Encore décevant ce week-end à Oberhof sur un plan individuel (il a remporté le relais mixte en compagnie de son frère Tarjei, Tandrevold et Roeiseland), Johannes Boe enchaîne les déconvenues depuis la reprise . S'il semblait légèrement en retard sur les skis à l'entame de la saison, c'est désormais son tir, beaucoup trop aléatoire, qui pose problème. Faut-il s'en inquiéter, à un mois des Jeux Olympiques?
Indigne d'un triple tenant du titre
Il marche sur la Coupe du Monde depuis trois ans. Intouchable depuis 2019, à peine déstabilisé par la naissance de son enfant, par une forme de lassitude, Johannes Boe semble cette saison complètement à coté de ses baskets. Il avait commencé timidement la saison à Ostersund, 5ème du premier individuel, puis 3ème du sprint le lendemain. Surtout, lui le meilleur skieur de ces dernières années, avait été battu à la régulière, se contentant de la plus petite marche du podium derrière Christiansen et Samuelsson, plus rapides que lui sur les skis. Toujours en Suède la semaine suivante, il n'a pas été bien meilleur dans l'effort individuel, seulement 9ème du sprint, avec une seule faute au tir ! Avec un tel score à l'accoutumée, nul doute qu'il aurait au moins décroché un podium. Malade lors de la présaison, il n'a pas pu se rendre à Sjusjoen en Norvège pour la répétition générale avant de sauter dans le grand bain. Un retard à l'allumage qui peut en partie expliquer ses difficultés sur la piste lors des premières courses de la saison.
Et puis, quand sa glisse est devenue (légèrement) meilleure, il a complètement failli au tir, nous y reviendrons. A part une petite embellie au Grand Bornand, là où il a décroché sa seule et unique victoire en individuel, il n'a jamais pesé dans la coure au classement général.
Un tir défectueux
Si un semblant de mieux à commencé à apparaître à Hochflilzen sur la piste, c'est également à ce moment que l'on a vu ses énormes difficultés au tir. Avec un 7/10 sur le sprint, il a mis un stop à toute forme d'espoir dès la première journée en Autriche. Trop compliqué ensuite, avec 1'14 de retard, d'ambitionner un podium, ou même une cérémonie des fleurs. Il n'aura d'ailleurs pas fait tellement mieux sur la poursuite, retournant trois fois sur l'anneau de pénalité. Seul Ponsiluoma ayant fait moins bien dans le top 20. Si sa victoire sur le sprint à Annecy (avec un parfait 10/10) laissait présager un retour du grand Johannes, tout le monde a vite déchanté dès le lendemain. Pourtant à l'aise sur les skis, ses trois fautes lors de la poursuite l'ont condamné à se battre pour un modeste top 5, indigne d'un champion du monde parti en tête. La mass start aura conclu le carnage : 15/20 et une exécrable 20ème place à 1'30 d'un Emilien Jacquelin déchaîné.
Délaissée la Coupe du Monde.. pour se parer de jaune à Pékin?
Siegfried Mazet l'a déjà très vite compris : inutile de lutter pour le classement général, les Français sont déjà trop loin. Il faut donc réorienter les objectifs de la saison. Cela tombe bien, il y a de quoi faire avec les JO d'hiver, qui auront lieu à Pékin dans un mois. Du coup, Johannes n'ira pas à Rhupolding le week-end prochain, afin d'en garder sous la pédale. Et il en faudra, car ce week-end à Oberhof ne laisse pas présager le meilleur. Dans des conditions qui risquent d'être similaires à celles de l'Empire du Milieu, à savoir beaucoup de vent changeant, un temps incertain, de la visibilité réduite, le Norvégien n'a pas déchaîné les passions.. et on ne dit pas cela parce que la course était à huis-clos. Jamais dans le coup au tir malgré des temps de ski très bons (seul Tarjei a fait mieux sur la première épreuve), il n'a pas été capable de se placer à l'issue du sprint, une nouvelle fois lâché par sa carabine. Un horrible 5/10 qui l'a énormément frustré, évidemment. “Je dois arrêter de pleurnicher, je dois faire mieux (…) récupérer mon agressivité. C'est vraiment triste de terminer ce sprint avec cinq fautes et pourtant je n'ai pas eu des conditions si terribles. Je pense que j'ai encore une fois oublié de faire le travail. Ce n'est plus possible de continuer comme cela, je dois reprendre les choses en main“, a-t-il déclaré au média Nordic Mag. Malgré la bonne performance en milieu de week-end et la victoire en relais mixte, la visite en Allemagne s'est conclue par un 15/20 dans ses standards habituels, synonyme d'une 20ème place quelconque. Si ses progrès en ski sont notables et de bonne augure pour la suite de la saison, il va désormais devoir effectuer un gros travail, carabine en main. Car à l'heure actuelle, c'est là que le bât blesse.
Onze courses individuelles, une victoire, quatre tops 5, mais surtout cinq fois hors du top 15. Conscient qu'il n'a plus rien à espérer pour le général, il ne reviendra sur la piste qu'à Antholz, à la fin du mois. Un repos salvateur pour le remettre dans le droit chemin?
Un début de saison indigne, que très peu, lui y compris, ont vu venir. Deux petits podiums et une défaillance chronique derrière la carabine, mais quelle mouche a donc piqué Johannes Boe? Peut-être lassé par sa vie professionnelle, le Norvégien n'est plus que l'ombre de lui même. Mais attention à ne pas sous estimer l'orgueil du champion. Rien n'est plus dangereux qu'une bête blessée. “Il sera un adversaire coriace [aux JO]” a déclaré Samuelsson. Et on serait malgré tout bien tenté de le croire.