Football et hooliganisme, quand la violence s’en mêle

WeSportFR vous propose de mêler plaisir du sport et plaisir de la réflexion avec une série d’articles « Penser le sport. ». Place aujourd'hui à un phénomène néfaste à l'image du sport, bien qu'il décroisse, le hooliganisme, présent en particulier dans le monde du football. 

Origine du hooliganisme 

Le hooliganisme est apparu à la fin du XIXème siècle. Bien que son origine soit quelque peu controversée (certains parlent d’une famille portant ce nom, d’autres affirment que cela provient d’un gang dénommé Hooley),les spécialistes s’accordent pour dire que, les hooligans, « spectateurs » assistant à une rencontre sportive et responsables d’actes violents, sont arrivés à la fin du XIXème siècle, et recensent le premier acte de violence sportive en 1885, lors d’une rencontre entre Preston North End et Aston Villa. A l’issue de la rencontre, les deux équipes sont sauvagement agressées par les spectateurs à coup de projectiles. Si d’anciennes traces d’hooliganismes ont été trouvé il y a des siècles, notamment lors des combats de gladiateurs (Tacite, 59 après J-C), c’est donc récemment que ce terme a été associé à la violence en rapport avec le sport. Très souvent décrit comme un jeune Anglais, délinquant, socialement défavorisé et alcoolisé, le hooligan n’est bien entendu pas résumé à cela. Même si la naissance moderne de ce phénomène prend racine en Grande-Bretagne et devient trop important dans la deuxième moitié du XXème siècle, cette façon d’être s’est répandue, beaucoup trop, partout et même en France (tribune Boulogne au Parc des Princes) et existe principalement dans le football.

Pourquoi cet engouement autour de ce sport, et non d’un autre? Tout simplement car le football est une pratique populaire, connue de tous. Les règles sont simples, et le jeu ne nécessite pas un grand besoin d’aménagement. Il est praticable partout, et donc accessible à tous types de populations. Il est également le symbole de l’intégration réussie des étrangers (Dominique Bodin, Football, supporters, violences. La non application des normes comme vecteur de la violence), vécue comme une « humiliation » par les classes populaires Britanniques. De plus, la forte incertitude, le suspens procure un large panel d’émotions en un très court laps de temps. L’hystérie provoqué par le jeu devient plus importante que dans bon nombre de sport. Cela incite aux débordements, et à la passion plus que poussée pour son équipe. Les hooligans profitent donc de ces moments  d’extase pour créer tous types d’affrontements.

L’objectif du Hooligan n’est pas de voir une rencontre sportive, et il se moque généralement du résultat final. La seule raison de sa présence est la violence : soit par pur plaisir, avec des affrontements contre des bandes rivales, soit par revendication.

 

L’influence des médias 

C’est vers les années 1960 que le hooliganisme moderne est apparut. C’est quelque peu avant que sont apparus les médias. Mais leur développement va arriver au moment où le hooliganisme gagne du terrain sur le monde sportif.

Les médias participent malheureusement activement à la confusion entre spectateurs, et plus précisément ultras, et hooligans (Comeron, la prévention de la violence dans le sport, 2002). Bien que les ultras aient parfois des idées, des revendications à caractère agressives, leur but premier est d’encourager, préparer et mettre l’ambiance avant et pendant le match. Et même après lorsqu’il y a un succès. Les hooligans sont présents dans les stades uniquement pour la violence, pour affirmer leur suprématie physique ou territoriale par exemple, face  aux hooligans adverse. Mais cela peut avoir lieu dans le cadre du football comme en dehors. Même si certains ultras usent parfois de la violence pour imposer une supériorité, cela s’avère plus rare, et nombreux sont les ultras qui rejettent ces comportements violents. C’est pourquoi, les informations, parfois erronées, données par les médias et parfois même les autorités, peuvent parfois avoir des effets néfastes et entraîner des représailles, des affrontements entre bandes rivales, hooligans ou non. L’incapacité à informer la population, de la part des médias et des autorités, provoquent parfois des drames. C’est le cas par exemple lors de l’Euro 2016 en  France. Lors du premier tour, Russes et Anglais s’affrontent à Marseille. Le hic, c’est que l’affrontement qui ne devait avoir lieu qu’au Vélodrome, a également eu lieu dans les rues de la citée phocéenne. Hooligans Russes et Anglais ont vandalisé le Vieux Port à la suite d’affrontements. Trop laxistes, les forces de l’ordre n’ont pu que constater les dégâts, trop tard. De ce fait, aucune information n’a pu être divulgué avant, prenant au dépourvu les citoyens présents sur place. Idem, en 1985 lors du tristement célèbre drame du Heysel. Lors de la finale de la ligue des champions opposant la Juventus à Liverpool, les supporters Anglais, pourtant séparés par un no man’s land de ceux du club Italien, envahissent la tribune rivale. Les tifosi ne s’y attendaient pas et tentent de fuir, en forçant les grillages et essayant d’envahir le terrain. Bloqués par les forces de l’ordre, les Italiens créer un mouvement de foule provoquant l’effondrement d’une partie de la tribune. Plusieurs personnes sont piétinés et le bilan est lourd : 39 morts. Les hooligans britanniques ont réussi leur coup retentissant. Et c’est malheureusement seulement à ce moment là que les médias en parleront. Une fois que c’est « trop tard », lorsque les problèmes deviennent trop visibles (Bodin, Robène, Héas,007). Preuve en est que l’influence de la presse et autres journaux télévisés n’est pas forcément positive vis-à-vis de ce phénomène.

La politique, une influence mitigée 

Avec les nombreux drames survenus, et notamment en Grande-Bretagne, les instances politiques ont décidé de réagir, et de sévir, avec l’aide des clubs. Les prix de places en Premier League ont flambé ces dernière années. C’est donc une nouvelle population, plus élitiste, qui se rend au stade. De nombreuses interdictions de stade sont également proclamées après visionnage des caméras de surveillance des différents stade de football. Les « ultras » Parisiens en ont d’ailleurs fait les frais.

Au milieu des années 80,le conseil de l’Europe adopte une Convention européenne sur la violence et les débordements de spectateurs lors de manifestations sportives et notamment de matches de football. Cela se traduit par la création de règles, de lois, relatives à l’événementiel sportif. L’Etat est de plus, aidé par les instances sportives, qui fixent à chaque enseigne, chaque club, des critères en terme d’infrastructures et de sécurité.

L’objectif de cette lutte contre le hooliganisme est de réduire au maximum les tentatives d’affrontements entre différents groupes de hooligans. Cela passe par des contrôles renforcés aux abords des stades, lors des arrivées de groupes de supporters lors des déplacements, mais aussi grâce au système de vidéosurveillance, qui se développent à vitesse grand V. Les « ultras » Parisiens peuvent en témoigner.  Depuis le drame d’hillsborough, qui n’a d’ailleurs pas de caractère terroriste mais qui a profondément marqué tout un pays, l’Angleterre a prit de grandes mesures. Grâce à une répression ferme et une rénovation de ses stades entraînant une flambée du prix des places, le royaume de Sa Majesté a réussi à réduire l’impact du hooliganisme en première division. Mais malheureusement, la violence n’a pas complètement disparu en Angleterre et s’est en partie déplacée (vers les divisions inférieures et, pour le championnat d’élite, dans l’espace, loin des stades, et dans le temps – en dehors des matches). De ce fait, ces mesures ont été fait au grand dam de nombreux spectateurs et supporters, appartenant à la classe moyenne, et étant obligé désormais de débourser des sommes folles pour pouvoir se rendre au stade.

Et puis, les violences policières, dues à un ensemble d’événement ( hooliganisme dans le sport, mais aussi multiplication des attentats récemment), ne cessent d’augmenter. Au moindre fait et geste d’un groupe de supporters, les CRS présents pour la sécurité n’hésitent plus à user de leurs forces pour repousser, dégoûter même les supporters venus aux abords de l’enceinte (Mignon, 2010). Parfois nécessaires, ces attaques sont aussi souvent exagérées. Mais il faut avouer qu’il est difficile de dénouer le vrai du faux dans les provocations de groupes de supporters, ce qui rend la tâche des forces de l’ordre beaucoup plus complexe. Dans un soucis de sécurité, ils n’hésitent alors plus à effrayer les plus téméraires.

Les décisions prises par les politiques sont donc radicales. Quitte à malheureusement exclure certaines catégories sociales par leurs décisions, les instances Européennes et sportives veulent à tout prix supprimer, ou tout du moins limiter ce phénomène, d’autant plus dans le contexte actuel. Le dialogue et les actions préventives sont casi-innexistantes, et c’est peut-être là le fond du problème. Car cela permettrait d’impliquer bien plus de monde, et pourquoi pas limiter encore plus ces violences lors des manifestations sportives.

 

Principalement pauvre, souvent au chômage ou disposant de revenus très faibles, venant de catégories sociales peu favorisées, le hooligan veut parfois exprimer sa haine et son dégoût (politique, sociale mais surtout sportif) à travers ses faits et gestes. Bien qu’il soit difficile à réellement définir mais aussi parfois impossible à contrôler, ce phénomène ne cesse de diminuer, grâce aux mesures prises par les instances sportives et les politiques. Il était temps, car le sport et notamment le football (où le hooliganisme est principalement présent) sont avant tout des moments de communions, de fêtes, de joie et de partage.

 

A propos de l'auteur

Supporter inconditionnel de l'Olympique de Marseille mais aussi du football en général. Fan des Houston Rockets mais surtout de The Beard. Le coeur Rouge et Blanc en Pro A Jeep Elite

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