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Entre échecs, doutes et bizutages… Pourquoi The Miz mérite d’être au sommet de la WWE

The Miz

Nouveau champion (éphémère) de la WWE, The Miz fait aujourd’hui presque l’unanimité malgré son style neutre sur le ring et son personnage de vantard. Tout sauf une surprise lorsqu’on connaît le parcours de cet employé modèle.

Alors qu’il n’était pas annoncé pour le dernier pay per view de la WWE, Elimination Chamber, The Miz a quitté le ThunderDome dimanche soir ceinture à la main, grâce à sa mallette Money in the Bank. Ce contrat permet à quiconque qui le possède d’obtenir un match de championnat quand bon lui semble, ce qui a permis au Miz d’affronter un Drew McIntyre affaibli après l’attaque de Bobby Lashley. En tant que bon vilain qui se respecte, le catcheur de 40 ans a usé de malice et de ruse pour parvenir à ses fins, mais cela n’a pas déplu à la plupart des fans de la WWE, bien au contraire. Depuis plus de dix ans, l’Américain est peut-être le catcheur que l’on aime le plus détester, paradoxe propre à cette discipline où la méritocratie tient une place particulière. Avec le Miz, personne ne s’y trompe.

« AVEC CENA ET LE ROCK, JE ME SUIS PERDU »

À la différence de Kofi Kingston, avec qui le parallèle reste pertinent, The Miz a pourtant touché au titre suprême de la fédération en 2010 après une ascension somme toute ordinaire pour une jeune superstar. Après avoir gravi les échelons, le natif de l’Ohio utilisait, déjà, sa mallette Money in the Bank pour remporter la ceinture mondiale aux dépens de Randy Orton. Malheureusement, cette courte expérience tournera au cauchemar. La mayonnaise ne prend pas auprès du public, les lacunes du Miz sur le ring sont criantes, et le lutteur alors âgé de 30 ans se retrouve au centre de la rivalité naissante entre John Cena et The Rock qui viendra logiquement, et tristement, lui voler la vedette. Son passif ne joue pas non plus en sa faveur. Révélé dans la télé-réalité de MTV The Real World en 2001, The Miz n’est qu’un simulacre de catcheur, vrai pléonasme, aux yeux des plus sceptiques. « Vince (McMahon, président de la WWE, NDLR) m’a fait confiance alors que personne d’autre ne l’a fait. Il m’a fait confiance pour affronter John Cena à WrestleMania 27 et pour être dans cette histoire avec le Rock, qui venait de revenir à la WWE, explique-t-il à Sport Illustrated, au moment de comparer ses deux victoires pour le titre de la WWE. Je me suis perdu dans cette histoire. Ils étaient vraiment des hommes à ce moment-là, et j’avais encore besoin de me faire moi-même. En travaillant avec Cena et Randy Orton, ils m’ont appris ce qu’il fallait pour être une tête d’affiche. Et je n’ai jamais cessé d’écouter ou d’apprendre. » S’en suit alors une traversée du désert dont le Miz aura du mal à sortir, remportant malgré tout quelques titres secondaires jusqu’en 2016.

Durant cette année, la WWE sépare à nouveau ses deux programmes Raw et Smackdown, permettant à certaines superstars de retrouver une place de choix dans le roster, à commencer par The Miz, qui remporte une fois de plus le titre intercontinental. Un nouveau tournant pour sa carrière puisqu’il réussira à relever le prestige de cette ceinture et à devenir l’une des têtes d’affiche de Smackdown. Michael Mizanin de son vrai nom s’améliore au fil des années sur le ring, s’adapte à ses adversaires comme John Cena a su le faire, pour livrer des prestations abouties. Le Miz trouve également sa force au micro, et devient peu à peu l’attraction principale des shows. Son improvisation dans l’émission Talking Smack en 2016 restera comme l’un des grands moments de ces dernières années à la WWE, où le lutteur utilisera Daniel Bryan pour répondre à tous ses détracteurs qui n’ont jamais cru en lui. « La raison pour laquelle je lutte comme ça, c’est parce que je peux le faire jour après jour pendant plus de dix ans. Je n’ai jamais, jamais été blessé dans ma carrière. Je suis ici chaque semaine. Mais t’es assis ici et tu me traites de lâche ? Je suis celui qui aime les fans. Je suis celui qui aime tout et tout le monde. »

« QUAND JE SUIS ARRIVÉ À LA WWE, PERSONNE NE VOULAIT DE MOI LÀ-BAS : LES FANS, LES CRITIQUES, LE VESTIAIRE »

Derrière cette sortie apparaît la réelle personnalité de Michael Mizanin et le complexe d’infériorité qu’il traîne depuis ses débuts, l’incitant à ne jamais se reposer sur ses lauriers. L’ancien candidat de télé-réalité a tardé avant de décider de devenir catcheur et de se lancer dans le grand bain. « Personne dans cette émission ne m’aimait et personne ne voulait m’écouter, alors j’ai créé ce personnage appelé Miz qui se contentait littéralement de crier sur les gens et de leur dire ce qu’il en était », se souvenait-il en 2010 auprès du Baltimore Sun. « Quand j’ai commencé à faire ce genre de choses, ça a commencé à devenir vraiment populaire. Le fait d’être sur “The Real World” m’a donné l’idée que je pouvais faire ce que je voulais de ma vie. Je suis rentré chez moi et j’ai dit : “Je veux être une superstar de la WWE », expliquera celui qui est fan de catch depuis son enfance. Miz s’entraîne alors dans une petite fédération indépendante de Californie avant de participer à un concours télévisé de la WWE dans lequel les candidats se disputent un contrat avec la fédération : Tough Enough. Mizanin n’a pas gagné (il a terminé deuxième sur huit concurrents), mais il a suffisamment impressionné les dirigeants de la WWE pour qu’on lui propose un contrat de développement. The Miz fait irruption sur les écrans en 2006, dans l’indifférence générale, le pire scénario possible pour un protagoniste de ce divertissement sportif. En interne, ce n’est guère mieux puisque les autres catcheurs rejettent le vilain petit canard issu du monde extérieur. « Vince a toujours été mon plus grand supporter, révélera-t-il en 2017. Quand vous entrez dans WWE, c’est comme une famille soudée, les fans ne vous aiment pas, parce que vous êtes un étranger, vous venez d’une émission de télé-réalité, vous n’êtes pas censé avoir du talent. Les gars dans les vestiaires ne vous aiment pas, et vous êtes jeté dehors. » Un bizutage parfois très violent et traumatisant : « J’ai été viré pour avoir mangé un morceau de poulet au-dessus d’un sac d’un type du vestiaire. J’ai dû trouver un endroit pour me doucher, utiliser les toilettes, me changer. J’ai eu de nombreuses fois où je me suis remis en question, mais je me suis toujours élevé au-dessus de cela, confiait le Miz après son premier sacre mondial. Je suis le genre de personne qui n’abandonne pas. » Et qui n’oublie pas non plus. Dans une conférence organisée avec la presse mondiale ce mercredi, à laquelle We Sport était convié, le champion de la WWE s’est remémoré cette adaptation brutale à Stamford : « Il y avait toujours de la négativité autour de moi. Quand je suis arrivé à la WWE, personne ne voulait de moi là-bas. Les fans, les critiques, le vestiaire. Ils me détestaient, puis je gagne le titre 5 ans plus tard. Personne dans les vestiaires voulaient me voir avoir la ceinture. Je me rappelle de mon fil Twitter, c’était uniquement du négatif, à 100%. Personne ne me respectait, ne m’aimait, ne voulait me voir champion de la WWE. »

« Je me suis dit qu’il n’y avait aucune chance que ce gamin réussisse. Il était trop doux. Ce business allait le manger tout cru. Et le Miz m’a prouvé que j’avais tort. Je le respecte pour ça. Il s’est battu pour tout ce qu’il a », avouera pour sa part  Paul Wight alias le Big Show en 2010 au Baltimore Sun. Le vétéran du catch, qui deviendra champion par équipe avec The Miz durant cette année, n’hésitera d’ailleurs pas à faire son mea-culpa. « J’ai été très impressionné de voir comment il voulait tout assimiler lorsque j’ai fait équipe avec lui. Chaque histoire, chaque détail, chaque expérience. Vous pouviez le voir analyser, décomposer tout cela, et le retenir pour l’appliquer plus tard. C’est comme ça qu’on réussit dans ce métier. Vous devez apprendre des gens qui vous entourent, l’appliquer et le faire fonctionner pour vous-même, et je pense que Miz est excellent pour cela. » « J’ai appris en étant une éponge, prendre tout ce que je pouvais et l’utiliser à mon avantage, a confirmé le double champion de la WWE ce mercredi. Je suis à mon meilleur niveau, au micro, sur le ring. Maintenant c’est mon travail d’élever tous ceux qui sont sur le ring avec moi. » Médiocre techniquement lors ses premières années, le Miz est le premier à reconnaître qu’il a dû suivre la cadence des nouveaux arrivants venus du catch indépendant – rois de la voltige, de la cadence infernale et des prises risquées – à l’opposé du style placide du Miz : « Au cours des cinq dernières années, je me suis adapté. Je me souviens avoir affronté AJ Styles lorsqu’il est venu à la WWE, et son style était tellement différent de tout ce à quoi j’étais habitué. C’est à ce moment-là que j’ai su que je devais élever mon travail. Et ma femme (Maryse, NDLR) mérite aussi beaucoup de crédit. En travaillant avec elle, elle m’a donné une confiance qui m’a amenée à un nouveau niveau. »

« CETTE OPPORTUNITÉ NE SE PRÉSENTE PAS TOUJOURS, MAIS C’EST MA CHANCE »

Depuis près de 15 ans maintenant, ce qui équivaut à une éternité dans le catch et de surcroit dans une machine comme la WWE, le Miz a bien prouvé que ses opposants avaient eu tort, et la réaction des fans ne trompe pas, même si certains estiment encore qu’il n’a pas le prestige nécessaire pour obtenir cette ceinture. Sur le plan scénaristique peut-être. Après tout, l’actuel champion du monde n’a pas décroché de victoire majeure depuis l’obtention de sa mallette contre Otis en octobre 2020. Mais humainement, peu de personnes au sein de la compagnie méritaient ce coup de projecteur. À l’instar de Kofi Kingston, Michael Mizanin s’est battu pour trouver sa place et a dû faire preuve de patience afin de récupérer un titre qui lui échappait depuis 10 ans. Ce qui ne l’a pas empêché de faire son travail, jour après jour, sans blessure ni absence, dans un rôle de vantard narcissique hollywoodien irritant qui lui sied à merveille, en rapport à sa participation à plusieurs productions cinématographiques de la WWE et au lancement de sa propre télé-réalité. « Cette opportunité ne se présente pas toujours, mais c’est ma chance », s’enthousiasme le Miz dans des propos accordés à Sport Illustrated cette semaine. « Cela fait 10 ans que je n’ai pas détenu ce titre, et je suis prêt. Soyons honnêtes, les gens pensaient que j’encaisserais et que je perdrais. Donc, finalement reconquérir ce titre, et le faire contre Drew McIntyre, qui a été incroyable en tant que champion, c’est génial. »

« Aujourd’hui j’ai confiance, pavoise-t-il à CBS. J’avais déjà confiance il y a dix ans, mais j’ai acquis des connaissances grâce à mes échecs. Je dis toujours que mes échecs m’ont plus appris que tous mes succès. À travers tous mes échecs et mes succès, j’ai pu apprendre et obtenir ce dont j’avais besoin pour revenir là où je suis aujourd’hui. À présent, je suis heureux, confiant, prêt et bien préparé. » Prêt pour un règne qu’il espère long contrairement à ce que tout le monde pense : « Je n’ai pas l’intention d’être un champion de transition. Ça me fait penser au moment où j’ai gagné la ceinture en 2010. Les gens pensaient que je perdrais, mais je ne l’ai pas fait. Au lieu de cela, j’ai remporté le championnat de la WWE. Quand j’ai gagné, j’ai entendu dire que je n’allais être qu’un champion de transition, mais je suis allé jusqu’au combat principal de WrestleMania et j’ai gagné, en tant que méchant, dans l’événement principal, ce qui n’arrive jamais. Dix ans plus tard, j’ai entendu la même chose : je ne gagnerais jamais le titre. C’est donc une autre occasion pour moi de prouver que les gens ont tort, ce que j’ai l’intention de faire. » Cependant, les derniers échos de la presse spécialisée américaine annoncent sans surprise que le Miz ne devrait pas avoir la ceinture de la WWE autour de ses hanches le soir de WrestleMania 37, où un choc des titans est attendu entre Drew McIntyre et Bobby Lashley. Il devrait même perdre son titre dans les prochains jours, ou semaines dans le meilleur des cas. Ce qui n’empêche pas le Miz de faire la promotion de RAW avec le sourire, le cœur plein d’ambition. Une nouvelle preuve, s’il en fallait une, que Michael Mizanin a toutes les caractéristiques de l’employé parfait.

Suivez-moi sur Twitter : @BernardCls – A lire aussi : Brock Lesnar, l’homme derrière la bête

(IMAGE PRINCIPALE : WWE)
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