Champion d’Espagne de Superbike la saison dernière, Andy Verdoïa est un des jeunes pilotes français à suivre. A 21 ans, le Niçois rêve d’accéder au championnat du monde Moto2 le plus rapidement possible. Rencontre avec un garçon dont la carrière s’est faite en grande partie de l’autre côté des Pyrénées.

Comment avez-vous commencé la moto ?

Lorsque j’avais 4 ans et demi, ma mère m’a demandé de choisir un sport. Je voulais faire de la moto car mes parents en regardaient beaucoup à la TV. J’ai aussi essayé le karaté, quelques années plus tard, mais je n’ai pas accroché.

A quel âge avez-vous débuté en compétition ?

J’ai commencé les courses de côte à partir de 6 ans. Deux ans plus tard, j’ai participé à mon premier championnat de France 50cm3. J’avais déjà un bon coup de guidon mais je voyais cela comme un jeu. Puis un jour, mon optique a changé et je me suis dit que je voulais être champion du monde de MotoGP.

En même temps, vous commenciez déjà à aller rouler en Espagne.

Effectivement, j’ai fait plusieurs courses là-bas. L’Espagne est clairement le pays de la moto, celui où il y a plus de niveau, de très bons pilotes et de circuits.

D’après votre expérience, est-ce possible que des jeunes français arrivent au plus haut niveau via la filière nationale, sans s’expatrier ?

Sincèrement c’est compliqué. Pour réussir, il faut des aides financières car les parents ne peuvent pas tous suivre. En France, il y a clairement un manque d’aide de la part de la FFM (Fédération Française de Motocyclisme). Dans ma carrière, j’ai eu très peu de soutien financier et ça m’a manqué. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont tout donné.

Ce qui est dommage c’est qu’on a peu de pilotes français à haut niveau. Il en reste deux en MotoGP (Fabio Quartararo et Johann Zarco) mais derrière c’est le vide. La fédération mise sur le futur, c’est bien mais il faut aussi regarder le présent.

Est-ce l’une des raisons qui vous ont empêché d’aller en Moto2 dès 2024 ?

Nous avons eu une seule opportunité pour rejoindre cette catégorie. Le sponsor principal du team était espagnol et c’est un Espagnol qui a pris la place, soutenu par sa fédération. On voit la différence d’un pays à l’autre.

Pour revenir à votre carrière, vous arrivez en Espagne en 2013 et gagnez dès 2014 !

La première année était un peu difficile car je découvrais les grands circuits et les grosses motos. D’autant plus que ma machine manquait de performance. En 2014, nous avons participé à la première course sans savoir si nous serions en mesure de faire la deuxième. Mon père m’a promis que si je gagnais, on continuerait le championnat. L’objectif était d’aller course par course. Fatalité, je l’ai remportée ! Je lui ai dit : « on continue », et il ne m’a pas dit non. La marque avec laquelle nous roulions à l’époque nous a donné un énorme coup de main, cela m’a permis de réaliser une très bonne saison et d’être champion en Moto4.

C'est en Espagne que le Niçois a connu la majorité de ses succès. © ESBK.

Quelques années plus tard, vous êtes soutenu par Yamaha en Supersport 300. Quel était votre objectif avec eux ?

En 2018, je devais toujours apporter du budget malgré leur aide mais c’était la dernière année où il fallait le faire. C’était une saison à ne pas louper. Je ne voulais pas m’éterniser en 300 et passer directement en 600. Pour cela, je devais gagner le championnat interne. J’ai fini quatrième du général, derrière trois Kawasaki 400cm3 mais premier des Yamaha. Cela m’a permis de gravir un échelon.

En 2023, vous devenez champion d’Espagne de Superbike. Quel est votre regard sur cette saison ?

J’étais content de revenir dans cette catégorie surtout après une année 2022 un peu compliquée. J’avais de l’expérience et je devais absolument décrocher le titre, notamment pour la suite de ma carrière. J’ai énormément travaillé avec mes coachs mentaux et physiques. C’était une très belle saison avec une équipe qui donne beaucoup malgré leur statut de novice dans le championnat. Finir champion pour leur première année, c’est d’autant plus beau.

La célébration du titre 2023 ! © ESBK.

On parle souvent des coachs sportifs qui suivent les athlètes mais moins de la partie mentale. Vous êtes accompagné par Hyacinthe Rizzo Toujas, que vous apporte-t-elle ?

De la tranquillité et de la réflexion sur certains points. Elle m’aide à être toujours optimiste, à ne pas prendre de mauvaises décisions car on pense uniquement à soi. Réfléchir à plusieurs facteurs, pas seulement son ego, pour faire des choix qui ont un impact positif sur notre futur.

Savez-vous déjà quel sera votre programme en 2024 ?

Ce sera en championnat d’Europe FIM Junior GP. Je ne peux pas encore donner le nom de l’équipe car le contrat n’est pas signé. Evidemment, ce n’est pas ce que j’attendais mais c’est un nouveau défi. Le but est de gagner, j’ai le potentiel pour le faire. Mine de rien, on se rapproche du Moto2 et l’objectif est d’y aller en 2025 !

Enfin, quel pilote vous a inspiré le plus ?

Valentino Rossi est mon idole. Avec Yamaha, on a eu la chance de le rencontrer et de partager des moments à son ranch. Pour l’anecdote, un jour Uccio, son ami, avait craqué sur moi lors d’un roulage. Il m’avait dit : « dommage que tu ne sois pas Italien car ça aurait été plus facile par rapport à nos sponsors. » Puis, j’arrive devant Valentino et je ne savais pas trop quoi lui dire. Il me lance : « C’est toi le pilote dont Uccio m’a dit qu’il allait très vite. » Il me dit ça la première fois où je le rencontre, ça m’a fait quelque chose. J’étais très fier car ce n’est pas n’importe qui, c’est le Dieu de la moto.