Le 14 octobre dernier avec le Portugal, Cristiano Ronaldo inscrivait son 700ème but en carrière. L'occasion pour We Sport de dresser le portrait des cinq joueurs qui devancent encore CR7 au classement des meilleurs buteurs de l'histoire. Aujourd’hui, zoom sur le quatrième : Ferenc Puskas.
En 1937, le père de Ferenc change son patronyme d’origine souabe afin de mieux s’intégrer dans la société hongroise. La famille Purczeld devient alors Puskas, qui signifie « fusilier », un nom forcément destiné à répandre la terreur. Cette terreur, Ferenc Puskas la sèmera sur les terrains de football, avec 746 cartouches qui ont trouvé leur cible au fond des filets adverses.
Le Major Galopant
1,74m, un goût prononcé pour les spécialités de son pays et quelques kilos en trop qui en découlent. A première vue, Ferenc Puskas a plutôt l’air de l’un de ces joueurs que l’on croise sur un terrain douteux un dimanche matin. Et pourtant, le Hongrois était l’incarnation même de l’élégance et de l’efficacité devant le but.
Né en 1927 dans la capitale, « Ösci » (« petit frère », l’un de ses surnoms) fait ses débuts dans l’équipe première du Kispest AC à 15 ans. Alors trop jeune pour évoluer avec les adultes, il est contraint de jouer sous une fausse identité. Mais rapidement, Ferenc Puskas cartonne et fait parler de lui sous son véritable nom. A 16 ans, il s’impose déjà comme un titulaire indiscutable sur le front de l’attaque grâce à un pied gauche magique et un sens du but inné.
En 1949, le Kispest AC devient le club de l’armée hongroise et est rebaptisé Budapest Honved. L’équipe, sous la direction du ministère de la Défense, accueille alors les meilleurs joueurs hongrois en échange d’un grade d’officier et d’une dispense de service militaire. Puskas est alors affublé du surnom de « Major Galopant », alliant son nouveau galon à son statut de maître à jouer sur le terrain. Car sur le rectangle vert, Ösci régale. Entre 1948 et 1955, il rafle trois trophées de meilleur buteur du championnat hongrois, dont un grâce à 50 réalisations, et aide son équipe à remporter quatre fois le titre.
Ses excellentes performances avec le Budapest Honved lui ouvrent les portes de l’équipe nationale. Après avoir fait ses débuts en sélection à 18 ans à l’occasion du premier match disputé par la Hongrie depuis la Seconde Guerre Mondiale, Puskas est nommé capitaine pour les Jeux Olympiques de 1952. Lors de cette compétition, la Hongrie produit un jeu prodigieux et décroche la médaille d’or. À la suite de ces J.O. de Helsinki, les « Magiques Magyars » s’imposent peu à peu comme la référence du football en Europe. Leur style novateur et offensif, organisé autour de Puskas, leur permet notamment d’infliger à l’Angleterre sa première défaite à domicile face à une équipe non-britannique.
A l’aube de la Coupe du Monde 1954, la Hongrie est annoncée grandissime favorite. L’Aranycsapat (« Onze d’Or ») se fraye un chemin jusqu’en finale, en atomisant la Corée du Sud (9-0) puis l’Allemagne de l’Ouest (8-3) en poules, avant d’éliminer le Brésil (4-2) puis l’Uruguay tenant du titre (4-2 après prolongations) pour retrouver la RFA en finale. D’ordinaire au cœur de cette équipe qui écrit sa légende, Puskas laisse ses coéquipiers après un tacle rugueux d’un Allemand en phases de poules. Tout de même titulaire en finale, bien que pas totalement rétabli, le capitaine hongrois pense mener les siens vers un trophée qui leur tend les bras, eux qui restent sur 32 matchs sans défaite. Mais ce 4 juillet 1954, cette série prend fin, et le rêve de sacre mondial de Puskas avec.
L’idylle ibérique
Deux ans plus tard, le soulèvement populaire en Hongrie communiste et l’entrée de l’Armée Rouge à Budapest provoque la dissolution de l’équipe nationale, qui a entre-temps vu le Major Galopant devenir le meilleur buteur de l’histoire pour une nation européenne avec 84 buts en 85 sélections (record depuis battu par Cristiano Ronaldo). Alors en déplacement à Bilbao avec le Budapest Honved, Ferenc Puskas décide de ne pas rentrer au pays et quitte son club formateur. Sur demande de la fédération hongroise, il est suspendu par la FIFA de toute activité liée au football pendant dix-huit mois. Durant cette période, Ösci ne s’entraîne plus, délaisse le football et prend énormément de poids.
Contre toute attente, il trouve refuge au grand Real Madrid qui le recrute sous l’impulsion de l’ancien secrétaire financier du Hongrois. A 31 ans, Puskas perd 18 kilos pour entamer une seconde carrière aux côtés des légendaires Francisco Gento, Raymond Kopa et Alfredo Di Stefano. Avec la Maison Blanche, le Major conquiert l’Espagne et l’Europe avec cinq Liga et trois Coupes des Clubs Champions. En parallèle, il est quatre fois meilleur buteur du championnat et l’est à deux reprises sur la scène européenne. Puskas parvient même à truster la seconde place du Ballon d’Or en 1960, derrière le Barcelonais Luis Suarez. Devant ses prestations exceptionnelles en club, la fédération espagnole le naturalise et l’emmène notamment au Chili pour disputer la Coupe du Monde 1962.

Quatre ans plus tard, et après 242 pions inscrits sous le maillot Merengue, Ferenc Puskas raccroche les crampons sur un total de 746 buts en 754 rencontres. Ça vaut bien une bière à son effigie.