Draft NFL : Quoi, Comment, Qui ?

Alors que la free-agency a officiellement ouvert ses portes mercredi dernier, toutes les franchises de la NFL ont dans un coin de leurs têtes l’événement le plus médiatisé de cet intersaison : la Draft. Principale porte d’entrée pour rejoindre la ligue sportive la plus suivie aux États-Unis, elle fêtera les 25,26 et 27 Avril prochains son 84e anniversaire. Mais au fait, la Draft NFL qu’est ce que c’est précisément, et comment ça fonctionne ? Présentation de l’événement et petit tour d’horizon de cette cuvée 2019.

Un peu d’histoire :

Jay Berwanger, premier joueur sélectionné à la Draft en 1936

 

La NFL est la première ligue sportive américaine à avoir eu l’idée de créer un événement spécial pour recruter les joueurs dits amateurs, pour la grande majorité issus de l’université. En effet, le premier ”repêchage” comme disent les québecois a eu lieu en 1936 à Philadelphie, des années avant d’autres ligues qui lui emboîteront le pas comme la MLB en 1965 ou la NBA en 1947 (date de création de la ligue). L’idée nous vient du copropriétaire des Philadelphia Eagles de l’époque, Bert Bell ; frustré d’avoir raté le recrutement d’un joueur universitaire en 1933, il se rendit compte qu’il était dans l’incapacité de rivaliser avec les monstres de l’époque (Bears, Packers, …) , bien plus à l’aise financièrement et donc capables d’offrir de plus gros salaires aux universitaires.

Lui vient alors le concept novateur : créer un système paritaire pour l’arrivée des nouveaux joueurs dans la ligue, afin d’augmenter les chances des équipes les plus faibles pour relancer la compétitivité de la ligue. Malgré la réticence de certaines équipes, la ligue accepte le projet qui verra le jour 3 ans après. Pour l’anecdote, le premier joueur de l’histoire sélectionné à la Draft NFL est Jay Berwanger, Heisman Trophy (meilleur joueur universitaire) l’année précédente en tant que running back pour les Maroons de Chicago, mais il ne foulera jamais les pelouses NFL car le football ne l’intéressait pas, jugeant le salaire bien trop faible !

Le processus draft :

John Ross, joueur des Cincinati Bengals et détenteur du record sur le 40 yard dash (Crédits Sports Illustrated)

Processus oui, car la Draft ne se résume pas aujourd’hui à 3 jours au milieu du printemps comme cela a pu être le cas à l’origine. Sans parler du scouting (observation des joueurs) qui lui a lieu pendant toute la saison universitaire, le premier événement estampillé ”Draft” est le Senior Bowl. C’est tout simplement un match qui a lieu à la suite de la saison universitaire depuis 1950, et qui regroupe les meilleurs talents NCAA éligibles à la prochaine Draft. Oui, éligibilité, car pour pouvoir entendre son nom être appelé pendant une douce journée d’Avril, il faut avoir quitter l’équivalent du lycée, la High School, depuis au moins 3ans.

Ce match est ensuite suivi courant Février par un autre événement de grande ampleur, le NFL Scouting Combine. Existant depuis le début des années 80, son principe est simple : inviter les bons joueurs susceptibles d’intégrer la ligue l’année à venir pour leur faire passer une batterie de tests mentaux et physiques. Au programme de nombreux ateliers, allant de la simple mesure de taille ou du poids à la fameuse course de 40 yard, en passant par le Wonderlic Test, équivalent d’un test de Q.I utilisé par la ligue.

Ces journées de test sont suivis, à partir de Mars, par d’autres journées spécifiques aux universités, les Pro Days, permettant notamment aux joueurs ayant raté leur Combine ou qui n’y était tout simplement pas invité de prouver qu’ils ont leur place dans la grande ligue. Même si ces 3 événements ne sont pas
les seuls permettant de se faire remarquer pour la Draft, on peut les considérer comme étant les principaux moyens d’y gagner sa place et de prouver sa valeur une fois la saison terminée.

Les trois jours cruciaux :

Roger Goodell, commissionnaire de la ligue, lors de la Draft 2017 (Crédits Yahoo Sports)

Rentrons dans le vif du sujet : la Draft. Elle se déroule sur trois jours et est composée de sept tours : le premier le Jeudi, les deux suivants le Vendredi et les tours 4,5,6 et 7 le Samedi. L’ordre de sélection est défini selon les résultats de la saison qui vient de se dérouler : de 1 à 20 pour les équipes n’ayant pas atteint les playoffs suivant le classement dans l’ordre inverse ; de 21 à 24 pour celles éliminées au premier tour ; de 25 à 28 pour celles sorties au 2e tour ; les places 29 et 30 pour les perdants des finales de conférence ; les choix 31 et 32 pour le perdant et le vainqueur du SuperBowl. À noter qu’en cas d’égalité entre deux équipes, la décision est prise par tirage au sort (le système a quelques failles je vous l’accorde).

Les équipes ont évidemment le droit d’échanger leurs choix si elles le souhaitent, souvent pour monter dans l’ordre de sélection et ainsi augmenter ses chances de sélectionner son joueur ”préféré”. Chaque équipe peut aussi se voir attribuer des choix compensatoires par la ligue si elle remplit différent critère (le sujet étant relativement complexe, je vous invite à consulter des articles plus spécifiques au sujet comme celui du site américain OverTheCap). Les choix sont aussi encadrés par une limite de temps pour que la Draft ne soit pas trop longue et finisse par être ennuyante, passant de 10min par choix pour le 1er tour à 7min pour le 2e puis 5min pour le reste des sélections.

NB : le 1er tour de la Draft dure en moyenne 3 à 4h, mais est loin d’être ennuyant car souvent rempli de rebondissements et de surprises.

Stats et anecdotes :

Peyton Manning lors de sa Draft en 1998, aux côtés du propriétaire des Colts Jim Irsay (à gauche et de Paul Tagliabue (à droite), commissionnaire de la ligue à ce moment. (Crédits Sports Illustrated)

Au football, le poste le plus important est sûrement celui de quarterback. Si vous pensez que le premier choix de la Draft doit donc logiquement être un quarterback, et bien vous avez totalement raison ! Depuis 1970 et la fusion entre la NFL et l’AFL (dont les stigmates sont visbiles par l’existence des conférences NFC ET AFC), le 1er choix de la Draft a été un quarterback 23 sur 49, soit environ 47% du temps ! Et c’est même encore plus flagrant aujourd’hui car depuis le début du millénaire seuls 5 premiers choix n’était pas des quarterbacks, soit un pourcentage d’environ 74% de QB choisis en première position. On pense notamment à Peyton Manning en 1998, ou encore John Elway en 1983 ou Terry Bradshaw en 1970.

Et lorsqu’un quarterback n’est pas appelé, il semble que n’importe quel joueur ne puisse pas l’être à sa place. On constate, toujours depuis 1970 et la fusion, qu’aucun defensive back (cornerbacks et safeties), tight-end, joueur intérieur de ligne offensive (centre et guard) ou d’équipe spéciale (kicker ou punter) n’a été sélectionné en premier. Toutefois, premier choix ne rime pas forcément avec grande carrière ; des joueurs comme Jamarcus Russell (QB Oakland Raiders 2007) ou Tim Couch (QB Cleveland Browns 1999) peuvent aujourd’hui être considérés comme des énormes flops, malgré leur statut de 1er choix.

A l’inverse, être choisi dans les derniers tours ne signifie pas forcément être destiné à faire une mauvaise carrière. A l’époque où la Draft comptait plus de 7 tours, on peut parler de Bart Starr (17e tour en 1956) ou Johnny Unitas (9e tour en 1955), deux quarterbacks de renoms ayant fait les beaux jours de la ligue. Par ailleurs, on peut aussi citer Shannon Sharpe (7e tour en 1990), grand joueur des années 90 ayant fait évolué le rôle de Tight-End dans le football moderne, ou plus récemment Antonio Brown, néo-membre des Oakland Raiders et drafté au 6e tour en 2010.

Mais les spécialistes du genre restent les New England Patriots, capables de drafter le dernier MVP du SuperBowl Julian Edelman au 7e tour en 2009, ou bien évidemment Tom Brady, l’un des meilleurs joueurs de l’histoire et joueur le plus titré avec 6 bagues de champion, appelé seulement au 6e tour en 2000 par l’équipe de Bill Belichik …

La cuvée 2019 :

Nick Bosa, un des joueurs les plus attendus de cette Draft 2019 (Crédits TouchdownActu)

 

With the first pick, in the 2019 NFL Draft, the Arizona Cardinals select…

Difficile aujourd’hui de savoir précisément qui sera le premier nom appelé par Roger Goodell le 25 Avril prochain. Toutefois, plusieurs tendances se dégagent déjà. Tout d’abord, contrairement à celle de 2018 qui était annoncée comme une Draft de quarterbacks, tendance qui s’est confirmé avec 4 QB choisi dans les 10 premeirs choix et 5 au premier tour, la classe de 2019 ne voit pas de gros prospects se dégager sur ce poste. Hormis peut être Dwayne Haskins (QB Ohio State), dont la puissance de bras intrigue voire Kyler Murray (QB Oklahoma), le dernier Heisman Trophy qui a choisi la NFL plutôt que la MLB (coucou les Athletics d’Oakland) annoncé proche d’Arizona d’après certaines rumeurs, aucun QB ne semble à la hauteur d’une sélection au 1er tour.

Évidemment vu l’importance du poste il y en aura forcément (la dernière draft sans QB au 1er tour remonte à 1996), mais la qualité de cette année est plus sur une autre zone du terrain : la defensive line et le pass rush. Ce n’est donc pas un hasard si le trio de tête de la plupart des spécialistes évolue dans cette zone du terrain ; de Nick Bosa (Defensive-End Ohio State), le frère de Joey, à Quinnen Williams (Defensive-Line Alabama) en passant par Josh Allen (Edge-Rusher Kentucky), les joueurs de talent sont nombreux et les équipes ayant des besoins sur ces postes vont se régaler.

A noter également une classe de receveurs qui semblent profonde mais sans gros noms, à part D.K Metcalf (Receveur Ole Miss) auteur d’un NFL Combine stratosphérique, et des classes de coureurs et defensive backs qui semblent être les points les plus faibles de cette année. Toutefois à la Draft rien n’est jamais écrit, et comme l’histoire l’a déjà montré ce ne sont pas forcément les plus attendus qui deviennent les meilleurs joueurs de l’histoire.

 

La Draft NFL prend toujours plus d’importance depuis sa création et n’a pas fini de faire parler d’elle. Elle est aujourd’hui attendue par des millions de fans et retransmise par les plus grandes chaînes sportives. L’avancée des analyses statistiques poussent les recherches encore plus loin pour essayer de dénicher la perle rare. Rendez-vous donc dans un gros mois à Nashville, Tennessee, pour savoir quels joueurs vont être sélectionnés par votre équipe préféré.

A propos de l'auteur

Victime du ''Minnesota Miracle'' et du ''No-Call'', e come si potrebbe non amare i Knicks ? Je considère Drew Brees comme un dieu et le Sport US comme ma religion.

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