La pratique du fitness se heurte bien souvent aux préjugés notamment ceux liés au dopage. Les utilisateurs de produits dopants ne se montrent pas, pourtant ils sont de plus en plus nombreux à en user, dans le domaine de la musculation. Cet article est là pour ouvrir les yeux sur une réalité sportive bien souvent camouflée, une pratique tabou sans cesse dissimulée. Sans juger, à la recherche d’une autre vision sur le dopage, j’ai rencontré un adepte, qui a bien voulu revenir sur son parcours.
Avant de parler du dopage, comment en es – tu arrivé là ? Quel est ton parcours dans la musculation ?
J’ai pratiqué la boxe pendant longtemps puis progressivement je suis entré dans le milieu de la musculation, au départ comme un complément à ma pratique. Dans la continuité, j’ai intégré le milieu des compétitions, et pendant 4 ans, j’ai concouru en naturel. Je n’avais pas forcément de résultats c’était compliqué.
Ces échecs, je suppose, ont été le point de départ de la prise de produits dopants ?
C’est vrai qu’on se retrouve parfois confronté à des limites de notre propre corps, et on souhaite aller au delà. Mon coach m’a mis le pied à l’étrier, et c’est aujourd’hui ma troisième grosse préparation avec l’utilisation du dopage. Dans les compétitions, je suis un protocole sur 6 mois qui se décompose en 2 mois de prise de masse et 4 mois de sèche. Mais en suivant je fais 6 mois de pause où je ne prends plus aucune substance dopante.
Pourquoi as-tu fait le choix du dopage ? Quelles sont tes motivations ?
Quand on fait des compétitions, c’est comme si on allait à la guerre et sans dopage on se retrouve à combattre avec des moyens différents. Lors des premières compétitions « Naty » (naturel), on prend rapidement de la masse musculaire, qu’on perd avec la sèche en grande partie, et avec les produits c’est le contraire. Ma motivation première c’est la compétition : je veux sortir un beau physique, et avoir vraiment un visuel de ma progression.
À l’inverse, mon opinion est que sans compétition, je ne verrais pas d’intérêt à me doper, c'est un choix spécifique.
Quels sont les produits que tu utilises ? Est-il facile de s’en procurer ?
J’utilise un produit qui dure longtemps dans le sang, lors d’une prise de masse, qui s’appelle l’Enanthate. En sèche j’utilise un produit qui reste seulement 12 h dans le sang.
Pour me doper, j’utilise les injections plutôt que les cachets car c’est moins nocif pour la santé, les produits ne passant pas par le foie, l’estomac etc. Je procède à cette prise de produits 1 fois par semaine, bien évidemment cela varie en fonction des quantités qu’on souhaite administrer à notre organisme.
Tous les jours le dopage est présent dans ma vie mais les jours ne se ressemblent pas car on utilise différents produits. En ce moment je suis un protocole où je prends de la Proprio qui maintient la testostérone plus haut et me permet de ne pas perdre pour autant ma masse musculaire. J’utilise aussi du Masteron qui donne un aspect dur à mon physique, ou encore pour la première fois cette année du Trenbolone. Ce dernier favorise l’augmentation de la thermogenèse mais il permet la fixation de tout ce qu’on amène au corps.
Bien entendu pour se procurer des produits dopants, c’est assez facile avec internet, ou alors par des intermédiaires, qui nous livrent. Comme le dopage est interdit en France, les colis sont forcément contrôlés par les douanes s’ils sont suspects, souvent lorsque ce sont des gros volumes.
Quand tu nous parles de dopage, on a vraiment l’impression que chaque aspect est millimétré. Toutes ces attentions sont liées aux risques ?
Par exemple il existe un cachet le Clen Buterol qu’on utilise, et ce système de dopage en sèche peut être un produit dangereux car il ne faut pas avoir de problèmes cardiaques. Pour contrer les effets négatifs de ce cachet, on va user de la prise de la Taurine, donc les protocoles sont stricts pour éviter des complications.
C’est comme la testostérone en injection elle empêche plus ou moins la production de cette hormone naturellement, et cela a des incidences sur le corps, il faut en être conscient et suivre les instructions pour éviter que le dopage soit un risque trop grand.
Un autre exemple est celui de la diète alimentaire qu’on suit : elle est établie en fonction des produits et donc elle n’est pas la même que les naty.
Il est important de bien être encadré, ainsi mon coach m’impose un bilan sanguin après une préparation où j’utilise le dopage. En fonction des résultats, on procède à des relances avec des cachets médicaux, pour ne pas être impactés par les produits. Ce n’est pas toujours évident, il y a un réel fossé avec les médecins, il faut des ordonnances pour les produits qui relancent l’organisme, et c’est compliqué de gérer cet écart.
Les risques sont bien présents, ce n’est pas juste des préjugés sur l’impact sur votre santé.
Personnellement je n’ai jamais eu de problèmes de santé. Bien entendu qu’on a une baisse de testostérone naturel, mais c’est le seul effet notable et très rapidement écarté, du moins dans mon parcours. Certaines personnes ont des soucis par exemple, un développement des tétons, des soucis cardiaques.
Le principal pour éviter tout cela, c’est le contrôle qui est important, il faut être intransigeant sur le suivi. Certains produits sont trop dangereux, par exemple l’insuline est un mode de dopage qui n’est pas dans mes objectifs.
Le dopage joue également un peu sur le comportement ; je n’ai pas eu de soucis vraiment, mais certains vrillent.
Un autre problème vient aussi lorsque la personne qui se dope le fait continuellement. S’il n’y a pas d’arrêt, c’est réellement un danger. C’est comme l’Hormone, on ne connait pas tous les effets secondaires.
Lors des compétitions le dopage est présent, mais pourtant cette pratique est illégale. Comment les fédérations luttent- elles contre ce phénomène ?
Les fédérations ne font pas de vrais contrôles, notamment celle pour laquelle je concours (IFBB), d’autres sont un peu plus strictes. Si tu veux progresser dans le domaine du culturisme, tu es obligé à un certain niveau. Le développement de la masse musculaire à un moment n’est plus possible naturellement, faut passer un cap et c’est pour cette raison que le dopage entre en jeu.
Cela dérange les gens en France, et très souvent le public n’arrive pas à concevoir que des athlètes puissent faire ce choix. Avez vous été confrontés à un moment donné à des réticences, des critiques ?
Mes parents sont au courant mais c’est compliqué d’accepter le dopage pour eux. Mon entourage proche côtoie ce même milieu donc la plupart sont au courant et ne portent pas de jugements. Les relations sont compliquées, bien entendu dans la même lignée. Très souvent, des amalgames sont fait, c’est très français, avec une vision éthique différente, par exemple de celle des Etats Unis. Je peux entendre les critiques mais il y a d’autres risques dans la vie comme le tabac, l’alcool, donc c’est un peu hypocrite lorsque les personnes n’ont pas une bonne hygiène de vie.
Qu’est ce que le dopage t’apporte personnellement ? Quel est ton avis sur cette pratique en général ?
Pendant les entraînements, j’ai plus de sensations avec les produits dopants, j’arrive à me dépasser, à faire plus de performances, à avoir une meilleure congestion. Le dopage peut être un peu perçu comme un confort, une aide pour compléter l’alimentation très stricte.
Certains sportifs en usent et en arrivent à avoir un égo sur-dimensionné.On est dans une société de consommation basée énormément sur le physique, et certains n’ont pas de coachs, ils ne savent pas ce qu’il faut faire et détruisent ainsi l’image du body qui souffre déjà assez des préjugés.
Les produits fixent tout donc faut avoir l’hygiène de vie qui va avec cette utilisation, c’est un sujet tabou mais au contraire il faudrait que ça le soit moins afin de réduire la prise de risques.
Comme je l’ai dit, les effets secondaires sont présents s’il n’y a pas d’accompagnement, et une ouverture du sujet permettrait une prise de conscience des dangers, des protocoles stricts à respecter.
Tout le monde veut tout, tout de suite, mais non même avec le dopage cela ne marche pas de la sorte : il faut une base alimentaire en amont, il ne faut pas détruire sa ligne en travaillant seulement ses points forts.
Le public doit prendre conscience que ce sont d’énormes efforts pour les compétitions, et qu'on utilise des produits dopants ou non, donc ce n’est pas juste une formalité dans le fitness, le suivi est permanent.
Comment vois-tu ton avenir dans le fitness et plus particulièrement comment te projettes – tu vis à vis du dopage ?
J’ai envie de progresser, j’ai envie de décrocher un titre. Pour le moment, je suis dans une continuité, j’évolue à mon rythme. Niveau produits, je suis relativement « light » donc j’ai une marge de progression. D’autres produits m’interpellent, j’y réfléchirai, par contre je n’augmenterai pas les doses des injections. Les protocoles doivent correspondre à chacun, il faut faire en fonction de son corps, de ses objectifs, et respecter les 6 mois off.
Le dopage c’est une tentation pour beaucoup, car cela nous permet de nous développer, de nous maintenir à une certaine forme. Après il ne faut pas être trop utopiste, c’est parfois des contraintes avec l’aspect financier ou l’aspect procédural, mais on se sent bien.