F1 – Entretien exclusif avec Julien Fébreau, commentateur de la Formule 1 sur Canal +

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Crédits photo : Pierre-Emmanuel Rastoin
Ligue 1

Depuis dimanche, la voix de Julien Fébreau est rentrée dans la tête de bon nombre de personnes, grâce à ses commentaires incroyables lors de la victoire de Pierre Gasly à Monza. Le grand reporter de Canal + depuis 2013 a accordé une interview à We Sport, et revient pour vous sur sa carrière, son dimanche mémorable, et le futur de la Formule 1.

Bonjour Julien Fébreau, et merci de nous accorder cette interview. Depuis longtemps maintenant, vous suivez la Formule 1 avec passion. Quel en a été votre premier souvenir, celui qui vous a marqué, fait aimer cette discipline ?

Mon premier souvenir de F1 remonte à 1992, lorsque j’ai vu Michael Schumacher à la télévision. J’avais 9 ans. Le second est lorsque je me suis rendu à Magny-Cours, lors du GP de France 1999 (victoire de Frentzen, ndlr). C’était la première fois que j’allais voir un GP en vrai. Là, j’ai eu la révélation absolue que je ne voulais pas travailler ailleurs qu’en Formule 1. J’avais vécu un week-end extraordinaire, même en étant spectateur. Ce jour-là a été le déclic, j’ai eu la certitude que je voulais travailler dans cet univers-là.

Vous débutez dans le milieu peu après d’ailleurs, en 2002, chez RMC. Et dès 2005, vous commencez à travailler sur les circuits.

Effectivement. Avec Alexandre Delpérier et Patrick Tambay, nous étions tous les trois aux commentaires. Eux étaient à Paris, et moi j’étais sur place. Et je n’ai plus arrêté depuis. Au vu du contexte sanitaire actuel, nous sommes contraints de commenter de Paris avec Jacques Villeneuve. Pour autant, Canal+ fait partie des 5 chaînes de télévision au monde à être autorisées sur les circuits, ce qui nous permets d’avoir un Présentateur (Laurent Dupin) et un Consultant (Franck Montagny) sur chacun des Grands Prix cette saison.

Alexandre Delpérier, avec qui vous avez justement commenté chez RMC, est celui qui vous a lancé. Quel impact a-t-il eu sur votre début de carrière ?

J’ai eu ma chance à la radio grâce à Alain Weill, le patron de RMC. Pour la Formule 1, c’est Alexandre Delpérier qui m’a permis de débuter dans ce sport. Lui et Patrick Tambay ont poussé auprès de la rédaction pour que je devienne reporter sur la F1. Je lui dois beaucoup. J’ai eu de la chance que les choses se mettent bien, oui !

Depuis 2013, vous êtes grand reporter et commentateur chez Canal +. Vous formez avec Jacques Villeneuve un duo complice. Comment cette relation est-elle née ?

Avec Jacques, nous avons trouvé comment bien faire fonctionner notre binôme. Il est extrêmement professionnel, jepeux m’appuyer facilement sur lui à l’antenne. Nous sommes chacun bien dans notre rôle, moi dans le commentaire, l’explication ; et lui dans l’analyse avec toute son expérience, son vécu, son palmarès. Il offre aux abonnés une vraie analyse de pilote de Formule 1. Cette complicité est venue très rapidement, dès la première année. Depuis, elle n’a pas cesséde se renforcer. Aujourd’hui, on se fait tellement confiance à l’antenne que l’on peut se permettre d’être un peu plus léger à certains moments. Nous sommes sur la même longueur d’onde et les abonnés Canal + aiment bien cela. Il y a un temps pour tout. Si nous sommes plus légers et drôles le vendredi durant les essais libres, à partir du samedi, nous replongeonspleinement dans l’intensité des qualifications et de la course.

Comment se passe un dimanche de course avec Jacques Villeneuve ? Que préparez-vous en amont ?

Le dimanche, nous avons déjà le vécu des deux premières journées. Nous avons déjà accumulé pas mal d’informations sur le niveau de chaque écurie, de chaque pilote. Mais il faut aussi se laisser porter par la course, puisque nous ne connaissons pas le scénario à l’avance. Il n’y a donc pas grand-chose à préparer. Il faut juste être en forme, avoir une bonne lecture et une bonne compréhension des forces en présence et de la stratégie.

Dimanche dernier a dû changer un peu vos habitudes, et celles des téléspectateurs. Quelle portée peut avoir la victoire de Pierre Gasly à Monza sur le sport français ?

Cette victoire fait du bien. Peu importe le sport, les gens ont envie de voir les Français briller. Tout le monde a dû s’enthousiasmer. La pointe d’audience à 1,2M de téléspectateurs au moment du drapeau à damier le prouve. Beaucoup sont arrivés progressivement sur leurs écrans, et n’ont pas lâché de la seconde partie de course. Que l’on soit féru de Formule 1 ou simplement observateur un peu moins aguerri, tout le monde a juste envie de vivre la victoire d’un Français à ce moment-là. L’impact sur le sport français est que la Formule 1 a été mise en lumière un peu plus. De nombreux sportifs ont félicité Pierre, mais aussi le Président de la République. Tout le monde s’est enthousiasmé pour lui, c’est quelqu’un de très attachant.

Beaucoup de sportifs français l’ont félicité, mais beaucoup de sportifs français vous ont également félicité (Thibaut Pinot, Julien Benneteau, Clément Grenier). Pierre Gasly vous a-t-il glissé un mot à ce sujet ?

Pierre m’a appelé lundi midi, pour me dire que depuis la veille il n’arrêtait pas de recevoir des vidéos des derniers tours sur Canal+, que cela lui avait donné des frissons. Il était très touché. Je l’ai remercié de m’avoir offert mon 12 juillet 1998, et lui m’a remercié d’avoir bien accompagné sa victoire.

Vos commentaires ont tout de même fait le tour du monde ! Le compte officiel de la F1 a relayé vos commentaires sur Twitter. Des Espagnols, des Anglais, des Allemands… tout le monde parlait de vous ! Quelle importance accordez-vous à cette exposition offerte par les réseaux sociaux ?

C’est très touchant. Cela veut dire que les gens ont apprécié ce qu’on a fait sur l’antenne. Peu importe le métier, nous apprécions toujours lorsque notre travail est reconnu. Je veux toujours le faire du mieux possible. Le fait que c’ait été repris par le compte officiel de la Formule 1 et de Mercedes est formidable. J’ai reçu des messages d’Argentine, des USA… qui me disaient qu’ils ne comprenaient pas ce que j’avais dit en français, mais qu’ils avaient quand même pleuré. Cela allait au-dessus de la compréhension des mots.

On vous a notamment comparé à Thierry Roland (« après avoir vu ça, on peut mourir tranquille »), Thierry Gilardivas-y mon petit », « pas ça Zinédine »), MargottonSecond poteau Pavard »), cela vous dépasse-t-il totalement ? Vous rentrez au panthéon des commentateurs sportifs !

Je suis mal placé pour en juger. Bien-sûr, lorsque Michel Denisot dit que je suis le Thierry Gilardi de la Formule 1, venant de quelqu’un comme lui, c’est très touchant. Mais, je le répète, je me place bien en dessous de Gilardi, qui était la référence absolue du commentaire selon moi. Il est intouchable, mais je m’en inspire en tout cas le plus possible.

Vous avez brillé par vos commentaires, mais également par votre silence. Au 19e tour de course à Spa, un an après le tragique accident d’Anthoine Hubert, vous vous êtes tu, ainsi que Jacques Villeneuve. Comment l’idée vous est-elle venue ?

J’avais prévu de respecter ce silence avant la course. C’est une date anniversaire très lourde, très triste. L’année dernière, un hommage lui avait été rendu au 19e tour, le lendemain de sa disparition. Déjà en 2019 nous nous étions tus, lorsque les gens avaient applaudi dans les tribunes. Je trouvais donc cela normal que cette année encore, nous marquions un moment de silence, pour penser à lui et sa famille. Jacques était d’ailleurs tout à fait en raccord avec moi. C’était une bonne façon de rendre hommage à Anthoine.

L’émotion était aussi très vive à l’arrivée du GP de Monza. Que s’est-il passé dans votre tête à ce moment-là ? Vous disiez récemment avoir eu peur de ne pas finir l’une de vosphrases au moment de la marseillaise sur le podium.

L’émotion était forte, le GP était haletant. Nous avons eu le temps de trembler, de nous inquiéter, de croire, de craindre que Pierre Gasly n’arrive pas à gagner. Et au moment du podium, il a les yeux tournés vers le ciel, on peut s’imaginer qu’il pense à Anthoine Hubert, à Jules Bianchi. C’était le moment d’émotion un peu ultime. La gorge était serrée, mais j’ai réussi à tenir ma voix.

Ce week-end au Mugello devrait être un peu moins riche en émotion … (il coupe) On ne sait pas ! On ne sait pas. Avec ce 1000e GP de Ferrari, à quoi faut-il s’attendre pour ce GP de Toscane ? Pourquoi sera-t-il spécial ?

Il est de toute façon spécial puisque c’est une grande première. Jamais la Formule 1 n’y a roulé en course. C’est également le 1000e GP de Ferrari, une écurie indissociable de la Formule 1. La F1 y est liée, et inversement. Ce 1000e GP est une marque incroyable. Cela permet de s’arrêter sur l’histoire de cette écurie, de tout ce qu’elle a réalisée au cours de ses 999 Grands Prix, de tous ses records. Même si pour eux c’est une saison difficile, le Mugello vient marquer un anniversaire incroyable. Peu d’équipes, quel que soit le sport, ont autant marqué l’histoire de leur discipline. Ferrari est un monument de la Formule 1.

La portée de Ferrari dépasse-t-elle le cadre de ce sport ?

Que l’on aime la Formule 1 ou pas, tout le monde connaît Ferrari. La vitesse est associée à la couleur rouge, à Ferrari. S’il n’y a qu’une seule écurie que les gens sont capables de citer en Formule 1, c’est bien elle. Cela montre la portée de l’histoire de cette équipe.

Un autre événement aura lieu au Mugello, c’est la finale de Formule 3, avec les deux dernières courses de la saison. Aurez-vous un oeil sur les performances du jeune Théo Pourchaire ? Lui qui réalise une saison brillante, et est encore en lice pour le titre.

Bien sûr ! Je suis de très près la Formule 2 et la Formule 3, qu’il y ait des Français bien placés ou non. D’abord parce que nous diffusons toutes ces courses sur Canal +. Et en l’occurrence, un Français, Théo Pourchaire brille cette année. Il est encore en lice pour le titre, et bien que cela restera difficile, il réalise une grande saison, pour sa première en F3. Cela rend encore plus intéressant le suivi de la discipline à nos abonnés, on s’attache un peu plus facilement à des pilotes français, surtout lorsqu’on performe comme Théo. Je le connais depuis qu’il est en karting et il a fait un très beau parcours jusqu’ici.

Sera-t-il en Formule 2 l’année prochaine ?

Il y a beaucoup de paramètres qui rentrent en compte, je ne sais pas si cela fait partie de ses plans ou de ses possibilités. A l’heure qu’il est, je n’ai pas la réponse.

En 2021, toujours sur Canal +, vous commenterez une saison 2020 « bis » avec le report du nouveau règlement technique de la F1 à 2022. Nous avons eu beaucoup de transferts très intéressants récemment (Sainz, Ricciardo, Vettel). Que vous inspire-t-elle ?

Cela va être un des grands attraits de la saison 2021. Voir Daniel Ricciardo arriver chez McLaren est plutôt excitant, on voit que l’écurie arrive aujourd’hui à faire de très belles choses. Il sera associé à Lando Norris, qui semble avoir un caractère identique au sien, avec beaucoup d’humour. Ilapportent de la fraîcheur à cette discipline, cela sera intéressant de les observer ensemble. Pour Vettel, c’est un grand changement. Lorsqu’il a été remercié par Ferrari en début d’année, j’ai eu peur qu’il quitte la Formule 1définitivement en fin de saison. C’est un quadruple champion du Monde, c’est bien qu’il reste. Après des années difficiles avec la Scuderia, c’est un nouveau défi qui l’attend chez Aston Martin en 2021. On a hâte de voir s’il est capable de retrouver son meilleur niveau, sa confiance. Il y aura beaucoup de choses intéressantes à observer.

Il y aura beaucoup de titres de champions du monde réunis sur la grille de départ l’année prochaine, si Räikkönen reste en Formule 1. Hamilton, Vettel, Alonso qui revient… En 2005, pour votre première saison sur les circuits de F1, Alonso obtient son premier titre. Son retour provoque-t-il chez vous un sentiment particulier ?

C’est un pilote pour qui on a forcément de l’intérêt. Lorsque je suis arrivé en Formule 1, c’était les années de domination de Renault et Alonso. Il courrait alors pour une écurie française, nous discutions en français ensemble. Cela a créé une relation intéressante. C’est bien de le voir revenir. C’est un personnage, avec un gros caractère, quelqu’un qui ne laisse pas indifférent. On a besoin de personnages comme lui pour faire l’histoire de la Formule 1. C’est un double champion du monde de F1, c’est un champion du monde d’endurance. Il a passé deux ans à l’écart de la Formule 1, pour relever d’autres défis. Il sera associé au français Esteban Ocon l’an prochain chez Alpine (ex Renault F1) et ce duo représentera l’un des grands attraits de 2021 sur Canal +.

Dès ce week-end, la Formule 1 reprend ses droits, au Mugello. Espérons pour Pierre Gasly que le sort lui soit toujours aussi favorable, pour voir Julien Fébreau s’extasier une nouvelle fois !

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