Plusieurs années en arrière, elle était plus ou moins récessive dans le vocabulaire du basketball mais au fil du temps, elle a fait sa niche, étalé ses tentacules au point de devenir aujourd’hui un maillon essentiel de l’arsenal de la balle au panier. Mais en réalité, que signifie concrètement cette expression apparue dans les années 80 et dont la NBA est l’un des vecteurs par excellence ?
Clarification conceptuelle,
Comme son nom l’indique, le triple-double est un anglicisme, une expression empruntée à la langue anglaise et qui s’utilise couramment en français notamment dans le jargon de la balle au panier. L’un de ses terrains de prédilection si ce n’est le plus probant, c’est la NBA.
Mais qu’elle est en réalité sa genèse ? En effet, le triple-double a fait son apparition dans les années 1980 sous l’impulsion de Harvey Pollack et Bruce Jolesch, respectivement statisticien pour les Sixers et attaché de presse pour les Lakers. Dans sa décomposition, il comprend les terminologies « triple » pour trois et « double » pour deux chiffres. Par ricochet, un triple-double est décroché au cours d’un match lorsque le joueur compile au moins 10 unités dans trois catégories statistiques différentes (points, rebonds, passes, interceptions ou contres). Il reste que les piliers les plus saillants et les plus courants sur lesquels le circuit accorde ses violons dans l’institutionnalisation du triple-double, c’est le format : ‘’points, rebonds, passes’’.
Evolution de la spécialité,
Un peu comme un éclair et à la vitesse de la lumière, les choses sont allées très vite. En l’espace de dix ans, on est passé du minimalisme au gigantisme. A titre illustratif, au cours de la saison 2008-2009, le compteur affichait 30 triple-doubles. Dix ans plus tard, saison régulière 2018-2019, les statistiques sur le nombre de 10-10-10 ont explosé ! Ledit exercice fut auréolé de pas moins de 127 triple-doubles.
Russell Westbrook, étoile subliminale parmi les recordmen,
Au chapitre des triple-doubles, nombre de joueurs d’exception ont participé à sa consécration et à son immortalisation. On cochera comme pionniers sur les pages d’or de cette expression, des sphinx comme Magic Johnson, Jason Kidd, LeBron James, Wilt Chamberlain, Larry Bird ou encore Nikola Jokic. Toutefois, dans cette symphonie de spécialistes, deux esthètes sortent du lot et font office de références absolues. Jusqu’à ce 11 mai 2021, date à laquelle le triple-double connaîtra le plus grand hommage de son odyssée, un homme trônait tout en haut de la pyramide des sommités de la spécialité : Oscar Robertson ! Dans son escarcelle, 181 triple-doubles en carrière. Une montagne, l’Everest que d’aucuns pensaient insubmersible jusqu’au11 mai 2021 où Russell Westbrook alors sociétaire des Wizards et deuxième sur la liste jusque-là va réaliser l’incroyable mais quand-même attendu.
Nous sommes au State Farm Arena et les Atlanta Hawks accueillent les Washington Wizards dans un match qui apparaît bien anodin à première vue. Pourtant, tous les regards sont cristallisés par un homme, le numéro 4 des visiteurs, Russell Westbrook. Fort d’une dynamique impressionnante de 14 TD en un mois, il était écrit que l’ancien MVP allait indubitablement faire tomber la mythique barre des 181. Eurêka. En plein milieu du quatrième quart-temps, après un fadeaway raté de Danilo Gallinari, Westbrook vient récupérer un dixième rebond qui lui permet de valider un nouveau triple-double. Le record est noyé ! Statistiques personnelles du ‘’Brodie’’ à la fin de la rencontre : 28 points, 13 rebonds et… 21 assists. L’histoire venait de bégayer et Russell entrait encore un peu plus dans la légende, celle des joueurs hors-norme que la NBA a vu voler dans ses firmaments. Il venait d’’atteindre le fatidique seuil des 182 TD. Ce que personne n’avait fait auparavant.
Ce n’est pas tout ! Sur une seule saison, c’est toujours à lui que revient le record du nombre de triple-doubles réalisé. 42 en 2016-2017 ! La même saison qui a consacré l’ancien joueur du Thunder Most Valuable Player.
The rebound that gave Russell Westbrook his record-breaking 182nd triple-double 🙌 pic.twitter.com/8GOr9vOZSx
— ESPN (@espn) May 11, 2021
Le triple-double n’est pas une donnée figée, égoïste ou opaque. Il est modulable, extensible et a donc moult dérivés. En effet, il est plausible de réussir un double-triple-double. Le cas échéant, le joueur concerné devra compiler au moins 20 unités dans trois catégories statistiques différentes. Les seuls à avoir réalisé cette prouesse à ce jour du moins depuis la naissance de la NBA, ce sont Wilt Chamberlain (1968) et Russell Westbrook (2019). Dans le même ordre d’idées, le quadruple-double est lui aussi réalisable. Il s’agira pour le joueur d’obtenir un score égal ou supérieur à 10 dans quatre catégories statistiques dont les points, les rebonds, les passes décisives, les contres ou les interceptions. Officiellement, seuls quatre joueurs ont pu dompter cet inestimable graal : Nate Thurmond (1974), Alvin Robertson (1986), Hakeem Olajuwon (1990) et David Robinson (1994).