Allemagne

La quête du monde pro de Brice Braquin

Connu sous le nom de Bbocho8 sur les réseaux, Brice Braquin a vécu deux derniers mois mouvementés. Avec l’ambition de décrocher un contrat dans un club professionnel, il s’est expatrié en Bulgarie, a fait une escale à Chypre avant d’atterrir en Allemagne. Assoiffé de percer dans le foot depuis son passage en Espagne, il se fait petit à petit un nom dans les villes qu’il traverse, mais aussi sur YouTube où sa chaîne a gagné 4 500 abonnés en août. 

We Sport : Bonjour Brice, tout d’abord, peux-tu te présenter à nos lecteurs et dire ce que tu fais dans la vie ?

Brice Braquin : Je m’appelle Brice Braquin, j’ai 26 ans. Je suis titulaire d’une licence LEA Anglais-Espagnol et je filme mes aventures footballistiques sur ma chaîne YouTube. Enfin, je viens tout juste de signer en D6 allemande au SG Eintracht Mendig.

WS : Comment est venue cette idée de partir jouer à l’étranger ? Ton Erasmus en Espagne y est pour quelque chose j’imagine ?

BB : Il faut savoir que je travaillais à côté en même temps, c’est-à-dire que je ne me suis pas engagé directement dans cette aventure. L’Erasmus en Espagne m’a clairement remotivé à partir mais il y a eu aussi des vidéos sur YouTube. En France, il n’y a pas grand monde qui fait ça mais on trouve beaucoup de contenus anglophones dans ce délire de quitter son pays à la poursuite de son rêve. Et puis je me suis toujours dit que j’irai vivre à l’étranger. C’est ce que je veux faire : bouger le plus possible. Donc je ne regrette vraiment pas cette décision.

WS : Peux-tu nous en dire plus sur cette expérience espagnole ?

BB : J’étais d’abord parti à Alicante pour faire mon Erasmus en 2017. Avant de partir, j’avais contacté des clubs sur place pour savoir s’il y avait moyen de jouer au foot là-bas. Et à la base, j’avais eu le feu vert pour Erasmus mais aucune réponse des équipes de foot, donc je comptais ne pas y aller du tout. Finalement au mois de juin, le club de l’université d’Alicante m’a envoyé un mail pour me dire de venir faire la prépa avec eux. J’y suis donc allé, j’ai fait ma saison là-haut avec mes cours à côté. Il y a eu des hauts et des bas car c’est compliqué de concilier le foot et les études quand tu vises le haut niveau. Pour être honnête, avec la charge des quatre entraînements par semaine en plus des matchs j’ai vite délaissé ma licence. Mon erreur a été de ne pas m’être présenté aux examens : ça, c’est éliminatoire. Pourtant j’avais reçu des offres de clubs de Tercera (N.D.L.R. : 4e niveau national espagnol) mais, à cause de ça, j’ai dû rentrer en France pour terminer ma licence et ne pas rembourser les bourses Erasmus.

WS : Footballistiquement parlant ce coup-ci, comment tu te décrirais ?

BB : Jusqu’en senior, je pensais que mon meilleur poste était milieu-relayeur. J’ai débuté arrière gauche malgré que je sois droitier. Petit j’ai eu un plâtre au pied droit et à la cantine j’étais contraint de bosser mon gauche… Grâce à ça on peut dire que j’ai les deux pieds. Mes qualités athlétiques sont mes gros points forts. Je suis plutôt rapide et je fais énormément de courses dans le dos des défenses. Et cela à haute intensité pendant la quasi totalité d’un match. C’est ainsi que petit à petit je me suis retrouvé en pointe. J’étais pas trop pour car c’est un poste ingrat, mais j’ai appris au fur et à mesure en regardant d’autres attaquants à l’image de Lukaku ou encore Kane et Henry. Tant mieux, étant donné qu’en Espagne, le coach avait trop de milieux, j’en ai donc profité pour dire que je pouvais jouer devant.

WS : Si tu peux rappeler ton parcours de joueur en France ? Un parcours que l’on peut qualifier de lambda finalement ?

BB : Oui clairement. En jeunes j’ai débuté à Garches jusqu’en U14. Ensuite je jouais à l’US Chantilly dans les meilleurs divisions régionales avec notamment Clément Lenglet et Simon Banza. J’ai fait quelques erreurs petit d’ailleurs. Je voyais les autres percer et je m’impatientais. Personne ne me contactait alors que je pensais que j’avais le niveau. Avec le recul, je n’aurais pas dû, mais je suis parti à Marly en D1 avec qui on a gagné la coupe du Val d’Oise. Puis à mon retour d’Alicante, j’ai repris en R3 dans ma ville pendant deux ans, pour ensuite rejoindre l’Olympique adamois en R2 pour un an. Je me sentais bien, on était bien lancés. Personnellement je comptais six buts en cinq matchs mais la Covid a stoppé tout ça. À ce moment-là, j’ai eu la nostalgie de l’Espagne et l’envie de repartir à l’aventure pour aller tester mes limites dans le foot. J’ai pris mon sac, zéro contact sur place et je me suis débrouillé.

WS : Le retour en France et la Covid sont venus contrecarrer tes plans, mais tu as décidé de ne pas abandonner et de repartir avec ton baluchon, ce coup-ci en Bulgarie. D’où provient cette motivation de ne pas lâcher ?

BB : Avant l’Espagne, j’étais faible. Un jour je me suis posé chez moi et je me suis fortement remis en question. Puis il y a eu ce déclic lorsque j’ai lu Can’t hurt me de David Goggins (N.D.L.R. : membre des forces spéciales américaines) et L’alchimiste de Paulo Coelho. Ils m’ont aidé mentalement et m’ont convaincu à repartir. J’ai vraiment travaillé sur le mental et le développement personnel.

WS : D’ailleurs on peut parler d’une décision payante non ? Un essai en D3 bulgare, un essai en D2 à Chypre et surtout l’arrivée d’un agent. Ça change tout ? Tu le paies d’ailleurs ?

BB : Je n’ai peut-être pas signé de contrat en Bulgarie mais j’y ai trouvé un agent. Sans ce voyage je n’aurais sûrement jamais signé en Allemagne. L’agent prend une commission à la signature du contrat et à peu près 10 % sur le salaire. Sa venue a facilité les choses mais je reste convaincu qu’on peut trouver tout seul. À Sofia je suis arrivé trop tard et les effectifs étaient déjà bouclés. Plusieurs clubs m’ont clairement dit que j’aurais pu avoir des essais en venant plus tôt.

WS : Comment finance-t-on une telle aventure ?

BB : Je vivais sur mes économies. Avant de partir, je travaillais dans un collège en tant qu’assistant pédagogique et je donnais aussi des cours de soutien les soirs. La licence anglais-espagnol faisait que je bossais pas mal avec les enseignants de langue. Je mettais donc de côté chaque mois et je pouvais tenir 5-6 mois sur ces économies et au final en un mois et demi j’ai réussi à signer dans un club.

WS : Tu l’as dit, tu viens tout juste de signer en D6 allemande au SG Eintracht Mendig, un contrat semi-pro. Ton ressenti là dessus après tant de péripéties ? 

BB : C’était un grand soulagement quand j’ai signé. Quand tu fais la photo, tu repenses à tout ce que tu as traversé sur les derniers mois. Et depuis, je me sens soulagé d’un poids et je joue plus relâché. Je vais enfin pouvoir me consacrer au foot à 100 % sans avoir à travailler à côté. Pour l’instant j’ai pas besoin d’avoir un emploi en plus. Mais si jamais j’en ressens le besoin, le club peut m’aider à en trouver un.

WS : Si tu avais un conseil à donner aux gens qui veulent se lancer dans ce type de périple cela serait quoi ?

BB : Je dis toujours que rien n’est impossible à condition de bien se préparer avant notamment dans la tête. Il faut également être prêt financièrement histoire de ne pas être en galère sur place. Une fois que c’est bon, ça ne coûte rien d’essayer. Quoiqu’il arrive il y aura toujours moyen d’en tirer quelque chose. Tu vas rencontrer des gens sur place, découvrir de nouvelles cultures et plein d’autres choses. C’est vraiment ça le plus important.

Propos recueillis par Théo Wargnier.

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