Hors-jeu

Jacques Chirac : l’homme qui aimait les vestiaires

Jacques Chirac dans le vestiaire de l'Equipe de France lors de la Coupe du Monde 1998

Jacques Chirac est mort aujourd’hui, il avait 86 ans. Il emporte avec lui une partie de l’Histoire de la France du XXe siècle et du début du notre.

Jacques Chirac est mort aujourd’hui, il avait 86 ans. Il emporte avec lui une partie de l’Histoire de la France du XXe siècle et du début du notre.

Jacques Chirac doit beaucoup au sport, mais l’aimait-il pour autant ? Presque aussi difficile de répondre à cette question qu’à un tas d’autres quand elles concernent Jacques Chirac. Aimait-il Paris ? On en doute. Aimait-il l’Elysée ? Certainement pas. Aimait-il la politique ? On ne parierait pas là-dessus. Aimait-il Jacques Chirac ? On peut être sûr que non. Et c’était peut-être là son moteur.

Le Xavier Gravelaine de la politique

Chirac courait partout et tout le temps, sans qu’on sache toujours s’il savait lui-même où il allait. Mais il y mettait une telle intensité et une telle frénésie qu’il arrivait presque parfaitement à le faire croire et surtout à se le faire croire. Travailliste à la Française dans les années 70, libéral proto-reagano-thatchériste dans les 80’s, gaulliste social la décennie qui suit, Chirac aura changé de casaque aussi souvent que Xavier Gravelaine de club, passant aussi allègrement, facilement et sans en avoir l’air du Real Madrid au FC Barcelone pour finir à l’Espanyol. « Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre » aurait-il ajouté, piochant ainsi dans le répertoire fourni de ses expressions aussi fleuries et imagées que « Sarkozy, il faut lui marcher dessus, et du pied gauche : il parait que ça porte bonheur » ou « un chef c’est fait pour cheffer ».

Finalement, toute la vie et la carrière de Jacques Chirac pourrait se trouver contenues dans cette dernière formule. Devenir le chef, pour cheffer, sans jamais vraiment savoir comment ni pourquoi. Mener l’étape, faire la course devant ou partir du gruppetto et remonter tout le peloton, s’arracher dans les bosses, attaquer à la hussarde, fomenter mille coups de grisou et plier la course sur un saut de chaine adverse pour lever les bras sur la ligne, c’est ça qui lui plaisait au grand Jacques. Quant à savoir quoi faire du maillot jaune…

Chirac et le crocodile

Mais alors, Jacques Chirac aimait-il le sport ? Quelles relations entretenait-il avec ? D’abord totalement étranger à sa pratique, il l’utilisera quand il en aura besoin. Fin des années 80, l’homme est blessé. Défait pour la deuxième fois de rang à l’élection présidentielle, il s’ennuie enfermé dans le château qu’est devenu l’Hôtel de Ville de Paris. Attendre et préparer son boulot de dans sept ans qu’il aura, c’est long, il n’aime pas ça, et il est urgent de décoller l’étiquette qui commence à coller de plus en plus à ses costards trop serrés. Relooking et coach sportif : sa fille et nouvelle conseillère Claude change son image. Quand il n’en aura plus besoin, il abandonnera les séances de gymnastique quotidiennes aussi rapidement qu’il engloutit choucroute et tête de veau, les aliments de base de la nourriture chiraquienne. Il n’affecte pas le même mépris que les élites françaises pour la chose sportive – ce serait plutôt après elle que Chirac en avait, mais il a à son égard l’indifférence de la poule devant le couteau.

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Le seul bénéfice que Jacques Chirac reconnait au sport est politique et en clair tant que ça lui rapporte des voix, tout succès sportif est bon à prendre. Le meilleur exemple est le plus connu, celui d’un Président peinant à scander le nom des footballeurs français les plus connus de leur époque quelques minutes avant le coup d’envoi de la finale de la Coupe du Monde 1998. A ses côtés, Lionel Jospin savait tout mais ne disait rien. Deux styles, deux ambiances ; l’un fut Président de la République, l’autre pas. A l’aise, Jacques Chirac l’était bien d’avantage dans les vestiaires.

Pas le dernier à taper sur le ventre de ses camarades, il avait conservé de son expérience militaire en Algérie le goût des chambrées où l’on rit fort et des amitiés viriles. L’ambiance des vestiaires ne pouvait que rappeler cela à cet ancien lieutenant de cavalerie qui avait tant tenu à ne pas se planquer pendant son service et pour qui les hommes dont il avait eu la charge devaient garder une déférence inchangée.

Le mystère Jacques Chirac

Finalement, le seul sport qui aura eu les faveurs sincères de Jacques Chirac fut le Sumo. Parce qu’il procède d’un art millénaire et qu’il emprunte à la culture japonaise qu’il a tant aimé et respecté. Globalement, ce sont les toutes les preuves et tous les témoignages des rites, cultes et modes de vie primitifs que Jacques Chirac aura collectionné et entouré de son affection. Probablement trouvait-il dans le Sumo ce même témoignage et de la perpétuation et de l’imperméabilité aux changements de modes et d’époques de la culture japonaise.

Jacques Chirac était de ceux qui se signent à l’entrée des églises sans plus croire à Dieu qu’au Père Noël, parce qu’il croyait au temps, à l’Histoire et parce qu’il savait combien nous ont précédé. Il ne croyait pas aux forces de l’esprit, mais était convaincu que le mystère du Monde nous resterait, malgré tous les progrès et toutes les croyances, aussi obscur qu’à nos ancêtres. Il ne cherchait pas d’échappatoire. Ce mystère, il n’aura cessé de l’interroger, de le défier et de s’y résoudre.

Peut-être est-ce pour cela que Jacques Chirac aura tant tenu à rester aux yeux de tous un mystère.  



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