NBA

Le Tanking, vraiment ?

San Antonio, Utah, Houston, Indiana, Detroit voire Charlotte.. Toutes ces équipes, sans réelles ambitions au classement ou aux objectifs à la baisse étaient censées tenter de perdre le plus de matchs possible, avec une mission bien claire : finir dans les pires équipes de la ligue pour espérer avoir la chance de décrocher un firt pick, qui veut dire Victor Wembanyama en 2023. Et pourtant, la plupart de ces franchises surprennent ! les Spurs et le Jazz enchaînent les victoires, Houston n'en est jamais très loin, et la plupart sont plutôt plaisantes à voir jouer. Est-ce que cela va durer? Rien n'est moins sûr. Mais en tout cas, le coup de pression d'Adam Silver sur d'éventuelles relégations en a peut-être fait réfléchir certains.

14%. Voilà la probabilité, l'année dernière, d'obtenir le first pick pour les trois plus mauvaises franchises de la saison. Est-ce vraiment une raison de TOUT faire pour perdre un maximum de matchs? Alors que l'on sait par exemple qu'une équipe qui termine 11ème de sa conférence avec légèrement plus de victoires en a également pratiquement 8%? Se saborder pour finalement obtenir un 5ème ou 6ème choix de pick n'est pas nécessairement une solution, d'autant plus quand on a, comme la plupart des équipes censées tanker, des jeunes à développer au plus vite.

Eternel Poppovich

Croyait-on vraiment que le bon vieux Pop, compétiteur comme personne, allait laisser ses ouailles se faire déplumer soir après soir? Si son approche changera peut-être au cours de la saison, en tout cas pour l'instant, ses Spurs rayonnent. Trois succès en quatre matchs et un homme déjà dans le feu des projecteurs : Keldon Johnson. Avec 20.5pts, 6.3rds et 3.5asts par match, il semble avoir bien saisi l'importance de prendre le relais d'une équipe orpheline de son maître à jouer de l'an passé, Dejounte Murray, parti à Atlanta. Et cela leur réussit plutôt bien, San Antonio enchaînant les succès, pour le plus grand bonheur de leur emblématique coach. “Il faut être heureux pour eux. Ils jouent dur. Ils prennent du plaisir à jouer les uns avec les autres. Ils apprennent à jouer. Plusieurs gars ont de plus en plus confiance en leur jeu. Et ils ont montré que s’ils jouent comme ça, ils peuvent gagner des matchs. Ils sont humbles, mais confiants. Ils viennent pour jouer. Ils viennent pour gagner. Évidemment, vous ne gagnerez pas tous les matchs, mais ils jouent comme s’ils allaient gagner. C’est tout ce que l’on peut demander. Quand vous avez un groupe qui fait ça, vous pouvez dormir tranquille la nuit.

Si Keldon Johnson attire naturellement la lumière, Devin Vassell n'est pas en reste. Avec 19.8 points à 40.9% dont 39.4% de loin, 5 rebonds, 4.5 passes et 1.3 interception, il est tout aussi bon que son compère à l'aile. Surtout, il ne manque pas d'ambition et ne veut pas écouter ceux qui lui parlent de tanking. “J’essaye de ne pas écouter tout le bruit extérieur, mais je ne vais pas mentir, ça devient frustrant quand tout le monde parle de tanking, tanking, tanking.  Nous sommes des athlètes professionnels. Nous voulons tous jouer. Nous voulons tous gagner. Et c’est ainsi que nous allons aborder chaque match. Nous ne regardons personne en nous disant : ‘Oh, nous allons perdre ce match.’ Pas du tout. Nous nous battons tous les jours et c’est ce que nous allons continuer à faire.En tant que jeune équipe, nous ne pouvons pas contrôler les shoots réussis et ratés, mais je pense que nous pouvons toujours contrôler notre énergie et nos efforts en défense et ça a été notre état d’esprit lors des 3 derniers matchs.” Il est évident que San Antonio ne gagnera pas tous ses matchs, mais force est de constater que quoi qu'il arrive, cette jeune équipe tentera malgré tout de se développer le plus rapidement possible, sans penser 24h/24 à Victor Wembanyama.

Utah, la fausse blague

L'intérieur tricolore était sans doute également dans tous les esprits du coté de Salt Lake City au moment où la franchise a décidé de tout casser, se séparant de ses deux stars, Donovan Mitchell et Rudy Gobert, cet été. Mais en récupérant des joueurs comme Sexton ou Markkanen, il fallait tout de même se douter que le Jazz n'allait pas perdre tous ses matchs.. en tout cas pas tout de suite. Utah a même commencé par trois succès en trois rencontres avant de chuter.. face à Houston, la plus “faible” équipe rencontrée jusqu'alors. Avec des succès contre les Timberwolves ou encore les Pelicans, la franchise de Danny Ainge a commencé tambours battants. Et le Finlandais y est pour quelque chose. Après avoir été mis à la porte par des Cavs ambitieux, il se veut revanchard : “Je me prouve à moi-même que je peux faire plein de choses sur le terrain, des deux côtés du terrain, et ça m’a permis en quelque sorte de me redonner confiance. J’ai le sentiment d’être prêt pour cette saison.” 

Il est clairement le fer de lance d'une franchise qui devrait malgré tout voir ses meilleurs éléments partir au fur et à mesure de la saison, l'objectif étant avant tout de repartir avec la jeunesse. En attendant, tout le monde savoure, à l'image de Malik Beasley. “Lauri Makkanen. Ce mec est impitoyable. Je n’en avais aucune idée. Chaque match, il fait quelque chose de plus et je lui dis : ‘T’es impitoyable putain !’ Il shoote, attaque le cercle, dunk, fait circuler le ballon, il fait tout pour l’équipe.”

Son coach également semble sous le charme : “Il s’agit de construire sur cet été, et c’était une remarquable illustration du jeu de Lauri dans son ensemble et il a plus à offrir que ce qu’il a peut-être montré dans le passé. Nous avons besoin de sa polyvalence et nous allons lui demander chaque soir de faire une variété de choses différentes des deux côtés du parquet. Il a tout fait jusque-là, comme défendre sur des ailiers ou Nikola Jokic. Il s’est occupé du pick-and-roll, il a posé des écrans et il a écarté le jeu. En tant que coach, c’est un luxe d’avoir un joueur qui a ce niveau de polyvalence.”

Personne ne sait jusqu'à quand cette éclaircie va durer dans les montagnes américaines, mais en tout cas, que les fans profitent. Cela pourrait ne pas durer éternellement.

Parce qu'il n'y a pas que les Spurs dans le Texas

Si San Antonio se porte plutôt bien au classement et qu’évidemment, Dallas et sa merveille Luka Doncic trusteront tôt ou tard les hautes sphères de la conférence Ouest, Houston n’est pas en reste. Les Rockets ne comptabilisent qu’un seul succès en quatre rencontres, mais dans le jeu, les joueurs de Stephen Silas montrent des choses plus qu’intéressantes. Jamais depuis le début de saison, ils n’ont été largués au court d’un match. Et pourtant, le calendrier n’était pas des plus simples : Milwaukee, Memphis ou encore Atlanta. Après avoir poussé les Hawks dans leurs derniers retranchements, ils étaient devant les Grizzlies jusqu’à 5min de la fin et il a fallu un Ja Morant à 49 points pour s’en sortir. Idem pour les Bucks qui ont dû se reposer sur les 45 points de Giannis Antetokounmpo. Oui, Houston ne fait pas rêver sur le papier et ne gagnera certainement pas beaucoup de matchs. Mais les Rockets font plaisir et sous l’impulsion de leur trio Jalen Green- Kevin Porter Jr- Jabari Smith, le tout bien encadré par Éric Gordon, ils progresseront à coup sûr à vitesse Grand V.

Surtout, après son très bel été avec la Turquie, Alperen Sengun semble avoir franchi un cap et, désormais installé dans le 5, il va enfin avoir l’occasion de démontrer l’étendue de son talent. Son coach en attend d’ailleurs beaucoup de lui: “Je veux que Alperen s’ouvre vers le cercle sur le pick-and-roll, et qu’on le cherche quand il s’ouvre. C’est un tel créateur qu’il ne faut pas être statique quand on lance des systèmes et quand il crée. Ce n’est pas bon pour notre attaque. S’il s’ouvre, on peut le servir en tête de raquette, et il pourra alors attaquer le cercle, créer pour un coéquipier ou regarder pour une passe dans le coin. C’est ce qu’on essaie de faire avec lui. Je ne veux pas qu’il attrape la balle et que les autres le regardent. Ses instincts de basketteur sont tellement bons que s’il ne bouge pas, on se prive de l’une de ses qualités, qui est de prendre la balle et de créer.”

La confiance est donc totale envers Sengun, et Houston, qui ne dirait pas non à Wembanyama, dispose déjà de très belles pépites à polir.

Les petits cancres de la ligue sont finalement en train de jouer le jeu, et plutôt bien. Cela risque de ne pas durer éternellement mais pour l'instant, force est de constater que les résultats sont loin d'être faussés. Pour le plus grand plaisir des fans. 

Crédit photo : SLC Dunk


Valentin Martin

Le cœur meurtri par la fin de carrière de Rodgeur, je m'en remets aux stepback de The Beard. Rien de tel qu'un Vélodrome incandescent pour me faire chavirer de bonheur

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