L'équipe Ineos-Grenadiers a contrôlé de bout en bout la sixième étape de ce Giro d'Italia. Egan Bernal termine deuxième et montre son potentiel de grand favori pour la suite de la course. Retour sur cette course made in Ineos-Grenadiers.

 

Le cyclisme a été marqué ces dix dernières années par une équipe. Admirée et détestée, Ineos-Grenadiers ne laisse pas indifférent. Chaque détail est calculé pour maximiser les chances de victoire. Les spectateurs ont pris l'habitude de voir leurs maillots en tête de peloton pour imposer leur stratégie sur la course. Simple sur le papier, mais plus complexe sur la route, les coureurs de l'ancienne Team Sky contrôlent perpétuellement la course dans l'espoir que son leader lève les bras en terre promise. Et les chiffres parlent en leur faveur : onze victoires obtenues sur les trois grands tours depuis 2010. Une fois de plus, la surpuissante armada de Dave Brailsford s'est montrée à son avantage sur les routes italiennes. L'étape entre Grotte di Frassasi et Ascoli Piceno est l'archétype de la stratégie d'Ineos-Grenadiers sur les courses de trois semaines.

 

Des coups de bordure collectifs

C’est toute l’équipe Ineos, suivie de Romain Bardet et Marc Soler, qui se détache du groupe maillot rose. Les favoris au classement général sont restés au contact dans l’ascension du col. Bardet, Bettiol et Ciccone essaient de prendre de l’avance sur Ineos-Grenadiers dans la descente.

Mais le vainqueur du chrono va continuer à rouler fortement dans la plaine pour retrouver les poursuivants et mettre en difficulté l’échappée. Presque à lui seul, Ganna a réussi à faire la jonction entre les deux groupes distancés jusqu’à 30 secondes.

Alessandro De Marchi est la première victime de la tactique d'Ineos-Grenadiers. À 60 km de l’arrivée, un Filippo Ganna de gala scinde le peloton en deux. Roulant contre vents et montées, le train Ineos fait exploser la course. Un instant, il s'échappe même en compagnie de Bardet, Hindley et Ciccone le temps de quelques mètres avant de voir revenir le reste du peloton. Les favoris à la victoire sont bien là. Mais méfiance et intelligence sont de rigueur pour ne pas se faire distancer.

Une fois la deuxième difficulté passée et le maillot rose lâché, la descente sous la pluie marque une rupture. Bernal et ses coéquipiers sont surpris puis décrochés par un groupe de virtuoses descendeurs. Prenant jusqu'à 40 secondes d'avance, Bettiol, Ciccone et Bardet ne feront pas long feu sous la pluie battante. Transformé en gladiateur, Ganna ne laisse aucun répit à cette vaine tentative de contre qui n'aura compté qu'un maximum de 40 secondes.

 

Une ascension clinique

Il faut encore effectuer quinze kilomètres pour rejoindre l’arrivée au sommet. Ineos-Grenadiers va alors imposer une grosse cadence de pédalage. C’est Filippo Ganna qui se charge du premier tiers de la côte à 7 % de moyenne. L’objectif est clair : faire craquer les autres favoris et emmener le leader Egan Bernal dans les meilleures conditions au sommet. Jonathan Castroviejo prend la suite sur cinq kilomètres. Roulant même avec un pneu crevé, l'Espagnol est héroïque et se donne corps et âme avant de laisser les autres équipes gérer la fin de course.

Mais si Ineos ne contrôle plus le temps de deux kilomètres, c'est pour préparer une offensive. À trois kilomètres, le lieutenant en montagne, Daniel Martínez lance les hostilités en attaquant. Comptant quelques mètres d'avance, il est envoyé au front pour préparer le terrain. Et ce qui devait arriver arriva, Egan Bernal pose une mine. Suivi par Evenepoel, Martin et Ciccone, le groupe s'échappe dans les derniers hectomètres. Sprintant au courage et à la force, le Colombien finit deuxième et récupère les six secondes de bonification.

L'équipe Ineos-Grenadiers montre qu’elle reste sereine dans la compétition. En montrant un contrôle presque naturel de la course, le résultat est prometteur pour la suite. Egan Bernal est idéalement placé pour frapper un grand coup dans les prochains jours.

Crédit image en une : AFP