GOAT : quels sont les critères pour déterminer le “Greatest Of All Time” d’une discipline sportive ?

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Ligue 1

C’est un débat qui de tout temps déchaîne passions et foules. L’acronyme GOAT (Greatest Of All Time) revient en effet très souvent dans les débats entre amateurs d’une discipline sportive spécifique. Si certains cas sont indiscutables, ceux du tennis, du basketball, du tennis de table ou encore du football suscitent en revanche énormément d’avis divergents, sur l’identité de celui qui serait le meilleur joueur de tous les temps dans son sport de prédilection. Si ce débat requiert bien évidemment une part de subjectivité, We Sport va aujourd’hui tenter de vous éclaircir sur les critères à prendre en compte pour pouvoir y répondre.

 

Critère n°1 : le palmarès

Presque inutile de le rappeler, mais le palmarès apparaît évidemment comme l’un des points fondamentaux de ce débat. Effectivement, compliqué d’entrer dans la discussion si celui-ci n’est pas digne de l’un des meilleurs sportifs de tous les temps. Que cela soit Pelé avec ses trois Coupes du monde et ses plus de 1000 buts (qui ne restent néanmoins que symboliques pour beaucoup, à défaut d’être officiels), Michael Schumacher avec ses sept titres de champion du monde, ses 155 podiums et ses 91 victoires, ou encore Michael Jordan avec ses six titres NBA, ces marques inscrites dans l’histoire vont bien souvent au-delà du rationnel, et attendent encore aujourd’hui d’être battues.

Première victoire de Schumacher avec Ferrari – TOFM

Dans certains cas, comme le tennis ou la Formule 1, beaucoup considèrent d’ailleurs que le palmarès reste un des seuls critères qui permet de départager des légendes d’une même discipline en en distinguant particulièrement une plus qu’une autre (Rafael Nadal, Novak Djokovic ou encore Lewis Hamilton peuvent en témoigner). Effectivement, certaines performances comme les 8 finales consécutives en NBA de LeBron James ou les 35 titres en Masters 1000, les 5 en Coupe Davis et la médaille d’or olympique de Rafael Nadal pourraient leur permettre de prétendre au statut de GOAT, mais les six bagues NBA de Jordan où les 103 titres de Federer, parmi lesquels on distingue 20 Grands Chelem et 6 Masters, semblent encore aujourd’hui faire pencher la balance dans l’opinion publique.

 

Critère n°2 : l’empreinte laissée sur son sport

Autre facteur qui revient très souvent comme étant primordial pour considérer un sportif comme le meilleur de l’histoire de sa discipline, l’influence qu’il a pu avoir sur son sport, ainsi que l’empreinte qu’il a pu y laisser. C’est un argument qui peut par exemple davantage jouer en la faveur d’un Michael Jordan, d’un Roger Federer, voire d’un Rafael Nadal, par rapport aux autres basketteurs ou tennismen susceptibles de pouvoir entrer dans la discussion. Comme on a pu le voir dans la série documentaire “The Last Dance” sur Netflix, l’influence d’un Michael Jordan sur le développement du basket et de la NBA aux Etats-Unis et même dans le monde entier s’est avérée absolument colossale, et reste certainement encore inégalée dans le milieu aujourd’hui.

Michael Jordan meilleur joueur de l'histoire pour les basketteurs NBA
Crédit photo : Hip Hop Corner

Dans un autre registre, Roger Federer et Rafael Nadal (tout comme Jan-Ove Waldner pour le tennis de table) ont été les pionniers d’une certaine forme de révolution tennistique, et ont toujours su se réinventer pour continuer à performer au plus haut niveau, au fil des saisons. Leur manière de jouer et leur approche aussi bien physique, que tactique ou même mentale, du jeu en a fait rêver plus d’un au cours des deux dernières décennies. De par leur mentalité et leur aura toujours plus importante, leur rivalité a ainsi marqué toute une génération et plus globalement l’histoire du tennis, et ils restent à l’heure où on se parle considérés par la majorité comme les deux plus grands tennismen de tous les temps. Ils ont en ce sens, avec d’autres grands noms du sport, participé à développer leur discipline à l’échelle mondiale, pour que celle-ci devienne ce qu’elle est aujourd’hui, à savoir un domaine d’exploitation aux enjeux multiples, aussi bien économiques que sociaux.

 

Critère n°3 : l’époque 

  • Les moyens disponibles

L’ère à laquelle ces champions ont évolué est sans doute un des aspects les plus difficiles à juger. S’il est impossible de départager Lionel Messi et Cristiano Ronaldo entre eux sur cela, puisqu’ils ont évolué à la même époque, la question peut en revanche se poser lorsqu’on ose la comparaison avec des joueurs ayant joué à des périodes antérieures. Cependant, la réponse à cette question n’en reste pas moins très complexe à donner. Par exemple, faut-il donner plus de crédit à ce qu’a réalisé un joueur comme Diego Maradona a une époque où les terrains étaient beaucoup plus compliqués à pratiquer, d’autant plus dans les petits espaces, et où les défenseurs étaient peut-être moins forts intrinsèquement mais beaucoup plus rugueux qu’ils ne peuvent l’être aujourd’hui, ou alors privilégier ce que fait Lionel Messi à une époque où le football est entré dans une nouvelle dimension avec une professionnalisation et une qualité technique et tactique des défenseurs toujours plus importantes, et des outils comme la vidéo qui permettent de mieux analyser les faits et gestes de chacun ? Le seul moyen pour pouvoir à peu près comparer différentes époques semble alors de juger la grandeur de ce qu’ont réalisé ces légendes dans le contexte qui était celui de la période à laquelle ils ont évolué.

Messi fait-t-il vraiment moins bien que Maradona en Sélection ...
Crédit photo : BeSoccer
  • La densité du plateau

Si le football reste un exemple complexe dans le sens où la densité propre à chaque époque est sans doute plus difficile à juger, le cas des sports individuels permet en revanche de bien mieux expliciter le sujet. Il est évident que dans des sports comme le tennis ou le tennis de table, nous vivons actuellement ou du moins avons récemment vécu la période la plus faste de l’histoire du jeu, avec un vivier de joueurs ayant simultanément évolué un niveau jamais atteint précédemment. Ainsi, le traditionnel Big 4 (qui ressemble désormais plus à un Big 3) composé de Federer, Nadal, Djokovic et Murray, ou un joueur comme le chinois Ma Long, ont sur ce point incontestablement une longueur d’avance sur leurs illustres aînés que peuvent être Bjorn Borg, Pete Sampras, Rod Laver, ou encore Jan-Ove Waldner, puisqu’ils ont bâti leur palmarès à une époque où la concurrence n’avait jamais été aussi forte.

Pat Cash blames Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic, Andy ...

 

Critère n°4 : le contexte des succès

  • Les face-à-face avec les rivaux

Le contexte des succès d’un protagoniste est également un élément qui doit être pris en compte. Dans le cadre du tennis, c’est en l’occurrence un argument qui dessert un joueur comme Roger Federer au profit d’un Rafael Nadal ou d’un Novak Djokovic. Outre le fait que le Suisse ait glané moins de titres Majeurs depuis l’avènement du Big 4 que ses deux compères, on peut voir que l’Helvète n’a jamais réalisé l’exploit de remporter un titre du Grand Chelem en battant Nadal et Djokovic au sein du même tournoi, ce que ses deux rivaux ont respectivement réussi trois et une fois. Autre chiffre significatif, le Suisse n’a décroché que 7 de ses 20 titres en battant au moins un des deux sur sa route, total qui s’élève à 13 pour Nadal et Djokovic.

  • Les équipes et la capacité d’adaptation

Concernant les sports collectifs, pour imager la chose, il n’est un secret pour personne qu’il est plus simple de gagner la Ligue des Champions avec le Bayern Munich qu’avec Leipzig, bien que ces derniers ne cessent de progresser ces dernières années.

Plus concrètement, bien que les palmarès de LeBron James ou de Diego Maradona soient moins fournis que ceux de Michael Jordan ou de Lionel Messi, la manière dont LeBron est revenu dans sa franchise d’origine (Cleveland) pour l’amener presque à lui seul au sommet face à l’une des meilleures équipes de l’histoire, et celle dont Maradona a placé le Napoli sur le toit de l’Italie et de l’Europe dans le contexte qui était celui des années 1985-1990 sont absolument remarquables, et comblent dans une certaine mesure la différence de palmarès qui peut exister avec ceux qui leurs sont supérieurs dans ce domaine. Là où Lionel Messi et Michael Jordan ont principalement été les leaders et les icônes de fantastiques dynasties, Maradona et LeBron James ont parfois pu davantage s’affirmer comme les seuls et presque uniques artisans du succès de leur équipe. Les finales 2015 et 2016 de LeBron James avec les Cavs n’en sont qu’un parfait exemple.

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Crédit photo : Parlons Basket

Un Cristiano Ronaldo peut également se targuer d’être parvenu à décrocher un titre avec sa sélection (même deux si on compte la Ligue des Nations), dont le palmarès international était jusqu’ici vierge, et avec une équipe loin d’être la meilleure du continent, ce que n’a jamais réussi à faire son rival Lionel Messi malgré plusieurs finales, que cela soit en Copa America ou en Coupe du Monde.

  • Rester au sein d’une même institution, ce n’est pas forcément (que) du confort

Un autre argument vient souvent prendre place au milieu de ces multiples interrogations dans les sports collectifs : le fait d’avoir gagné dans plusieurs franchises, écuries ou clubs différents. Régulièrement pointé par les fans de Cristiano Ronaldo comme quelque chose qui le différencie et le place peut-être au-dessus de Lionel Messi, le fait qu’il ait su gagner dans plusieurs environnements contribue également à sa légende, puisqu’on attend d’un grand champion qu’il ait une faculté d’adaptation hors pair. Même chose pour LeBron James par rapport à un Michael Jordan. Cependant, la comparaison du rapport de force de ce fait d’arme avec quelqu’un qui aurait fait toute sa carrière ou presque au sein d’une seule et même institution est à relativiser, étant donné que rester à un même endroit ne veut pas forcément dire ne pas avoir à s’adapter en fonction des changements qui peuvent y survenir. Le documentaire “The Last Dance” nous en donne une nouvelle fois l’illustration.

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Crédit photo : starmag.com

En Formule 1, on pourrait considérer que le critère du contexte dans lequel un pilote candidat au titre honorifique de GOAT a glané ses différents succès profite plus à un Michael Schumacher qu’à un Lewis Hamilton, la domination de Ferrari à l’époque étant peut-être moins outrageuse que celle de Mercedes aujourd’hui (56% de taux de domination des monoplaces Ferrari à l’époque de Schumacher contre 65% pour celles de Mercedes depuis plus de dix ans maintenant). Mais encore une fois, comparer les époques, d’autant plus en Formule 1 où la technique et l’aspect de ce sport ont encore beaucoup évolué depuis plusieurs années, reste une tâche ardue.

 

Critère n°5 : la longévité 

Bien que tous ces grands champions aient pour la plupart fait preuve d’une régularité et d’une longévité assez impressionnante, d’autres comme Andy Murray, Bjorn Borg ou Zhang Jike, qui ont tout gagné ou presque, ne peuvent cependant entrer dans la discussion, tant leur période tout en haut de la hiérarchie est quantitativement moins longue que les autres monstres de leur discipline (bien qu’elle n’en reste pas moins largement au-dessus de la moyenne).

ETTU.org - Zhang Jike Back in Action at Inaugural ITTF World Tour ...
Crédit photo : ETTU.org

Que cela soit pour cause de blessures ou même de lassitude mentale, et même si ces athlètes modèles resteront assurément dans la légende de leur sport, ils ne pourront jamais être considérés comme le “Greatest Of All Time”. Pour une autre raison bien plus tragique que tout le monde connaît, Ayrton Senna n’aura pas eu la possibilité de décrocher tous les succès qu’on aurait pu attendre et/ou espérer, et qui lui auraient permis de grimper encore un peu plus dans la hiérarchie des plus grands pilotes de tous les temps.

 

Critère n°6 : le sensibilité propre à chacun

C’est inévitablement ce sixième et dernier critère qui suscite bien souvent la discorde chez les amoureux du sport. Le débat sur le GOAT d’une discipline dépend forcément d’une subjectivité marquée, en fonction de l’émotion que nous pouvons ressentir face aux performances d’un athlète. Etes-vous plus sensible à l’aspect purement technique et à ce que peut faire un Lionel Messi balle au pied, ou au pragmatisme et à la puissance dégagée par le monstre de travail affirmé qu’est Cristiano Ronaldo ? Considérez-vous qu’il est plus grand de gagner cinq ou six compétitions majeures avec une grande équipe ou une seule voire deux avec une formation beaucoup moins cotée ? Etes-vous plus impressionnés devant un pilote de Formule 1 qui écrase la concurrence de par le fait qu’il soit bien au-dessus des autres, ou vous régalez-vous beaucoup davantage devant un pilote peut-être moins dominant, mais qui nous offre une rivalité mémorable avec un de ses rivaux, comme ça a pu être le cas entre Ayrton Senna et Alain Prost ?

Quand Prost se souvient des derniers mois de Senna
Crédit phot : Motorsport

Pour les plus anciens d’entre vous, êtes-vous partisan du “c’était mieux avant” que vous avez vécu avec vos yeux d’enfants, ou êtes-vous impressionnés par la progression des différents sports dans le temps et par les performances que peuvent aujourd’hui produire certains athlètes de (très) haut niveau ?

Autant de questions dont il n’existe pas véritablement de réponse universelle. C’est bien cela qui rend ce débat très complexe, interminable ou parfois même inaudible. Si la question du GOAT a suscité et suscitera toujours la discorde, d’autres personnes, qu’on pourra rattacher aux traditionnels “puristes”, préféreront ne pas comparer les monstres de leur(s) sport(s) favori(s), et tout simplement profiter de ce qu’ils ont devant les yeux, lorsqu’ils ont la chance de vivre à une époque où évoluent une ou plusieurs de leurs idoles.

 

Grégoire Allain

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