Terrible désillusion pour l'Equipe de France de basket. Les Bleus sont passés complètement à côté de leur finale et n'ont pas existé face à un collectif Espagnol parfaitement huilé, bien emmené par un Juancho Hernangomez en état de grâce. Une nouvelle fois plombés par leurs pertes de balle et un manque de créativité, les joueurs de Vincent Collet terminent donc sur une note frustrante. Eux qui étaient venus pour l'or, et rien que cela. Mais au vu de cette campagne Européenne 2022, cette médaille d'argent est pratiquement inespérée.
88-76, voilà le score d'une finale qui aura été à sens unique pendant quarante minutes ou presque. Les Français ont démarré de la pire des manières et n'ont jamais semblé capables de sortir la tête de l'eau, hormis cinq minutes entrecoupées de la mi-temps. Menés de 21 points au court du deuxième quart-temps, un gros run avant la pause leur aura permis de recoller à dix points, puis une entame de seconde mi-temps parfaite a laissé croire aux rêves quand Fournier et les siens sont revenus à trois petits points (49-46). Mais cette Espagne était trop forte pour des Bleus encore bien trop approximatifs. Comme durant tout cet Euro.
Les pertes de balles, encore une fois
19 pertes de balle. Une constante, pour une équipe qui en a perdu plus de 17 en moyenne lors de ses neuf matchs lors de cette compétition. Beaucoup trop pour espérer quoi que ce soit. Il faut d'ailleurs reconnaître que c'est un petit miracle d'arriver en finale d'une grande compétition avec autant de turnovers. La France a su compenser grâce à ses individualités lors des rencontres précédentes. En huitième contre la Turquie, Rudy Gobert a réalisé son meilleur match (20pts, 17rbds) prenant feu en fin de rencontre et lors de la prolongation pour faire tomber Sengun et les siens. En quart, c'est Thomas Heurtel qui a pris les choses en main, là aussi après les quarante minutes réglementaires. Mais cette fois, l'Espagne était bien trop forte pour ne pas profiter des errements des Bleus balle en main.
Vincent Collet l'admet avec une certaine résignation. “Le chiffre brut ne dit pas tout mais on perd les ballons parce qu'on n'est pas assez bon dans les fondamentaux, à la passe et dans le démarquage. On manque aussi de mobilité sur certaines situations. Il y avait un bouchon au milieu de la raquette. Dans la justesse, on a pris une leçon. On n'a pas compensé ces 19 pertes de balles par une agressivité forte de l'autre côté. On a joué avec nos valeurs, on s'est battu jusqu'au bout, il n'y a pas 1% à reprocher aux joueurs de ce côté-là.”
Avec près d'un tiers des points (27 au total) sur les pertes de balle des Français, les Ibériques n'avaient sans doute pas besoin de cela pour remporter un quatrième titre continental.
Des Espagnols sur un nuage
Forts d'un parcours presque parfait, avec une seule défaite contre les Belges en phase de poule, les coéquipiers de Rudy Fernandez (qui n'a pas eu à forcer son talent hier avec sept points) se sont avancés, sans faire de bruit. On a souvent parlé de la Grèce des frères Antetokounmpo, de la Serbie de Jokic et Micic, de la Slovénie de Doncic et Dragic, de la France de Gobert et Fournier. Sans forcément évoquer l'Espagne. A tort. Fini les frères Gasol, les Rodriguez ou autres Navarro. Non, l'Espagne s'appuie désormais sur ses jeunes, mais surtout sur un collectif, magnifié par le naturalisé Lorenzo Brown. Et quand en plus, l'un des leurs fait le match de sa vie, cela change tout. Juancho Hernangomez était touché par la grâce hier soir. Le futur joueur des Raptors de Toronto a totalement pris feu au cours du second quart-temps, enchaînant six paniers primés consécutifs! Trop dur pour les Bleus, qui ne s'en relèveront jamais.
Mais plus que cela, c'est le collectif tout entier que salue Vincent Collet après la rencontre. Pour lui, offensivement comme défensivement, son adversaire du soir était supérieur en tout point : “L'Espagne a très bien joué, ils ont fait tout ce qu'ils comptaient faire, des choses qu'on avait anticipées mais qu'on n'a pas pu empêcher. On savait qu'ils seraient très agressifs contre Thomas (Heurtel) et Evan (Fournier). On savait qu'ils joueraient des possessions longues en attaque pour nous user et ils ont réussi : notre pression défensive n'était pas comme vendredi. On a attendu 17 minutes pour remettre cette pression. On ne s'est pas donné les armes pour changer le destin de ce match […] On est tombé sur une grande équipe. Au niveau où était Hernangomez (Juancho, 27 points, ndlr) ce soir, il a remplacé un des deux Gasol. Ils vont toujours trouver des joueurs et pour les battre, il faudra plus que ça. Ils ont des vrais bons joueurs. Leur façon de jouer en équipe explique le résultat. Ce n'est pas une question de courage, on s'est battu mais on n'a pas eu assez de maîtrise, de maturité. C'est la victoire de la maturité.“
Des cadres résignés
Après coup, les Bleus semblaient abattus, ce qui est normal après une défaite en finale d'un tournoi aussi important. Mais on a également senti dans leur discours une certaine forme de renoncement. Capitaine en l'absence de Nicolas Batum et Nando De Colo, Evan Fournier, passé quelque peu au travers de son Euro, paraissait abattu, lui qui n'en est pas à sa première désillusion sous le maillot tricolore : “Ils ont été meilleurs que nous. Ils ont été supérieurs sur tous les points. Ils nous ont dominés de la tête et des épaules. Clairement, ils étaient au-dessus de nous. Il n'y a rien à dire. On n'a pas été à la hauteur de l'évènement. On ne gagnera pas cette compétition avant longtemps”.
Lui aussi passé à côté de sa finale, Rudy Gobert, élu malgré tout dans le 5 majeur de la compétition, s'en veut: “Il fallait aller le chercher. Il faut que je sois meilleur dans ces moments-là. Que j'arrive à élever mon équipe plus que je l'ai fait ce soir. Une médaille d'argent ça reste beau, mais il fallait finir le travail. Je prends cette responsabilité. (…) Je n'ai pas su aider mon équipe. On voulait l'or. Si près du but, c'est dur de laisser passer ça”.
Des paroles oui, mais les Bleus accusent le coup. Seuls les petits nouveaux, ou tout du moins les futurs têtes d'affiches se voulaient optimistes pour la suite, et voulaient aller de l'avant dès aujourd'hui. Comme Terry Tarpey, qui a sans doute validé sa place dans le groupe France pour un petit bout de temps, après un magnifique Euro : “Ce soir, ce n'était pas notre meilleur match. On a manqué de petites choses. Et l'Espagne a mis des top shoots, ils ont mis plus d'intensité. Pour nous c'était dur. En attaque, en défense. Au rebond offensif, ils en ont pris je ne sais pas combien. Ce n'est pas facile de gagner avec des stats comme ça. On ne jouait pas la finale pour la 2e place. Peut-être que dans quelques années, on se dira que la médaille d'argent, ce n'est pas mal. Pour moi, ça donne encore plus de motivation. Je pense qu'on va rencontrer encore l'Espagne. Cette équipe, on jouera toujours contre eux. J'attends la revanche.”
Même son de cloche chez Guershon Yabusele, sans doute le meilleur Français (en tout cas le plus régulier) durant toute cette campagne : “Bien sûr que ça fait mal. On était là pour l'or. Les Espagnols ont gagné, on rentre chez nous. Ça nous rendra meilleurs. On peut toujours revoir le match, parler des erreurs. Ça s'est passé comme ça. Malgré ça, on était dans le match. Même si on aurait dû commencer mieux, on a réussi à revenir. Bien sûr qu'avec du recul, on appréciera cette médaille. Mais là on vient juste de perdre. On était là pour l'or. On est des compétiteurs. On repart avec une défaite donc on ne peut pas être content pour le moment.“
Les Français ont pris un coup sur la tête. Eux qui étaient venus en Allemagne pour enfin décrocher une médaille d'or après deux dernières campagnes internationales rageantes et ponctuées par une médaille de bronze et une d'argent, ont failli à leur tâche. Sur un fil toute la compétition, ils sont finalement tombés, face à une Espagne largement supérieure. Vincent Collet a du travail et il le sait. Malgré tout, la base de travail est solide et l'avenir (Wembanyama, Hayes, Maledon, Embiid?) s'annonce radieux. Avec, en point d'orgue, les Jeux Olympiques à Paris, où cette fois, l'or ne sera pas un objectif mais une obligation.
Crédit photo : Basket USA