Anthony Turgis fête aujourd'hui ses 27 ans. Celui qui fut le meilleur coureur français durant la campagne flandrienne se pose un instant avec nous. Après Élie Gesbert et Simon Guglielmi, We Sport vous livre les confidences de la pépite de Total Direct Énergie.

 

© Équipe Total Direct Énergie

Des classiques réussies

We Sport : Anthony tu as conclu la saison des flandriennes par une chute. Tout d’abord, comment te sens-tu aujourd’hui ?

Anthony Turgis : Je me sens très bien, après la Flèche brabançonne je me suis accordé quelques jours de repos, les bonnes sensations sont revenues rapidement. Donc le moral est bon, étant donné que je n'avais pas d'objectif fixé après ma chute, je n'ai rien raté.

WS : Quel bilan fais-tu de cette campagne flandrienne ? Plusieurs tops 10, meilleur Français sur la plupart des courses. On peut dire que 2021 est un bon millésime.

AT : Absolument, j'avais ciblé cette partie de la saison. D'abord je suis très content de ce que j'ai réalisé, en étant régulier sur toutes les courses. Puis comme tu l'as précisé, j'ai signé des top 10 (cinq pour être exact), et puis surtout je sens que j'ai encore progressé

WS : Tu es arrivé chez Direct Énergie en même temps que Niki Terpstra qui devait être un leader, et désormais l’équipe roule pour toi. Comment gères-tu ce nouveau statut ?

AT : Je le gère très bien, et je suis vraiment content que mes qualités soient reconnues par mon équipe. J'en tire un gros avantage car auparavant chez Cofidis, j'étais un coureur isolé. J'arrivais à faire des résultats mais désormais avec des équipiers solides j'exprime mieux mon potentiel en compétition.

WS : Étais-tu conscient de toutes tes qualités en arrivant chez TDE ? Qu’est-ce qui a permis de te faire progresser et de t’affirmer comme un véritable flahute.

AT : Oui, déjà en juniors et en espoirs, je faisais de belles choses et ce n'était pas anodin. J'ai gagné Liège-Bastogne-Liège espoirs, j'ai un super souvenir de Paris-Roubaix juniors où je termine deuxième. À l'époque je bataillais avec des garçons comme Caleb Ewan, ça situe mes capacités. Le travail m'a fait progresser par la suite.

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WS : Anthony, on a beaucoup parlé de toi pendant les flandriennes, personnellement tu m’as impressionné dans le final de Milan-San Remo. Adrien Petit a fait un travail énorme pour toi, raconte-nous ta course.

AT : C'est vrai qu'Adrien a été généreux pour m'aider dans ma tâche, tu peux citer également Lorenzo Manzin et Julien Simon. La Primavera c'est une course très longue (299 km), j'ai roulé à l'économie jusqu'aux capi. En premier lieu, c'est principalement Lorenzo qui m'a placé et protégé durant cette partie du parcours. Julien, je voulais qu'il soit dans l'équipe car il fait partie des coureurs ayant l'un des meilleurs temps dans l'ascension du Poggio. L'avoir à mes côtés était évidemment un atout majeur. Grâce à mon équipe, j'ai abordé la dernière difficulté en bonne position. Dans le final, je lutte avec Wout Van Aert et Peter Sagan entre autres. À l'arrivée je suis 10e au sprint.

WS : Depuis le début de saison, de quelle performance es tu le plus satisfait et pourquoi ?

AT : Difficile à dire car je suis satisfait de plusieurs courses. Sur Gand-Wevelgem j'ai fait quelque chose de particulier, partant en solitaire pour aller chercher mon top 10. Cepandant, même si je m'incline face à Dylan van Baarle pour la neuvième place, je sors d'un groupe dans lequel figuraient notamment Greg Van Avermaet et Yves Lampaert.

WS : En 2020 tu es 4e du Tour des Flandres, cette année 8e mais je trouve que tu as mieux couru que l’an passé, ton classement se joue à quelques détails. Tu confirmes cette impression ?

AT : Oui c'est vrai, j'ai eu tendance à anticiper les coups, et aujourd'hui je sais que j'ai le physique pour être avec les meilleurs.

WS : Ça te laisse des regrets ?

AT : En effet, j'en ai parce que j'ai fait beaucoup de travail pendant cette course. J'avais la pointure pour obtenir un meilleur classement, certains coureurs devant moi avaient moins de ressources. Mais un moment j'aurais bien voulu avoir des infos sur l'état de fraîcheur de certains adversaires qui étaient vulnérables, j'aurais pu les attaquer.

WS : Paris-Roubaix est reporté, pensais-tu pouvoir jouer la gagne vu ta forme ?

AT : À sa date initiale, je pensais vraiment bien faire sur cette course. J'étais en forme, dix jours après le Tour des Flandres, j'avais de bonnes sensations pendant la Flèche brabançonne jusqu'à ma chute.

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Un avenir serein

WS : Que te manque-t-il aujourd’hui pour gagner une classique ?

AT : Pas grand-chose. Je dois poursuivre mon travail pour gonfler le moteur.

WS : Tu es vice-champion de France en 2018 derrière Anthony Roux, Julian Alaphilippe complète le podium. Décrocher le titre national, tu y penses ?

AT : Oui, surtout que j'aime ce format de course particulier. Stratégiquement, sur circuit c'est souvent débridé, la distance est longue, il faut du fond et de la tenue, la journée est usante. Tous ces paramètres m'autorisent à avoir des ambitions. Et puis nous courons sans oreillette. Ce contexte me va bien et la récompense me motive, je tourne autour du but, ça va me sourire. Quand tu gagnes, tu portes un maillot distinctif pendant un an et je veux vraiment en ajouter un à ma collection.

WS : Personnellement je pense que tu mérites une place en sélection pour les prochains mondiaux, c’est un sujet que tu as abordé avec Thomas Voeckler ?

AT : En effet, nous en avons parlé ensemble et Thomas compte sur moi. Cette année les championnats du monde se déroulent en Flandre, sur des routes que j'affectionne particulièrement. En septembre prochain, je compte bien faire honneur au maillot tricolore. Tout à l'heure, nous parlions de Roubaix, le report est programmé une semaine après les mondiaux. Ça me motive encore plus pour ces deux échéances, car je pourrai me préparer convenablement avec deux dates rapprochées.

WS : J’ai entendu que tu utilises un 55/11. Tu confirmes ? Quels sont les bénéfices de ce braquet inhabituel ?

AT : C'est vrai je confirme. Beaucoup de coureurs roulent avec un plateau de cinquante-trois, voire cinquante-quatre dents, moi je me sens bien avec cette configuration. Avant tout, j'arrive à bien enrouler, j'ai la puissance nécessaire pour le faire donc j'en profite. Dans certains cas je dois monter la chaîne sur la cassette un peu plus haut que mes adversaires, ce qui me donne un meilleur rendement avec une transmission bien alignée. Même avec autant de dents, je passe certains monts sur le grand plateau.

WS : Depuis le début de l’année, tu utilises le vélo Filante de votre partenaire Wilier. As-tu ressenti un réel gain avec cette nouvelle machine ?

AT : Ce nouveau vélo c'est un atout supplémentaire. Il est très bien profilé et surtout très léger. Forcément ça nous rend plus compétitifs.

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ITW décalée

La course qui te fait rêver ?

Un championnat, je veux un maillot distinctif.

Un coureur que tu admires ?

Enfant c'était Jan Ullrich. Aujourd'hui je le vois avec un regard différent mais à l'époque j'admirais sa force et son panache.

Le métier que tu aurais fait si tu n'avais pas été cycliste ?

J'ai une formation de plombier-chauffagiste. Mais si je n'avais pas percé dans le cyclisme, j'aurais tenté un autre sport pour en vivre.

Ta boisson préférée ?

La bière.

Ton plat préféré ?

Je reste simple, une bonne pizza.

La voiture de tes rêves ?

Aucune, un véhicule fiable pour me déplacer, ça me va.

Ton pote dans l’équipe ?

Je m'entends très bien avec toute l'équipe, même avec derniers arrivés comme Pierre Latour. Je vais te citer Geoffrey Soupe, c'est mon compagnon de chambre.

Trois mots pour te décrire ?

Calme, force et stratégie.

 

Avant de s'élancer pour le prochain Tour de France, Anthony Turgis a donc dans sa ligne de mire les championnats de France. Le titre national serait amplement mérité pour ce coureur de premier plan.

Crédits photo en une : FG photographic - We Sport