Athlétisme

Dorian Louvet : “Koh-Lanta est la plus grosse compétition de ma vie”

Redoutable sur les épreuves et compétiteur hors-pair, le Normand est désormais aux portes de la finale de cette 21e saison de Koh-Lanta. Pour vous, We Sport est parti à la rencontre de cet athlète de haut-niveau, devenu aventurier le temps d’une émission. 

We Sport : Bonjour Dorian, tout d’abord, merci beaucoup d’avoir accepté l’interview. On te connaît en tant qu’aventurier, mais tu es avant tout un athlète de haut-niveau. Est-ce que tu pourrais présenter rapidement ta carrière à nos lecteurs ?

Dorian Louvet : Bonjour, oui bien sûr ! Je fais de l’athlétisme depuis 13 ans maintenant, et je suis spécialiste de demi-fond. Au départ, c’était plus un loisir, puis quand je suis rentré à la SNCF, j’ai décidé de m’impliquer davantage. Je suis passé de 5 à 6 entraînements par semaine à un ou deux par jour. En 2013, j’ai été champion de France de cross-court par équipes, puis deuxième en 2015. J’ai également été champion de France national sur 3000 mètres steeple en 2016 et finaliste aux championnats de France Élite sur la même discipline l’année suivante. J’ai un record en 30’37 au 10km.

Crédit Photo : Actu.fr

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WS : En temps qu’athlète de haut-niveau, est-ce que tu as effectué une préparation particulière pour Koh-Lanta ?

DL : Quand tu apprends que tu vas faire Koh-Lanta, il ne te reste que trois semaines donc ça ne laisse pas le temps de faire grand-chose. Mais physiquement, j’étais prêt. Je m’entraîne déjà tous les jours pour la compétition et, comme l’athlétisme est un sport très complet, je savais que mes qualités d’athlète seraient essentielles dans l’aventure. Je suis arrivé sur Koh-Lanta en étant au top physiquement.

WS : Qu’est-ce qui t’a poussé à faire Koh-Lanta ?

DL : Koh-Lanta, c’était un rêve depuis que je suis tout petit. Ce qui m’a attiré avant tout, c’était le côté compétition. Je suis très compétiteur dans tout ce que je fais, que ça soit en athlétisme, dans les jeux de société ou dans la vie de tous les jours. J’avais vraiment envie de faire cette aventure pour me mesurer aux autres. Mon objectif était d’être le meilleur et pouvoir essayer de marquer l’aventure sur les épreuves. J’étais davantage porté sur le côté performance que sur le côté aventure. Faire du feu avec de l’eau, c’est un peu moins mon truc (rires). Mais au final l’expérience de la survie était aussi exceptionnelle.

WS : Tu disais dans ta vidéo de présentation “Koh-Lanta c’est un peu mes Jeux Olympiques à moi”. C’est vraiment ça ?

DL : Oui, exactement. Koh-Lanta, c’est la plus grosse compétition de ma vie et je l’ai vraiment préparée comme telle. Mon objectif était d’être le meilleur possible à chaque épreuve, comme au départ d’une course.

WS : Est-ce que tu as pu constater des similitudes entre la pratique du sport de haut-niveau et Koh-Lanta ?

DL : Bien sûr. Que cela soit sur le côté mental ou en termes de dépassement de soi, l’athlé’ m’a beaucoup servi. Quand tu t’entraînes tous les jours, tu es habitué à ne jamais rien lâcher malgré la fatigue et la difficulté. Le fait de ne pas manger rend l’effort totalement différent, mais sur le plan mental c’est la même chose. Il faut savoir trouver les ressources nécessaires, la grinta, pour pouvoir être le plus fort possible, parce que c’était pour ça que j’y allais. Je voulais toujours donner le meilleur de moi-même à chaque épreuve.

WS : Justement, puisqu’on est dans la comparaison, les athlètes veulent savoir : qu’est-ce qui est le plus difficile entre un bon cross dans la boue et le parcours du combattant ?

DL : Je dirais qu’à condition physique égale, il n’y a rien de plus dur qu’un bon cross bien boueux (rires) ! Mais là, quand ça fait trois semaines que tu ne manges rien et que tu as déjà du mal à faire dix mètres, je peux te dire que faire des aller-retours en courant et en sautant des obstacles, c’est beaucoup plus difficile qu’un cross !

WS : Sur le plan physique, justement, est-ce que tu penses que ton niveau en course à pied t’avantageait par rapport à d’autres candidats ?

DL : Oui, ça m’a quand même beaucoup aidé sur pas mal d’épreuves. L’athlétisme est un sport tellement complet qu’il te sert forcément énormément sur l’aventure. Après, les épreuves sont faites pour tout le monde. Il y en a pour les sportifs mais il y en a aussi qui demandent plus d’adresse ou de logique, et là l’athlétisme ne m’aidait pas vraiment.

WS : En plus, l’athlétisme est plutôt un sport individuel, alors que là il y a aussi toute la dimension stratégique qui t’oblige à composer avec les autres aventuriers. Comment tu as géré ça ?

DL : En athlétisme, tu sais que si tu es à ton meilleur niveau, et que tu fais une grosse performance, tu gagnes. À Koh-Lanta, c’est un peu pareil. Si tu arrives à donner le meilleur de toi-même, personne ne te bat. Mais évidemment, il y a aussi une bonne part de stratégie, qui pèse aussi sur le moral. On pense toujours aux difficultés physiques liées à l’absence de sommeil, de confort et de nourriture, mais psychologiquement c’est aussi très compliqué de devoir toujours se demander à quelle sauce on va être mangé le lendemain.

WS : En parlant de difficultés physiques, comment est-ce qu’on gère la privation de nourriture quand on est sportif de haut-niveau ?

DL : Ça a été très difficile. J’ai vraiment souffert de la faim. Sans nourriture, le moindre effort demande une énergie incroyable. Je pense que le fait d’être sportif de haut-niveau désavantage au niveau de la nourriture car quand tu fais un effort, tu développes plus de puissance musculaire que les autres, tu vas plus taper dans tes réserves. Sauf que là, tu n’as plus de réserve. C’est quelque chose qu’on a du mal à mesurer tant qu’on ne l’a pas vécu. Quand tu es devant ta télé, tu te dis que ça a l’air plutôt simple le parcours du combattant… C’est ce que je me disais aussi (rires). Je pense qui si c’était à refaire, je n’arriverai pas aussi affûté, car je n’avais pas de réserves et mon corps a rapidement souffert de la faim.

WS : Avec tout le poids perdu, j’imagine que ça a été compliqué de reprendre l’entraînement après Koh-Lanta ?

DL : Je suis sorti de l’aventure très affaibli. Quand je me levais pour aller chercher du pain, j’avais du mal, alors imagine reprendre le sport… J’ai recommencé à m’entraîner au bout d’un mois et demi, mais ça a été très très dur. Même si j’ai rapidement repris le poids que j’avais perdu, mon corps avait totalement changé. J’ai beaucoup perdu en muscle, en dynamisme et en tonicité. Ça a été très compliqué de me voir à ce niveau-là. Heureusement, le confinement m’a aussi permis de me poser. Quand on revient de Koh-Lanta, on n’est plus vraiment soi-même, tout va vite, les gens parlent fort, on se demande ce que l’on fait là. Aujourd’hui, je m’entraîne correctement et je retrouve peu à peu mon niveau d’avant l’aventure.

WS : Est-ce que malgré tout, ton aventure a pu t’apporter en course à pied ?

DL : Oui, d’une certaine façon. Sur des séances, quand c’est difficile, je me dis que, quoiqu’il arrive, c’est rien par rapport à ce que j’ai vécu là-bas. Tu relativises un peu la douleur, et ça aide à se dépasser encore plus. Après ça ne va pas non plus me faire devenir champion olympique, ça m’a quand même beaucoup amoché physiquement.

WS : Et sur le plan pratique, est-ce que ta notoriété a changé quelque chose pour toi en athlétisme ?

DL : Oui totalement. Je vois sur les réseaux qu’il y a énormément d’athlètes, y compris de haut-niveau, qui sont à fond derrière moi. Dans le monde de l’athlétisme, comme dans celui de la SNCF, j’ai beaucoup de soutien car les gens aiment mon parcours et les valeurs que je véhicule. Je ne suis plus juste “Dorian l’athlète” mais je suis surtout “Dorian l’aventurier”, qui représente les athlètes à Koh-Lanta. Par exemple, l’autre jour, j’ai eu un rendez-vous à l’INSEP (NDLR : Institut national du sport, de l’expertise et de la performance) et des athlètes professionnels, que je ne connaissais pas sont venus me demander des photos. Ça faisait bizarre ! Comme il n’y pas encore eu de compétitions, je n’ai pas eu l’occasion de mesurer concrètement ce soutien, mais je pense que j’aurai le droit à pas mal d’encouragements sur mes prochaines courses.

WS : Et maintenant, c’est quoi tes projets sportifs pour la suite ?

DL : Comme toutes les compétitions sont annulées, c’est un peu difficile d’avoir des objectifs sur le court terme. Je travaille d’abord pour récupérer mon meilleur niveau, pour être performant dès que les courses reprendront. Je vise une qualification aux championnats de France de cross si la saison a bien lieu. J’aimerais aussi battre mon record au 10km et pourquoi pas m’essayer au semi-marathon. À côté de ça je vais aussi développer mon activité de coaching. Pour le moment, ça marche bien, et j’ai déjà beaucoup de demandes alors que le projet n’est pas encore lancé, donc je suis content.

Propos recueillis par Hippolyte Riou du Cosquer

Crédits photo d’illustration : Laurent Vu

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