Une nouvelle fois, ils ont survolé la course. Ils trustent les trois places sur la boîte de la mass star, hier, et même cinq des six premières (merci Fabien Claude). Ils, se sont les Norvégiens, qui n'ont laissé que des miettes au reste de la meute. Comme depuis le début du week-end, et plus généralement depuis la reprise de la saison, les hommes du coach Siegfried Mazet ont été intouchables. Pour la deuxième course consécutive, le podium est 100% scandinave, et 100% Norvégiens. Un week-end au Grand Bornand qui semble dessiner une lutte à deux pour le gros globe de cristal, déjà, après un tiers de la saison.
Quand ce n'est pas l'un, c'est l'autre.. Ou les autres, serait même-t-on tenté de dire. Si Johannes Boe et Sturla Laegried, trois fois sur les podiums tous les deux ce week-end se détachent au classement général, leurs compatriotes ont également fait le show dans les Alpes ces quatre derniers jours. Vetle Christiansen était sans doute le plus fort sur les skis lors de la poursuite mais son dernier tir debout l'a obligé à partir à la chasse à Laegrid, qui s'est avérée infructueuse. Hier, c'est l'autre Johannes, Dale, qui ne touchait plus terre. Deux fautes sur la mass start et un finish de folie pour mettre à l'amende Laegried, pourtant pas le moins rapide. Et un week-end de rêve pour la délégation Norvégienne.
Qui pour les arrêter?
Pas grand chose (ou grand monde) ne semble actuellement capable de venir mettre un grain de sable dans l'engrenage des Norvégiens. Si Johannes Boe, intouchable jusque là, semble avoir laissé du lest, ce sont bien ses compatriotes qui en ont profité. Au cœur d'une étape de Coupe du Monde sans relais, ils ont inventé un nouveau format de course : le relais individuel. Hier, cela a été frappant. Après à peine un tour, ils étaient quatre. Quatre à se détacher des autres avant le premier tir. Christiansen, Boe, Laegried et Dale étaient tout simplement trop forts. Personne n'était capable de les suivre.
Les Suédois, pourtant parmi les meilleurs sur les skis, n'étaient pas dans le coup. Samuelsson, diminué, à traversé la course comme un fantôme, terminant dernier. Ponsiluoma, 7 fautes (!), a lui terminé à une anonyme 24ème place. Benedikt Doll, 3ème du sprint jeudi n'a pas réussi à retrouver la forme sur les skis pour venir embêter le contingent Norvégien.
Déception Bleue
Tout comme les Français. Si Fabien Claude s'est montré à son avantage ce week-end (7ème du sprint, 4ème de la poursuite, 4ème de la mass start), aucun tricolore n'aura été en mesure de remplir la mission qu'ils s'étaient tous plus ou moins fixée : monter sur le podium, à domicile. La faute aux Norvégiens donc, mais également à leur inconstance. Pour le tenant du titre, Quentin Fillon Maillet, tant que la forme ne sera pas de retour, inutile d'ambitionner quoi que ce soit. Auteur d'un 20/20 lors de la poursuite (le seul avec Stadler), il a tout de même terminé à plus d'une minute d'un vainqueur, Laegrid, qui a lui fait un tour de pénalité. Hier, avec trois fautes, QFM n'a jamais semblé dans le coup, laissant même échapper la cérémonie des fleurs.
Pour Emilien Jacquelin, dans son style toujours caractéristique, le problème est identique aux semaines, et même aux années précédentes: sans régularité derrière la carabine, impossible d'imaginer se mêler à la lutte. Trois fautes lors du sprint, sept à la poursuite et cinq hier pour conclure la mass start, bien trop. Toujours troisième au général, il laisse filer Laegried et Boe en tête. Surtout, il voit Christiansen et Fabien Claude se rapprocher dangereusement. Il ne pouvait qu’être déçu, hier, au sortir de la course : « C’est la grande différence avec tout ce qu’il s’est passé depuis le début de la saison, je n’ai pas réussi à rester dans le travail, la rigueur.Les émotions ont pris le dessus, je suis déçu de cela. Les Norvégiens ont tendance à tirer de plus en plus vite et tout aussi bien. Le paradoxe, c’est que cela fait un an, un an et demi, que j’essaie de me canaliser, de tirer un peu moins vite et d’être un peu plus dans le travail. Ce sont deux schémas totalement opposés. Peut-être que je vais devoir réactiver cet engagement au niveau du tir dans les deux prochaines semaines. »
Un duel Laegrid – Boe?
Ce week-end non loin du toujours resplendissant lac d'Annecy a confirmé une chose : le gros globe devrait, sauf défaillance, se disputer entre Johannes Boe et Sturla Laegrid. Personne, pour l'heure, n'arrive à trouver autant de régularité qu'eux. Bien que, au fond de lui, Jacquelin ambitionne toujours de jouer dans la même cour qu’eux, surtout celle de Johannes : «Avant, je n’acceptais pas mes capacités, quelque chose au fond de moi m'empêchait de dire : ‘Oui, j’ai envie de rivaliser avec Johannes.' Mais au fond de moi, c’est l’objectif, j’ai envie de montrer qu’il (Boe) n’est pas seul au monde, j’ai envie de jouer avec lui ».
Hormis son individuelle manquée en ouverture (il a terminé 12ème), le cadet de la fratrie Boe est toujours monté sur le podium en 9 courses (7 individuelles, 2 relais)! Il en a même remporté sept consécutives, si l'on compte les courses collectives avec les siens. Pour Laegried, l'équation est la même : 10 courses, 9 podiums (lui aussi était passé à coté du premier individuel), mais une seule victoire dans l'effort solitaire. Suffisant, tout de même pour rester accroché au dossard du triple vainqueur de la Coupe du Monde. Avec 34 points de retard, la lutte s'annonce passionnante.
Ce week-end au Grand Bornand a confirmé la tendance entrevue depuis le début de saison: les Norvégiens survolent les débats. Français, Allemands et Suédois, bien trop irréguliers, ne sont pour l'heure pas en mesure de venir contester cette suprématie. Tout ce petit monde va faire une première coupure pour passer les fêtes au chaud, en espérant plus de suspens, dès la reprise, à Pokljuka le 6 janvier.
Crédit photo : Orange