reste l'une des trop rares solution offensive lorsque les titulaires sont absents ou sur le banc (27e équipe au nombre de points marqués/match par les joueurs du banc avec en moyenne 31.5pts, seuls les Cavs et les Kings font pire).

Brown – Tatum, step-up raté ?

Sur le papier, le duo de All-Stars a de quoi faire rêver (25 points / 7 rebonds / 4.2 assits de moyenne pour JT et 24 points / 5.6 rebonds / 3,5 passes pour JB). Pourtant dans les faits, les deux hommes peinent encore à faire exploser leur complémentarité entre aperçue l'an dernier. La faute à un style qui tend de plus en plus à se rapprocher chez les deux compères des C's qui continuent de briller mais plus l'un à côté de l'autre qu'ensemble. Preuve s'il en est, leur nombre encore trop faible de passes décisives. Outre-Atlantique, certains commencent à grincer des dents et se poser des questions pour savoir si les deux joueurs peuvent être effectivement de véritables leaders et tirer leurs coéquipiers vers le haut. S'ils sont encore jeunes (25 ans pour JB / 23 pour Tatum) et que la marge de progression paraît encore énorme, la montée en puissance prend du retard et pourrait bien pénaliser les pensionnaires du Garden qui avaient tout misé sur leur duo de feu et de glace. Dans un podcast publié fin février, Jeff Goodman, analyste basketball pour Stadium, relaie des propos ravageurs d'un joueur NBA anonyme (ci-dessous). Si le constat semble dur et peut-être même un peu malhonnête, il traduit cependant une pensée qui tend de plus en plus à se répandre.

“Tatum et Brown ne peuvent pas être vos superstars. Ils ne font que des choses qui arrangent leur jeu à eux. Ils ne créent des tirs faciles pour personne. Tout ce qu’ils savent faire, c’est scorer. Ils ne savent pas refuser un tir difficile pour donner un tir facile à un coéquipier. Du coup, les équipes les submergent.” Un joueur NBA anonyme – Podcast Jeff Goodman

L'effet COVID

L'une des explications de ce manque de complémentarité, et plus largement des faiblesses actuelles de Boston, pourrait bien être l'état physique des joueurs et leur temps de jeu ensemble. Loin de nous l'idée de trouver des excuses, mais force est de constater que les Celtics sont la franchise qui a été le plus touchée par les blessures et les absences liées au protocole COVID-19. Avec 131 jours d'absence cumulés (total qui augmentera tant que Evan Fournier ne sera pas revenu, probablement à la fin de la semaine) et trois matchs reportés en janvier, Boston n'a pas pas été épargné par la pandémie et le manque d'alchimie entre les joueurs se fait encore ressentir. Ajoutez à cela la petite forme de Kemba Walker, qui ne se semble pas avoir retrouvé toutes ses sensations après son opération du genou à l'intersaison et vous obtenez une équipe encore en manque de repères alors que le sprint final pointe le bout de son nez.

Source : FanSure

Les lueurs d'espoir

Fournier facteur X

S'il manquait un joueur, c'était peut-être lui. Après des débuts difficiles (0 points à 0/10 pour son premier match), Evan Fournier semblait, avant de rentrer en protocole COVID, sur la bonne voie pour retrouver son rythme de croisière et apporter son scoring et sa hargne. Bien qu'il n'ait, en revanche, qu'une petite expérience des playoffs (il ne les a disputé qu'en 2013, 2019 et 2020 et a été sorti à chaque fois au premier tour), le natif de Charenton a la réputation d'être un joueur assez clutch et de savoir hisser son niveau sur ce type de rencontres tendues. Si le Français arrive à s'imposer dans cet effectif et venir prendre ce rôle de leader psychologique qu'il semble manquer à cette équipe, la fin de saison pourrait bien prendre une autre tournure.

“Il a été super ces deux derniers matches, et je pense vraiment qu’on doit travailler pour lui offrir plus de tirs que ce qu’il a pour l’instant. Mais il ne va rien forcer. C’est un bon joueur, il sait comment jouer et faire le bon geste.” – Brad Stevens, Head-coach Boston Celtics

La 4e place toujours à portée de main

Car tout espoir n'est pas perdu. Si les 3 premières places semblent promises au trio Nets – Sixers – Bucks (à vous de trouver le tiercé dans l'ordre à la fin de saison), quasiment rien ne sépare le quatrième (Charlotte) et le 8e (Knicks). Malgré des Pacers un peu plus loin en embuscade (23W), une place en post-season semble promise aux Celtics qui ne sont qu'à quelques victoires d'une qualification directe sans passer par le tournoi play-in, qui pourrait bien laisser des traces après une saison régulière déjà assez intense. De plus, les C's disposent pour leur finish de l'un des calendriers les plus abordables, si l'on se fie au pourcentage de victoires des équipes à rencontrer, du nombre de back-to-back ainsi qu'au nombre de jours de repos.

La “bulle” en exemple

Arrivé à Orlando en outsiders l'an dernier pour entamer la bulle, Boston avait réussi une campagne de play-offs de très bonne facture, sweepant les rivaux de Philadelphie puis en éliminant les Raptors, tenants du titre et seconds de la conférence Est en saison régulière. Eliminés en finale de conférence par un Miami Heat irrésistible, les Celtics pourront puiser cette année dans cette expérience pour trouver de la motivation. Même si cette saison, les Nets ou les Sixers semblent au-dessus de la mêlée, les hommes de Brad Stevens pourraient bien avoir leur mot à dire s'ils retrouvent leurs sensations de l'an dernier. Sur une série, et avec un effectif jeune mais déjà rompu aux joies de la post-season, ils pourraient bien être en embuscade et tenter de profiter de la moindre faiblesse des favoris.

 

 

Même si la saison est bien entamée, rien n'est perdu pour les pensionnaires du TD Garden. Malgré une calamiteuse première partie de saison mais avec deux all-stars dans leur effectif et l'apport de Evan Fournier, les Celtics peuvent encore espérer redresser la barre.

Crédits image en une : Associated Press