Dans un finish haletant mettant aux prises les deux meilleures voitures du plateau, Hamilton l'a finalement emporté, moins d'une seconde devant Verstappen. Le pilote Red Bull pourra regretter d'avoir laissé revenir le Britannique après un dépassement limite. Bottas complète un podium déjà vu et revu, malgré un second arrêt aux stands cataclysmique. Chacun aura eu des fortunes diverses à Bahreïn ce week-end. 

Hamilton, comme une évidence

Même lorsque le septuple champion du monde semble moins à l'aise, il reste au moins à la hauteur de tous ses autres concurrents. Gênée par l'association Red Bull – Verstappen, la Mercedes a bien failli voir s'échapper la victoire sur le tracé international de Sakhir. Déjà dépossédée d'une pole qu'elle n'avait jamais loupée depuis l'arrivée de l'ère hybride, une victoire de l'écurie autrichienne aurait presque fait tâche. Heureusement, le roi Lewis a une nouvelle fois réglé la mire à temps, profitant de la clémence étonnante de Verstappen.

Après avoir mené longtemps la course jusqu'au premier relais, le Hollandais s'est arrêté bien trop tardivement, relançant complètement les débats. Hamilton, malgré des pneus durs capricieux, a suivi la stratégie de son équipe à la lettre. Douteux, il s'en est remis aux conseils de son ingénieur Peter Bonnington. Il a bien été récompensé. Tir quasi-groupé des Mercedes, puisque Bottas finit troisième, plombé cependant par son second arrêt aux stands. Loin de la tête, et loin de la meute, le Finlandais a eu tout le loisir de chiper le point du meilleur tour en course à son coéquipier lors de la 56e et dernière boucle.

Verstappen et les autres

Seul pilote en mesure de jouer avec les Mercedes, Max a longtemps cru en sa bonne étoile. À la faveur d'une meilleure gestion de ses pneus, il a rapidement comblé le vide le séparant de Lewis en fin de course pour revenir à sa hauteur, et même le dépasser. Sorti trop large du virage après sa manœuvre, il a cependant décidé de céder sa place. Pourtant, plusieurs fois les Mercedes ont usé et abusé des largeurs de la piste à ce même endroit, sans aucune sanction. Trop tendre, il a donc loupé le coche pour cette fois. En revanche, la performance générale de Red Bull est de bonne augure pour la suite.

Pérez, abandonné par sa machine avant même le départ, s'est lui élancé des stands. En bon dernier, il a su remonter patiemment jusqu'à la 5e place finale. Plus convaincant que son prédécesseur Albon, il pourrait être un atout précieux dans la lutte pour le titre. Il est certain que le Mexicain, avec un peu plus de réussite, s'immiscera sans problème dans la bagarre pour la victoire.

Aston et Alpine déçoivent

On en attendait beaucoup des deux nouvelles écuries du plateau, peut-être même un peu trop. Si l'Aston Martin a tout de même marqué un point par le biais de Stroll, c'est un 0 pointé pour l'écurie française. Alonso a même abandonné, gêné par des débris coincés dans ses écopes de freins. Ocon a lui été percuté par Vettel, ruinant les chances de remontées des deux pilotes. Le Français a fini 13e, deux places devant le vétéran allemand, pénalisé pour cette vilaine manœuvre.

Même constat pour Haas, qui a déjà perdu une voiture lors du premier tour de course. Le tout droit de Mazepin à l'arrière de l'écran a ravivé plus d'un cauchemar. Schumacher a lui conclu sa première course au sein de la catégorie reine à la dernière place (15e). Alfa Romeo aurait pu espérer mieux, ne marquant pas de point (Raïkkönen 11e, Giovinazzi 12e). Williams n'a pas vraiment fait mieux que d'habitude, traînant encore en fond de grille.

McLaren et Ferrari rassurent

Bien née, la McLaren a rapidement assimilé le bloc Mercedes. Norris, très agressif d'emblée, a surclassé Ricciardo sur cette course inaugurale, finissant au pied du podium. Son nouveau coéquipier termine 7e, derrière Leclerc mais devant celui qu'il a remplacé. Sainz, pour sa première course en rouge, s'est fait assez discret, se contentant de marquer des points. Pas de quoi s'extasier, mais les Ferrari semblent plus solides que l'année dernière.

La vraie performance à saluer est la 9e place de Tsunoda, qui est le digne héritier de Kobayashi. Pour sa première course en Formule 1, il a impressionné. Gasly pourra regretter amèrement son accrochage en début de course qui lui a ruiné son Grand Prix. Il était pourtant bien parti pour marquer des points importants.

Du spectacle au rendez-vous

Parfois décrié, Sakhir n'aura pas déplu aujourd'hui. Il y a eu du spectacle à tous les étages, et dès le début. Les sorties de piste de Mazepin et Schumacher, combinées aux divers accrochages en début de course ont eu le don de faire sortir la nouvelle safety car. Vrombissante, l'Aston Martin a mené les troupes pendant deux tours, avant de s'effacer. Il y a eu de la lutte aussi, entre Vettel et Alonso notamment, ou entre les deux McLaren. Pérez, auteur d'une belle remontée, dont il est coutumier ici, a aussi participé à la fête.

Enfin, un nouveau record a été effacé par Lewis Hamilton, celui du plus grand nombre de tours en course menés : 5125. Encore une preuve de plus qu'il est le pilote le plus dominant de notre siècle. En attendant, si la victoire ne lui était pas promise, il a su tenir son rang. Ses adversaires sont prévenus, il a toujours autant faim.

Grand Prix convaincant pour cette reprise de la Formule 1 après 3 mois et demi d'arrêt. Les mêmes gros bonnets ont assuré, tandis que les vétérans ont aussi eu leur mot à dire. Les dominations à chaque niveau ne semblent plus aussi claires qu'avant, et beaucoup d'écuries pourraient être en mesure d'avoir leur mot à dire cette année. La saison s'annonce en tout cas excitante, et se poursuivra dans moins d'un mois, à Imola.