L'équipe de France est déjà dos au mur. Derniers du groupe A de la Ligue des Nations après la phase aller, les Bleus n'ont plus le droit à l'erreur s'ils veulent garder une chance de conserver leur titre. Face à la Croatie ce soir, Deschamps et toute sa bande abattent leur dernière carte. Cela pourrait être un tournant à bien des égards, à six mois de la Coupe du Monde au Qatar. 

Une défaite contre le Danemark au Stade de France pour commencer puis deux nuls peu reluisants en Croatie et en Autriche. Voilà le faible bilan des Bleus pour cette tournée estivale estampillée Ligue des Nations. Pas grand-chose à retenir, mise à part deux ou trois petites satisfactions, comme l'affirmation de Nkunku ou la petite montée en régime de Kamara. Mis à part cela, ce sont plus globalement des doutes qui entourent l'Equipe de France à six mois de la Coupe du Monde qu'il faudra tenter de défendre. Et ce sont bien certains cadres, déjà présents en 2018, qui paraissent à coté de leurs baskets. Le match retour contre la Croatie, avant les vacances et un été agité pour certains, pourrait rabattre certaines cartes…

Griezmann, l'épée de Damoclès 

Le plus en danger parmi les cadres titulaires, c'est lui. Transparent depuis des lustres, Antoine Griezmann n'est plus que l'ombre du fabuleux joueur qu'il est, en ce moment. Souvent moribond en club ces dernières années, il retrouvait la joie (et ses qualités) lors des rassemblement à Clairefontaine. Mais malheureusement cette fois, c'est raté. Il traverse ce chapitre en sélection nationale tel un fantôme. Quelconque face au Danemark, il n'a pas plus pesé contre l'Autriche lors du dernier match. Il reste sur 1387 minutes sans inscrire le moindre but… une anomalie.

Si certains sont également passés par là (demandez donc à Benzema), l'impression visuelle laissée par le Madrilène interroge. Il semble tout simplement cuit. Cuit de sa saison? Il n'a finalement pas tant joué que cela à l'Atletico, commençant régulièrement sur le banc des remplaçants, ou étant l'un des premiers à être remplacé. Cuit à 31 ans ? Possible aussi, il n'a jamais compté les efforts depuis le début de sa carrière, et peut-être commence-t-il a en payer les pots cassés, surtout sur une fin de saison. Toujours est-il qu'il est en train de devenir un boulet pour les Bleus, ni plus ni moins. Si tous ses coéquipiers sont unanimes pour le défendre, la patience de Deschamps (dont il est pourtant l'un des chouchous) a des limites. D'autant que Christopher Nkunku a marqué de gros points durant ce rassemblement, et sa relation technique avec Benzema et Mbappé saute aux yeux. Dans un registre différent de Grizou, il peut être le 3ème larron devant, surtout s'il confirme son excellente saison à Leipzig, qui l'a vue remporter le trophée de meilleur joueur de Bundesliga.

Kanté, un être vous manque…

Il n'aura disputé qu'un seul des quatre matchs de cette fenêtre estivale. N'Golo Kanté, blessé, a quitté le rassemblement avant même le dernier match, histoire de se soigner et pouvoir partir en vacances plus tôt, en espérant revenir à 100% à la reprise avec Chelsea. Une blessure qui est loin d'être la première et qui vient rappeler que l'ancien de Leicester a manqué plus de la moitié des rencontres des Bleus depuis le sacre de 2018 (24 sur les 46 dernières). Quand on connaît son talent et son importance au sein du groupe, cela fait forcément tâche. D'autant que son acolyte de toujours, Paul Pogba, est lui aussi trop souvent sur le flanc. L'Equipe de France va donc disputer son 3ème match consécutif sans sa doublette fétiche.

En leurs absences, difficile d'y trouver de grandes satisfactions. Aurélien Tchouaméni a endossé le rôle de patron au milieu, mais pourrait-il le faire sur une compétition complète ? Adrien Rabiot est plus utilisé dans un rôle hybride à la “Matuidi 2018”, et Guendouzi et Kamara semblent encore trop tendres, bien que ce dernier monte en puissance au fil du rassemblement. Les Tolisso, Veretout et autre Lemar (qui a parfois été une option pour DD dans ce rôle) semblent avoir laissé passer le wagon pour différente raison. Vraiment, il faudra un Kanté en grande forme pour espérer faire partie des favoris au Qatar.

La défense, éternel chantier

Ce qui faisait la force des Bleus à l'automne dernier semble être devenu un fardeau. Que ce soit à 3, à 4 ou à 5 (voyez cela comme vous voulez), les Français n'y arrivent tout simplement plus. Ce système en 3-5-2, mis plus ou moins en place pour faciliter le rôle de Griezmann mais aussi profiter de l'émergence de Théo Hernandez, semble, déjà avoir atteint ses limites. Si performant à Milan, le cadet des frères Hernandez n'est que l'ombre de lui-même sous le maillot tricolore. Incapable d'influer offensivement, sa fébrilité défensive est mise en lumière depuis son match plus que compliqué contre le Danemark où il fut impliqué sur les deux buts. Son frère n'est pas tellement plus rassurant. Depuis le « final four » de la Ligue des Nations où il avait semblé déboussolé, Lucas n'arrive pas non plus à retrouver la grinta qui a fait de lui un cadre du groupe France.

Son concurrent direct, Kimpembe, bien que nommé capitaine intérimaire ce soir en l'absence de Lloris sur le banc, ne fait pas tellement mieux. Du coté droit, entre Coman qui n'évolue pas à sa place et Pavard assis les fesses entre deux chaises (ou plutôt deux postes), l'équation est la même. Jonathan Clauss a beaucoup tenté pour se montrer, mais il lui faudra prendre de la bouteille pour espérer garder sa place et surtout s'imposer comme titulaire en puissance avant le mondial. Lens ne disputera pas de coupe d'Europe, un départ dans un club structuré disputant les joutes Européennes chaque semaine aurait du sens. Finalement le cadre de l'axe central devait être Varane, comme à l'accoutumée. Mais sur courant alternatif comme depuis son arrivée à Manchester United, il n'apporte pas la sérénité nécessaire, d'autant que lui aussi est souvent sujet aux pépins physiques.

Il n'y a finalement que très peu de bonnes nouvelles… si ce n'est Jules Koundé qui, dans un rôle qui lui scie parfaitement, semble avoir enfin trouvé sa place dans cet effectif. Défenseur axial droit, il peut mettre en avant sa belle qualité de relance tout en se projetant, sans être obligé d'accompagner les actions tel un latéral. Il semble désormais avoir une longueur d'avance sur la concurrence (Saliba, Zouma, Upamecano, Konaté).

Mais souvent déséquilibrée, cette équipe manque clairement de repères et d'assurance en phase défensive. Un défaut qu'il faudra gommer très vite, sous peine de voir les plus grosses nations s'engouffrer dans les brèches que laisseront les Français s'ils ne parviennent pas à travailler cet aspect du jeu.

L'équipe de France se serait sans doute bien passé de cette fenêtre internationale pas loin d'être désastreuse jusqu'à présent. Il reste un match aux Bleus pour relever la tête et partir en vacances l'esprit tranquille. Dans le cas inverse, les doutes seraient énormes, à quelques mois de la Coupe du Monde 2022. 

Crédit photo : Onze Mondial