Pendant 30 jours, la rédaction F1 va vous proposer une rétrospective sur un Grand Prix particulier. Que ce soit un GP des années 70 ou tout récent, toutes les générations vont y passer, avec un prisme différent à chaque fois. Des joies, des larmes, des tragédies, des intempéries … de nombreux événements ont marqué le monde de la F1 jusque là. Quand on parle de course pluvieuse, Adélaïde 1991 est une référence du genre. D'ailleurs voici son récit.

Le suspens de la saison 1991 n'est plus de mise pour cette ultime étape aux antipodes. Pour les pilotes en tout cas. Ayrton Senna a décroché son 3e titre après 1988 et 1990, devant un vieux rival qui remonte, Mansell. Mais aux constructeurs, la messe est loin d'être dite. Williams Renault a encore son mot à dire, contre l'intouchable McLaren Honda. Quant à Prost et Ferrari, l'histoire s'est fini en queue de poisson. Le français est dégoutté du manque de fiabilité de sa 643 rouge, qu'il qualifie de “camion”. Sacrilège pour Maranello qui l'expulse hors des murs manu militari. Mais Prostichon prépare sa revanche…

McLaren Honda contre Williams Renault

1991 a donc permis à Williams de refaire surface. La FW13 est une machine redoutable et le V10 français est une bombe. Mais Mansell laisse une nouvelle fois échapper le titre. Jamais deux sans trois dit-on… Mais le Lion de l'Ile de Mann ne peut s'en prendre qu'à lui! Jouer la comédie comme il l'a tant fait cette saison se paye cher… Surtout quand son rival s'appelle Senna. D'ailleurs la presse anglo-saxonne n'hésite pas à le railler. Sans oublier la couche rajoutée par l'éternel rival de Mansell, Nelson Piquet.

Côté McLaren on fait grise mine. Après un début de saison canon (4 courses, 4 victoires pour Senna), la concurrence s'est nettement rapprochée. Les Williams sont de plus en plus dominatrices. Et l'association McLaren-Honda commence à battre de l'aile. Néanmoins elle possède dans sa manche un atout de taille. Magic est au sommet de son art en ce moment.

Qualifications: Senna signe sa 60e pole

Si la première séance se passe sous un temps sec, la seconde, qui se déroule le samedi, se passe en partie sur une piste mouillée. Et Senna montre une nouvelle fois son talent. Alors que la piste sèche, que tout le monde est en piste pour faire un temps, le pauliste réalise l'exploit d'abaisser sa marque du vendredi! Il partira pour la 60e fois devant la meute. Son équipier Berger, bien qu'incertain en raison d'une grippe intestinale, le rejoint en première ligne.

Les Williams sont légèrement en retrait et occupent la seconde ligne. la troisième lig,e sera occupé par les Benetton de Piquet et du néophyte Schumacher. Quant aux Ferrari, elles occupent la 4e ligne, Alesi devant Morbidelli.

La grille du Grand prix d'Australie 1991 – Crédit image : statsf1.com

La Course

Un déluge sur Adélaïde

Mais la pluie du samedi n'a rien à voir avec le déluge qui tombe le dimanche. Une mini tornade menace Adélaïde. L'aéroport est fermé et la pluie inonde la piste à quelques minutes du départ, laissant les pilotes circonspects sur la tenue de l'épreuve. Il y a d'énormes rigoles qui se forment sur la piste. Les voitures manquent de partir en aquaplaning à chaque tour de roue.

Si la situation semble identique à ce qu'il y avait 2 ans plus tôt, Senna a en revanche évolué. Si en 1989, il voulait courir coute que coute, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Et il fais plusieurs demandes en ce sens. Mais Bernie Ecclestone reste inflexible: la priorité c'est ma télé. Et pas la sécurité des pilotes. La course aura lieu. Malgré plusieurs demandes auprès de la direction, Senna est débouté. Il obtient au minimum de la part du directeur de course, qu'à ses signaux, il faudra arrêter la course.

Le départ

Le départ est donc donné sous cette pluie drue. Senna s'élance bien devant Berger et Mansell. Patrese patine et glisse derrière les Benetton et la Ferrari d'Alesi. Tout de suite le Bresillien s'échappe, pendant que Berger se loupe et laisse Mansell lui passer devant. Schumahcer attaque Piquet. Derrière, dans la meute, Nakajima manque son freinage et vient emboutir Boutsen. Si le japonnais repart pour réparer, le belge fera quelques boucles avant de stopper net sa course, suspension endommagée.

Le départ de la course – Crédit image : statsf1

Ceci n'est que le prélude au carnage qui va commencer. Si Senna et Mansell fusent sous l'eau, derrière les figures commencent. Schumacher, au 5e tour, part en tête à queue. Nakajima sort définitivement de la piste. La pluie redouble et guette le moindre pilote.

Le carnage au 6e tour

Piquet, alors 4e, effectue un 360 et se retrouve à la merci de Schumacher, qui tente de le dépasser dans Brabhams Straight. Mais l'allemand est surpris, il dérape et s'encastre dans la Ferrari d'Alesi, qui tentait une manoeuvre opportuniste sur les deux Benetton. Les deux épaves jonchent la ligne droite. Larini sort et s'encastre dans la Ferrari accidentée.

Au 7e tour, Senna lutte contre Mansell. L'anglais le déboite puis se ravise en voyant les drapeaux jaunes. Ils arrivent sur les épaves de Alesi et Larini, qui sont au milieu de la piste. On essaye de les dégager comme on peut mais avec les voitures qui déboulent à fond, c'est délicat.

Schumacher devant Morbidelli – Crédit image: Warm Up-F1

Une fin de course prématurée

La pluie redouble d'intensité. Les retardataires gênent énormément Senna et Mansell, car s'ils écartent c'est le tête à queue assuré. La luminosité est très faible, au point que même à la télé on distingue très mal les autos. Au 16e tour Mansell sort violemment de la piste et tape le mur par l'arrière. L'anglais, sonné reste dans son cockpit. Senna fait signe d’arrêter la course au 17e tour. Tous les pilotes se rangent sur la grille au 18e.

La direction de course souhaite relancer la course après une pause de 10 minutes. Mais la pluie ne cesse pas. Le peloton ne veut pas reprendre et fait pression sur la direction de course. Certains directeurs d'équipes veulent que la course reprenne. Mais après consultation de météorologues qui assurent que la situation en fera que s'empirer. Au bout d'une heure d'attente, le grand prix est définitivement stoppé.

Crédit viédo – FORMULA 1

Le classement du 14e tour est entériné comme classement final de l'épreuve. Senna gagne devant Mansell et Berger. Et cette course restera dans les annales comme le GP le plus court de l'Histoire. Avec seulement 53 km couverts…