La 14e étape du Giro a couronné Lorenzo Fortunato, parti à l'avant dès les premiers kilomètres. Derrière lui, l'équipe Astana-Premier Tech a tenté de revenir pour faire gagner son leader Aleksandr Vlasov mais a totalement craqué. Analyse de cette défaillance.

Comme dans un épisode de Tom et Jerry sur le Tour d'Italie, le chat a échoué pour rattraper la souris. Échappé dès les premiers kilomètres, Lorenzo Fortunato (Eolo-Kometa) a tenu tête à la formation Astana-Premier Tech et au peloton pour s'imposer et signer avec classe sa première victoire professionnelle. De la même manière que Jerry qui s'extirpe des pièges de Tom, on a applaudi l'Italien de 25 ans, néophyte sur un grand tour et vainqueur au sommet du tant prestigieux que terrible Monte Zoncolan. Et on s'est quelque peu moqué des plans ratés d'une armada présente dans l'élite depuis toujours mais totalement dépassée hier.

Le profil de cette 14e étape, avec une arrivée au sommet du terrible Monte Zoncolan © RCS

La 14e étape du 104e Giro était notée cinq étoiles sur cinq par l'organisateur RCS. Traduction : les 205 km du jour étaient redoutables. L'arrivée au sommet du Monte Zoncolan marquait le début de la haute montagne sur ce Tour d'Italie 2021. Au départ de Cittadella hier matin, la formation Astana-Premier Tech prévoyait de renverser le classement général dominé par Egan Bernal (Ineos Grenadiers). Son leader Aleksandr Vlasov était dauphin du Colombien avec 45 s de retard, ce qui entretenait ses espoirs.

L'objectif était double pour les hommes au maillot bleu ciel : s'emparer de la tunique rose et remporter une victoire sensationnelle au sommet du Monte Zoncolan. Les effroyables pourcentages offraient une belle occasion de creuser des écarts entre favoris.

Les coéquipiers de Vlasov laissent une avance importante à l'échappée © Eurosport

Seulement voilà, le plan n'a pas brillé du tout. Loin des reflets éclatants bleu turquoise renvoyés par la mer Méditerranée autour de la botte italienne, l'application de la tactique d'Astana a davantage pris la teinte des eaux troubles d'un lac boueux. Et ce n'est pas son leader Aleksandr Vlasov qui a fait sensation, mais bien Lorenzo Fortunato. Ce dernier s'est échappé au km 197 au sein d'un groupe de onze coureurs – dont aucun issu des rangs de l'équipe kazakh.

Le manque de maîtrise de la formation Astana

À 70 km de l'arrivée, les échappés comptaient environ neuf minutes d'avance sur le peloton des favoris. Après avoir mollement contrôlé l'écart, Astana-Premier Tech accélérait franchement dans la descente du Forcella Monte Rest.

Astana accélère brusquement dans la descente et isole Bernal © Eurosport

À ce moment, les observateurs de la course croyaient assister à un habile mouvement tactique. Aleksandr Vlasov était accompagné de deux coéquipiers tandis qu'Egan Bernal n'en avait plus qu'un et que les autres leaders étaient distancés. Le coup semblait parfaitement joué et le duel entre Bernal et Vlasov paraissait s'illustrer. Les autres favoris rejoignaient néanmoins ce groupuscule avant le début de l'ascension du Zoncolan.

Un nouveau duel pour le maillot rose

Après la banderole des dix derniers kilomètres placée au début de l'immense dernière difficulté, la course tournait très mal pour Astana-Premier Tech. Dans une pente pourtant relativement abordable (8 %), les lieutenants de Vlasov craquaient et laissaient la main aux coéquipiers de Bernal, préservés par le rythme modéré de leurs adversaires.

L'équipe Astana craque et laisse la main à l'armada Ineos Grenadiers – © Eurosport

Juste après la flamme rouge, Simon Yates (BikeExchange) attaquait sur un passage à 20 %. Aleksandr Vlasov (maillot blanc à l'arrière) reculait immédiatement. Ne disposant plus de coéquipier, il se trouvait livré à lui-même. Il tâchait alors de limiter les dégâts et le débours sur le chronomètre.

Simon Yates attaque, Aleksandr Vlasov flanche © Eurosport

La configuration de course dessinait alors un nouveau duel pour la conquête du maillot rose : Bernal contre Yates. Le Colombien assommait une nouvelle fois la compétition en lâchant le Britannique. 1 min 43 derrière l'épatant Lorenzo Fortunato, le leader d'Ineos Grenadiers coupait la ligne. Son désormais principal rival de BikeExchange en terminait 11 s plus tard.

Quant à Aleksandr Vlasov, il franchissait la ligne d'arrivée plus d'une minute après. Le Russe est même éjecté du podium par Yates et Damiano Caruso (Bahrain Victorious). Une journée à oublier pour lui et ses ambitions. De même pour l'équipe Astana-Premier Tech qui a complètement manqué sa tactique.

Une journée à oublier pour Vlasov et Astana © Eurosport

Le Monte Zoncolan a ainsi adoubé la petite souris Lorenzo Fortunato, échappé plein de panache qui a résisté aux impitoyables – mais apparemment pas immanquables – plans du gros chat, l'armada Astana.

Capture d'écran en une : Eurosport