En dilettante depuis le début de la Coupe du Monde, Quentin Fillon Maillet va trouver au Grand Bornand une belle occasion de se refaire la cerise. Là même où il avait véritablement lancé sa saison l'an passé, après une formidable remontée qui l'avait vu remporter la poursuite après s'être élancé en 8ème position suite au sprint. Puis finir juste derrière son pote Emilien Jacquelin lors de la mass start. Pourra-t-il rééditer telle performance? On l'espère, car devant, Johannes Boe n'attend personne.
219 points. Voilà ce qui sépare déjà Johannes Boe, leader incontestable de la Coupe du Monde, de Quentin Fillon Maillet, tenant du titre et seulement 8ème après deux week-ends, avec 170 points et toujours aucun podium en individuel. Au Grand Bornand, terre de ses exploits l'an passé, il espère se relancer, pour tout bonnement enfin lancer sa saison, qui tarde à décoller. Mais il va falloir réagir, et vite.
Des temps de skis moyens
La ou le bât blesse, ce n’est évidemment pas carabine en main, ou, comme à son habitude, le Français est plutôt fiable. L’un des plus réguliers des leaders, même. La semaine dernière en Autriche, il n’a jamais fait plus d’une faute, faisant même le plein lors du relais. Malheureusement, ses temps de glisse laissent pour l’instant à désirer. Il est encore loin des meilleurs. Notamment des Suédois et des Norvégiens, mais également de son compatriote. Émilien Jacquelin.
Du mieux, tout de même
Malgré tout, il semble avoir retrouvé un petit peu de couleurs la semaine dernière à Hochfilzen, puisqu'après son 9/10 au sprint, il a réalisé un joli 19/20 lors de la poursuite, meilleur tireur des 12 premiers au final. S'il continue à garder cette régularité au tir, nul doute que le Jurassien retrouvera vite les sommets du classement mondial. En apportant quelques petits réglages au niveau de la glisse, il parait évident qu'il ne restera pas bien longtemps à cette 8ème place au général. «J'espère monter encore en puissance pour cette étape au Grand-Bornand. C'est difficile de dire quel sera mon état de forme, mais j'aime bien le profil de la piste, le pas de tir, le public est à mon avantage. J'ai envie de prendre du plaisir et on verra ce que ça donne. Des (étapes de) Coupe du monde comme celles-ci, avec cette ferveur, toutes ces personnes-là pour nous, je n'ai pas 36 occasions d'en vivre. Cette atmosphère me galvanise. Il faut que j'en profite au maximum, aussi pour m'en servir dans la performance. »
Du côté de son clan aussi, l’optimisme semble gagner les rangs. C'est en tout cas le son de cloche chez Vincent Vittoz: « Maintenant, il est en phase montante, et par le passé, il a souvent bien réussi les troisièmes semaines (de compétition). C'est quelqu'un qui arrive à bien enchaîner les efforts et je pense que la poursuite de Hochfilzen l'a quand même un peu rassuré. Là, il a trois belles courses devant lui pour montrer ce qu'il sait faire. »
Grapiller, point par point
Car devant lui, même si se dressent de solides biathlètes, notre successeur de Martin Fourcade a les moyens de revenir, petit à petit : Roman Rees, l'Allemand, et Niklas Hartweig, le Suisse n'auront jamais la régularité de Fillon Maillet, sur la durée. Idem pour les deux Suédois, Ponsiluoma et Samuelsson, formidables sur les skis (le premier cité est même le meilleur derrière l'intouchable Boe), mais leur irrégularité chronique derrière la carabine ne peut pas en faire de sérieux outsiders pour un podium final. Quand ils passent à coté d'une étape, ils le font dans les grandes largeurs. Espérons pour les Scandinaves qu'ils aient appris de leurs erreurs, mais le premier relais de la saison, à Kontiolathi, en est le parfait exemple.
Le problème est le même pour Emilien Jacquelin, toujours très à l'aise sur les skis, mais terriblement agressif derrière la carabine. Dans un bon jour, cela peut lui permettre de batailler avec le grand Johannes. Au cas contraire, la visite de l'anneau de pénalité peut durer une éternité.. Cette régularité au tir permet donc à Fillon Maillet de pouvoir, sur la durée, espérer revenir. Restera alors les deux têtes d'affiches Norvégiennes. Si le cadet de la fratrie Boe semble au dessus du lot pour l'heure. QFM le reconnaît lui même volontiers : « Aujourd'hui, avec ses temps de ski et la qualité de son tir, pour aller le chercher, surtout s'il fait le plein au tir, c'est compliqué. Ma forme va continuer à monter, et j'ai été capable de rivaliser avec lui, même pendant ses grandes années, de temps en temps. Je sais par expérience qu'une course mal embarquée peut se finir très bien parfois. Cela marche aussi sur une saison. Sturla Laegreid a lui aussi une belle marge de manœuvre. Le pire ? Irrégulier derrière la carabine, il parvient malgré tout à s'immiscer le plus souvent sur le podium. Il bataille, dans les mêmes temps de skis qu'Emilien Jacquelin. Sauf que, lui, a l'habitude de trouver de la régularité, contrairement au Français. Attention donc à ne pas le laisser s'envoler, définitivement..
Quentin Fillon Maillet va tenter de lancer enfin sa saison, ce week-end au Grand Bornand. Le tenant du titre du gros globe de cristal, loin de ses standards habituels, veut enfin retrouver le haut du panier, et décrocher un podium. Il serait temps, car devant, la concurrence n'attend pas. Alors, retrouvera-t-on notre Quentin national sur la boîte cet après-midi après le sprint?
Crédit photo : Le Monde