Football

ENQUÊTE. Les réfugiés du football

Dans le football d'aujourd'hui, plusieurs joueurs sub-sahariens voient leur destin brisé par des agents avides d'argent, les laissant aux dépens d'eux-mêmes après les avoir “aidés” à traverser la Méditerranée et leur faire croire que leur rêve sportif pourrait se réaliser…

Perdus, trahis. Des milliers de joueurs amateurs d’Afrique subsaharienne viennent chaque année en Europe pour réaliser leur rêve : devenir footballeur professionnel. Cependant, des “pseudo-agents” viennent briser leurs fantasmes. Promettant une entrée dans les plus grandes équipes, famille et argent sont souvent sacrifiés. La grande majorité ne réussit souvent pas les détections et ces échecs provoquent de mauvaises surprises. Ces “agents véreux” finissent par ne plus donner de nouvelles du jour au lendemain à leur « poulain » pour finalement disparaître.

 

Un p'tit chèque et puis s'en va

Ces « migrants du foot » trouvent parfois refuge auprès d’associations ou de personnes prêtes à leur venir en aide. Souleymane*, jeune joueur de 19 ans, victime d’un faux agent en Côte d’Ivoire, joue aujourd’hui au  « Melting Passes », club de football parisien fondé par plusieurs étudiants en droit et composé exclusivement de mineurs isolés. Le joueur est âgé de seulement 15 ans lorsqu’il décide de suivre un prétendu agent qui lui promet un essai qui n’aura finalement jamais lieu à l'AC Milan. Ma grand-mère avait refusé de me laisser partir l’année d’avant au Portugal et plusieurs de mes amis étaient devenus pros là-bas. La seconde fois, elle a décidé d’accepter pour se faire pardonner.

En Italie, étranger, il se retrouve livré à lui-même dans un pays dont il ne parle pas la langue. Escroqué de 3500€, il trouve un compromis avec un intermédiaire de son agent en Lombardie,  pour obtenir un billet pour la France sous peine de le dénoncer à la police italienne. S’ensuivent des longs mois de galère dans la rue, Gare du Nord, avant que le “Melting Passes” ne lui ouvre les bras. Léo De Longuerue, jeune avocat et surtout coach de l’équipe l’héberge neuf mois le temps que sa situation se régularise. Souleymane vient d’entamer une formation en logistique et garde la Côte d’Ivoire dans un coin de sa tête.

Si les victimes ne portent pas plainte, par méconnaissance de la justice française ou par peur qu'on découvre leur situation irrégulière, le code du sport leur offre des solutions pour réclamer leur dû. Il peut prouver que l'agent en question n'est pas officiel. Selon le code du sport, les personnes exerçant cette profession irrégulièrement peuvent écoper jusqu'à 2 ans de prison et 30.000 euros d'amende. nous informe un avocat spécialiste du droit sportif.

La victime peut engager deux responsabilités : civile et pénale. Dans le civil, si le contrat écrit et signé par les deux parties n'est pas respecté,il y a manquement des obligations contractuelles, qui oblige le fautif à régler une indemnisation selon l'importance du contrat.” Le problème est que le contrat le plus souvent utilisé entre l'agent factice et le joueur est le contrat de confiance. Un accord qui n'a ni de trace écrite, ni de signature manuscrite. L'avantage dans ce cas reste la responsabilité pénale : les mails ou autres types de messages peuvent prouver une communication entre les deux parties. S'il y a eu engagement verbal, des témoins sont nécessaires, ajoute l'avocat du cabinet contacté dans le cadre de cette enquête.

 

Coach Kampos, un sauveur

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Crédits : YARD

L’association Kampos Saint Denis Académie est une association qui « participe à la réinsertion de nombreux jeunes qui misent tout sur le football et leur propose des alternatives » selon le président de l’association Jean Dimmy Jeoboam. Ce sont soit des joueurs renvoyés des centres de formation soit des joueurs laissés pour compte par des agents véreux comme pour le cas de Souleymane. 

Youssouf*, membre de cette association, fait partie de ces cas de moins en moins isolés aujourd’hui. Il y a 2 ans et à l’âge de seulement 16 ans, le jeune joueur décide de tenter sa chance à Abidjan, sa ville natale. Il contacte un dénommé Serge Dié, propriétaire d'une structure de recrutement dans la capitale ivoirienne. Après avoir vu son potentiel, l’agent lui propose de l’aider à faire des essais à Montpellier et à Nice en échange de 3 millions de francs CFA (environ 4586 euros). Cependant, le jour où je devais prendre l’avion pour aller à Nice, Serge Dié ne me répondait plus, et ce pendant plus de 6 mois d’après Youssouf. Passé ce laps de temps, Serge Dié est revenu à la charge demandant 2,5 millions de francs CFA (env. 3821 euros) à l'Abidjanais pour refaire son visa. Mes parents ont été obligés de faire un crédit pour sortir une telle somme.” Puis à nouveau, plus de nouvelles de la part de l’agent véreux. Youssouf résidait à Villejuif pendant tout ce temps, hébergé par un ami de son père. Dès lors qu'il prend conscience de l’arnaque, il en informe ses parents, qui ont déjà investi argent et énergie pour lui assurer un futur radieux en Europe. Ces derniers ont d'ailleurs réussi à lui trouver la Saint Denis Académie par le biais d’un agent fiable et influent à Abidjan du nom d’Aristide. Il y joue depuis maintenant plus de 6 mois.

* Certains noms ont été remplacés pour préserver l'anonymat des interlocuteurs

 

Crédits photo en une : Hugo Lebrun

Enquête réalisée par Adrien MONROUX, Hugo SOLBES et Anas BAKHKHAR

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