Dis-nous qui es-tu… Eusébio

Il a longtemps été considéré comme le meilleur joueur portugais de l’histoire, avant qu’un certain Cristiano Ronaldo ne vienne lui contester ce titre. Pourtant, dans l’esprit des lusitaniens, Eusébio est et restera à jamais O rei (« le roi »). Portrait d’une icône.

Sa carrière

Explosif, puissant, technique et habile devant les buts : Eusébio réunissait toutes les qualités nécessaires pour devenir un grand. Et il devint un très grand.

 

Eusébio da Silva Ferreira naît en 1942 au Mozambique, à Lourenço-Marques (aujourd’hui Maputo), qui est alors une colonie portugaise. Très vite, il éclabousse de son talent les rues de son quartier et martyrise ses adversaires sous le maillot du club de sa ville, le Sporting Club Lourenço Marques. Ses exploits tapent dans l’œil des deux rivaux de Lisbonne : le Benfica Lisbonne et le Sporting Portugal. Une véritable guerre débute alors entre les deux clubs pour s’arracher le prodige. Malgré le fait que son club de Lourenço Marques soit affilié avec le Sporting Portugal, Eusébio s’engage en faveur des Aigles et rejoint le Benfica en décembre 1960 après avoir marqué 77 buts en 43 matchs avec le club de sa ville. De peur qu’il soit l’objet d’un kidnapping de la part des dirigeants rivaux, Eusébio est caché pendant plusieurs jours dans un petit village d’Algarve par le Benfica.

A seulement 18 ans, il impressionne l’ensemble du staff lisboète par ses capacités exceptionnelles qui font de lui un véritable phénomène. Dès sa première séance d’entraînement, son entraîneur Béla Guttmann s’exclame « De l’or, de l’or ! » à chacune de ses prises de balle. Eusébio ne peut pas prendre part à l’épopée victorieuse du Benfica en 1961 lors de la Coupe des clubs champions européens, ancêtre de la Ligue des Champions, en raison du règlement de l’UEFA qui interdit la participation aux joueurs arrivés dans les clubs moins de trois mois avant le début de la compétition. Malgré cela, Guttmann tient à ce qu’Eusébio fasse les déplacements avec le groupe pour s’acclimater à l’ambiance des joutes européennes. Il joue son premier match pour le SLB en mai 1961, lors de la dernière journée du championnat portugais remporté par cette année-là par le Benfica, et s’illustre d’entrée en inscrivant un triplé.

C’est lors de sa deuxième rencontre avec les Aigles qu’Eusébio explose réellement aux yeux des lisboètes. A l’occasion d’un match amical, le Benfica rencontre le 15 juin 1961 l’équipe brésilienne de Santos, guidée par Pelé. Menés 4-0 à la mi-temps, les lisboètes sont en peine et Guttmann fait entrer en jeu son prodige. Un choix payant puisqu’Eusébio inscrit un triplé en seconde période, allégeant ainsi la défaite des siens (6-3). Malgré la déroute, le jeune portugais de dix-neuf ans impressionne tout le monde, y compris ses adversaires. A l’issue de la rencontre, Pelé lui-même aurait demandé « Qui est ce garçon ? » à Mario Coluna, coéquipier d’Eusébio.

 

La suite n’est que montée en puissance pour le natif de Lourenço Marques. Devenu titulaire au sein de la formation Encarnada, Eusébio participe pleinement à l’exercice 1961/1962. Si le championnat portugais file entre les mains du Sporting, Benfica parvient en revanche à conserver son titre en Coupe des clubs champions européens. Eusébio brille tout au long de la compétition et notamment en finale. Face au Real Madrid de son idole Di Stefano, le Benfica perd 3-2 à la mi-temps après un triplé de Ferenc Puskas. Mais en seconde mi-temps, la légende d’Eusébio se forge. Après l’égalisation de Coluna, il prend le match à son compte et inscrit un doublé en trois minutes pour offrir le trophée au SLB. Ce soir-là, le jeune mozambicain devient une star du football européen et acquiert un surnom qui le suivit durant toute sa carrière : A pantera negra (« la panthère noire »).

 

La période du grand Benfica se confond avec les années fastes d’Eusébio. L’hégémonie du SLB est quasi-totale sur le plan national, et les benfiquistas continuent à jouer les premiers rôles sur la scène européenne. Après avoir perdu la Coupe Intercontinentale dans un choc de titans face au Santos de Pelé, Eusébio et les siens ne parviennent pas à conserver leur titre en Coupe des clubs champions européens et s’inclinent face au Milan AC en finale. Bis-repetita en 1965, où les lisboètes perdent face à l’Inter Milan.

Pelé et Eusébio (crédit photo : lucarne-opposee.fr)

 

Un an auparavant, c’est un troisième grand club italien qui avait tenté de recruter Eusébio. En effet, la Juventus de Turin fait tout pour accueillir le portugais en 1964. Une opération barrée par le régime totalitaire d’Antonio Salazar qui souhaite conserver son joyau sur le territoire afin d’en faire une démonstration de la grandeur du Portugal. A pantera negra est alors au cœur de l’idéologie du « triple F » : Fado, Fatima, Football. Eusébio est érigé en véritable icône du peuple et incarne des valeurs de travail et de persévérance qui mènent à l’excellence.

Eusébio et Amalia Rodrigues, symboles populaires du Football et du Fado

 

Sur le terrain, les succès continuent à s’enchaîner. Eusébio décroche finalement la récompense ultime en 1965 en se voyant remettre le Ballon d’Or, devenant le premier portugais ainsi que le premier homme noir à l’obtenir. Il vit une dernière finale européenne en 1968, perdue face au Manchester United de George Best. Malgré cela, il fini meilleur buteur de la compétition tout en décrochant le premier Soulier d’Or européen, récompensant le meilleur buteur d’Europe en championnat.

 

Mais l’année 1968 marque également le déclin du Benfica face à d’autres cadors en Europe. Au fil des saisons, les Aigles n’accèdent plus aux hautes sphères de la Coupe des clubs champions européens. Eusébio continue cependant à aider son équipe à remporter de nombreux titres nationaux.

La Révolution des Œillets au Portugal permet à Eusébio de quitter le Portugal et le SLB où il évolue depuis maintenant quatorze ans et où il a inscrit 473 buts en 440 matchs. Proche de la fin de sa carrière, il s’envole outre-Atlantique et rejoint Pelé dans le championnat américain de football. Il connaît plusieurs clubs aux Etats-Unis et effectue quelques piges au Canada et au Mexique. Il revient même au Portugal, à Beira-Mar et à Tomar, avant de raccrocher les crampons en 1978.

 

Avec la sélection du Portugal, Eusébio a joué un rôle majeur dans ce qui est encore aujourd’hui la meilleure performance de la Seleçao das Quinas en Coupe du Monde. Après avoir connu sa première sélection en 1961 contre le Luxembourg, il guide les siens vers le Mondial 1966 qui a lieu en Angleterre. Dans le berceau du football, les portugais s’inclinent en demi-finale face au pays organisateur et accrochent la troisième place face à l’URSS. Une prouesse inattendue qui s’est notamment fondée sur les neuf buts inscrits par Eusébio, sacré meilleur buteur de la compétition. S’il n’a connu aucune autre compétition internationale en sélection, la Coupe du Monde 1966 a suffit à confirmer Eusébio comme étant l’un des meilleurs joueurs de l’histoire.

 

Le 5 janvier 2014 à Lisbonne, O Rei décède des suites d’un arrêt cardio-respiratoire. Le gouvernement portugais décrète alors trois jours de deuil national, symbole de la tristesse infinie de la patrie. Son cercueil est exposé à l’Estadio da Luz le temps d’une dernière communion avec les supporters du Benfica, avant d’être transféré au Panthéon National de Lisbonne. Le 5 janvier 2015, la rue principale permettant l’accès à l’antre du SLB est renommée Avenida Eusébio da Silva Ferreira. Un ultime honneur pour celui qui a marqué de son empreinte l’histoire du football portugais et mondial.

Son palmarès

A son statut de légende est associé un palmarès pour lequel les qualificatifs manquent. Avant de rejoindre le Portugal, Eusébio remporte en 1960 le championnat provincial du Mozambique avec le SC Lourenço Marques.

C’est évidemment au Benfica qu’il se forge un palmarès à la hauteur de son talent. Avec les Aigles, il remporte onze titres de champions du Portugal entre 1961 et 1975, cinq Coupes du Portugal ainsi que la Coupe des club champions européens en 1962.

A la fin de sa carrière, Eusébio remporte également le championnat du Mexique avec Monterrey ainsi que le championnat nord-américain sous les couleurs de Toronto.

Mais au-delà des trophées collectifs, Eusébio a également empilé les récompenses individuelles. Le Ballon d’Or 1965 a aussi gagné le Soulier d’Or en 1968 et 1973, et a été le meilleur buteur du Mondial 1966, de la Coupe des clubs champions européens à trois reprises ainsi que du championnat portugais par sept fois.

L’anecdote

Eusébio fait partie de ces rares légendes du football à avoir reçu des hommages monumentaux de son vivant. Ainsi, en 2004, la compagnie aérienne nationale portugaise TAP baptise l’un de ses avions du nom de l’ancien attaquant de la Seleçao das Quinas. Le Benfica a lui aussi voulu immortaliser le plus grand joueur de son histoire. Devant l’Estadio da Luz trône fièrement une statue en bronze à l’effigie d’Eusébio depuis 1992, pour ne jamais oublier l’idole éternel du peuple portugais.

Statue d’Eusébio après sa mort (crédit photo : The Straits Times)

A propos de l'auteur

Plus à l'aise stylo en main que balle au pied. Etudiant en journalisme mais avant tout fan inconditionnel de football.

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