Pendant 30 jours, la rédaction F1 va vous proposer une rétrospective sur un Grand Prix particulier. Que ce soit un GP des années 70 ou tout récent, toutes les générations vont y passer, avec un prisme différent à chaque fois. Des joies, des larmes, des tragédies, des intempéries … de nombreux événements ont marqué le monde de la F1 jusque là. En F1 il est parfois nécessaire de dépasser un adversaire sur la piste pour gagner. Une manœuvre qui peut être risqué, surtout quand votre opposant du jour n'est autre que Michaël Schumacher. Mais en ce 27 août 2000, Mika Hakkinen n'a pas hésité un seul instant…

Dans la vie d'un fan, il y a forcément des gestes qui marquent. Le dépassement en est une. Une manœuvre qui oblige une supériorité et un contrôle à tout épreuve. Alors qu'aujourd'hui cette manœuvre est devenue si anodine (merci le DRS), il fut un temps où dépasser voulait dire prendre un risque. Qui se rappelle de la manœuvre d'Alonso sur Schumacher dans le 130R à Suzuka en 2005? De Raikkonen sur Fisichella la même année, sur le même circuit? Le forcing tout en drift de Piquet sur Senna en Hongrie 1986?… Mais il y en a un qui restera à jamais dans la mémoire…

L'an 2000: climax de la rivalité Hakkinen/Schuamcher

Cette rivalité a débuté en F1 en 1998, mais elle avait débuté bien plus tôt dans les formules de promotions. Notamment en F3 à Macau, en 1990. Mais elle s'était estompé. Parce que Hakkinen n'avait pas une voiture en F1 au niveau de celle du Baron Rouge. Mais depuis 1998, McLaren est revenu sur le devant de la scène. Et le duel a repris.

En 2000, Schumacher et Hakkinen sont au coude à coude. Si le Finlandais a raté son début de saison (la faute à une fiabilité à revoir du moteur Mercedes), l'allemand a connu un passage à vide au cœur de l'été. Avec notamment 3 abandons, dont deux au premier freinage du GP (Allemagne et Autriche). A Spa, on débute la dernière partie de saison. Et seulement deux points séparent Hakkinen (64) de Schumacher (62). Le GP de Belgique sera donc déterminant pour la fin de saison.

Le tracé de Spa en 2000 – Crédit image: StatsF1.com

Les qualifications: Hakkinen en pole, Schumacher 4e

Pour la 5e fois de la saison, Hakkinen réalise le meilleur temps des qualifications. Il domine assez nettement la grille d'ailleurs: +0.8s sur le deuxième Jarno Trulli, +1.1s sur son équipier Coulthard (5e), et sur Schumacher (4e). Une nouvelle grosse prestation du finlandais le samedi.

A l'inverse, c'est une déconvenue pour Schumacher. 4e, à plus d'une seconde de son rival. Il se classe derrière une Jordan et une Williams (celle de Button, 3e). L'allemand enchaîne les mauvais week-end ce moment. Pour autant, il reste serin. Il sait que Dimanche, la pluie pourrait être là…

La course

Le départ, sous Safety car, et les premiers tours

La piste est donc mouillé ce dimanche, mais il ne pleut plus au moment du départ. Pourtant le départ est donné derrière la voiture de sécurité. Au bout d'un tour, elle s'efface et laisse les 22 acteurs se battre. Le passage de la Source se fait du coup sans encombre. Seul Barrichello en profite pour gagner une place au détriment de Herbert.

Hakkinen en profite pour prendre un écart significatif: +3.8s sur Trulli à l'entame de la 4e boucle. Trulli qui se fait attaquer par Button à la Source, mais l'italien garde l'avantage Trulli retient le peloton, et permet à Hakkinen de s'échapper. Schumacher décide d'attaquer Button à la chicane de l’arrêt de bus, puis Trulli à la Source. Button en profite, mais il touche la Jordan, qui part en toupie. Trulli abandonne, Button repart, mais perd le bénéfice de sa bonne qualification.

Hakkinen fait une erreur, Schumacher en tête

Hakkinen est donc en tête confortablement. Schumacher et Coulthard ont récupéré la 2e et 3e place, devant Ralf Schumacher et Button. La piste commence à s’assécher grandement. Et bientôt les pilotes opteront pour passer les pneus secs. C'est ce que font les pilotes en fond de grille dès le 5e tour. Schumacher rentre au 6e tour, il a 11s de retard sur Hakkinen. Le finlandais rentre le tour suivant.

Hakkinen est reparti devant Schumacher, avec une avance d'un peu plus de 7s. Les deux pilotes naviguent à vue, et le finlandais semble parti pour gagner assez facilement cette course. Mais au 12e tour, il commet une erreur. En sortant de Stavelot, il met une roue sur la ligne blanche. Il part immédiatement en tête à queue, mais il ne touche absolument rien. Il repart, mais son rival allemand est passé.

Une manœuvre magistrale

Le dépassement en caméra embarquée – Crédit vidéo: FORMULA 1

La chasse a donc sonné. Hakkinen le sait, il a la voiture la plus rapide sur le circuit. Mais Schumacher lui résiste… mais à quel prix! En effet, les réglages de sa Ferrari sont plus optimisés pour une piste humide. Ce qui fait que ses pneus surchauffent. Hakkinen rattrape petit à petit son retard.

Schumacher a de plus en plus de mal a maintenir ses pneus. Il cherche constamment à les refroidir en passant dans les flaques restantes dans les lignes droites. Et l'écart se réduit comme peau de chagrin. Au 38e tour l'écart entre les deux descend sous la seconde. Au 40e tour, Hakkinen tente une première attaque dans la ligne droite de Kemmel. Schumacher la repousse assez violemment, n'hésitant pas à tasser son rival dans l'herbe.

La manoeuvre du 41e tour – Crédit image: Essentialy sport

Ce mouvement provoque la colère du finlandais, mais il remet la pression. Au 41e tour, les deux leaders se rapprochent d'un retardataire, Zonta sur BAR. Schumacher prend son aspiration, Hakkinen le suit. L'allemand décide de le dépasser vers l’extérieur. Hakkinen le suit un moment, avant de changer de cap à plus de 300 km/h! Il prend l’intérieur. Zonta reste pétrifié entre les deux leaders. Hakkinen passe devant et prend la tête et la victoire 3 tours plus tard.

Cette manœuvre est souvent considérée comme le plus beau dépassement de l'Histoire de la F1. En soit, c'est déjà un exploit de dépasser Schumacher. Mais la manœuvre pleine de malice d'Hakkinen a eu raison de la rugosité de l'allemand.