J17 – Long Beach 1983: Watson sort des tréfonds et du chaos

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Pendant 30 jours, la rédaction F1 va vous proposer une rétrospective sur un Grand Prix particulier. Que ce soit un GP des années 70 ou tout récent, toutes les générations vont y passer, avec un prisme différent à chaque fois. Des joies, des larmes, des tragédies, des intempéries … de nombreux événements ont marqué le monde de la F1 jusque là. Le Grand Prix des Etats Unis de l’Ouest, à Long Beach, nous donne lieu à un spectacle florissant. Et nous offrira un vainqueur sorti des profondeurs du classement.

C’est encore un exploit qui sera difficile à battre dans les années à venir. Au mieux, certains pilotes contemporains ont essayés de s’y approcher. D’autres essayeront. Mais ce record que détiennent John Watson et McLaren a encore de beaux jours devant lui. Même l’heureux intéressé ne sait pas comment il a fait pour partir de la 22e place et arriver à gagner cette course.

D’ailleurs depuis le titre de Hunt en 1976, McLaren n’est plus vraiment à la fête. Depuis 1980, une restructuration est en marche avec l’arrivée de Ron Dennis aux commandes. Il recrute le célèbre ingénieur John Barnard, qui créera la première F1 en matériaux composites, notamment pour lutter contre la fin des F1 à jupes latérales. Il recrute aussi Niki Lauda, alors en retraite depuis 1979. Mais l’attente est assez longue avant de pouvoir se porter aux avant-postes constamment.

McLaren rate sa qualification

Les Ferrari de Tambay et Arnoux monopolisent une première ligne, grâce aux pneus Goodyear très performants sur le tour chrono. Derrière les Williams de Rosberg et Laffite sont en embuscade. Le finlandais est d’ailleurs surchauffé ce week-end, il n’a pas apprécié son déclassement au Bresil, et est prêt à tout ce week-end. Si Goodyear et Pirelli sont à la fête, ce n’est pas le cas de Michelin, qui subit une déconvenue. La première voiture équipé des pneus français ne se classe que 8e (Prost).

Mais le pire est chez McLaren! Les voitures de Woking n’ont aucune adhérence sur le tracé urbain californien. Les pneus Michelin sont pointés du doigt. Et les deux pilotes se classent dans le fond de la grille. Watson 22e devance son illustre équipier Lauda, mais sont à quasi 4s du temps de Tambay!

La grille du GP de Long Beach 1983 – Crédit image statsf1.com

La Course

Le départ et les premiers tours: le show Rosberg commence

A l’extinction des feux, Les deux Ferrari patinent. Pas Rosberg, qui, couteau entre les dent, n’hésite pas une seconde à se faufiler entre les deux autos rouges. Il escalade d’ailleurs copieusement sur la roue avant droite d’Arnoux, sans dommages pour les deux. Tambay reste en tête grâce à la puissance de son moteur. Mais il s’en est fallu de peu. Mais Rosberg n’en démord pas et tente une attaque. La piste bosselé par endroit fait rebondir la Williams, le finlandais part dans un 360 inouï quand il tape dans ses freins. Et reprend l’adhérence dans le bon sens. Il n’a perdu qu’une place sur son équipier.

D’ailleurs, il ne met pas trop de temps à reprendre son dû au tour suivant de manière musclée. Au 2e tour, le top 6 s’établit ainsi: Tambay, devant Rosberg, Laffite, Alboreto, Arnoux et Patrese. Les McLaren sont toujours dans le fond du peloton. S’en suit une lutte d’usure de Rosberg face à Tambay. Le finlandais survolté met une pression de tous les instants sur le Français qui résiste tant bien que mal, et surtout qui essaye de gérer ses pneus.

Crédit vidéo: Mystery Science F1 Theater

Rosberg le kamikaze

Après 21 tours le classement est le suivant: Tambay devance Rosberg (0.4s), Laffite (1.5s), Alboreto (2.6s), Jarier (3.6s), Patrese (4.1s) et Arnoux (9.8s). Suivent Sullivan, Surer, Cheever, Jones, Lauda, Watson, Guerrero et Cecotto. Tambay continue de gérer ses pneus, mais crée un petit train très régressé derrière lui. Rosberg impose au français aucun relâchement sans pour autant trouver la faille. Jamais l’écart ne sera au delà de la seconde.

Mais la course prend une autre tournure au 26e tour. Tambay sort large de l’épingle. Rosberg en profite et se porte enfin à la hauteur de la Ferrari. Mais Tambay ne le voit pas et se rabat sur lui. La Ferrari escalade la Williams, atterri en travers et cale, c’est fini pour le français. Rosberg hésite un moment pour contourner la Ferrari et de ce fait, se retrouve cote-à-cote avec Laffite son équipier. Il n’hésite pas une seconde pour le serrer dans la ligne droite. Ils s’accrochent et Jarier, avec sa Ligier percute l’arrière de la Williams de Rosberg. Le finlandais gare sa voiture dans une échappatoire et abandonne. Jarier fait de même, sa suspension n’aura pas survécu au choc.

L’accorchage entre Rosberg (voiture blanche) et Tambay (voiture rouge) – Crédit image: statsf1.com

Le retour des McLaren

Laffite, sorti indemne de ces péripéties, mène la course devant Patrese, Surer… et les deux McLaren! Watson et Lauda ont profité des divers incidents de course pour remonter aux avant-postes! On est au 28e tour de course, et les deux autos de Woking gagnent encore une place, en se débarrassant d’un Surer en difficulté avec son châssis.

Au 30e tour Laffite mène devant donc Patrese (+2,4s), Lauda (+19s) et Watson (+20s). Watson attaque son leader 2 boucles plus tard, et Lauda s’écarte intelligemment. Dès lors les deux pilotes McLaren cherchent à réduire l’écart sur Laffite et Patrese. Si pendant les qualifications, elles étaient à la rue, en course les deux autos de Wokin sont irrésistibles. L’écart fond comme peau de chagrin: en 10 tours, ils ont comblé 10s de retard!

D’ailleurs Patrese sent le souffle dans son dos et se montre pressant derrière un Laffite en délicatesse avec ses gommes. Au 43e tour Watson surprend Patrese, qui tire tout droit. Il laisse passer devant lui les deux McLaren. Et de suite, Watson se montre derrière Laffite. Profitant des attardés (notamment Prost) qui gènent le leader, Watson tente une attaque sur Laffite et passe. Lauda emboîte le pas. Le miracle est en marche pour l’écurie anglaise.

Une fin de course maîtrisée

Rapidement les deux pilotes créent un écart de 8s sur Laffite, qui se retrouve sous la menace de Patrese. L’italien trouvera la faille au 52e tour. Devant Watson se dirige vers une victoire, Lauda gère son avance car il est victime de crampes. Mais il tient bon. Derrière par contre rien est joué. Si Patrese a une avance confortable, son moteur rendra l’âme à quelques boucles du but. Laffite doit laisser passer Cheever et Arnoux, mais l’Italien doit renoncer. Arnoux conclut cette course par son premier podium pour Ferrari, Laffite terminera 4e.

Après 75 boucles, Watson franchit la ligne d’arrivée en vaiqueur, devant son équipier Lauda. Un succès et un doublé imprévisible aux yeux de la qualifications des deux McLaren! Ron Dennis exulte. Mais tous le savent, ce succès, ils le doivent bien à des peripeties de course… Et en partie à un Rosberg qui a conduit comme un imbécile, et éliminé plusieurs concurrents (Arnoux au départ, Jarier et Tambay).

Watson célèbre son succès inattendu – Credit image: McLaren.com

Quoiqu’il en soit, cette course reste dans les mémoires. Comme quoi, même si on est mal classé on peut toujours remporter la course. Il faut saisir toutes les opportunités.

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