Compétitions internationales

Les failles tactiques du Portugal contre la Suisse

Hier soir face à la Suisse, le Portugal a validé son ticket pour la finale de la Ligue des Nations grâce à un triplé de Cristiano Ronaldo. Pourtant, la prestation lusitanienne n’a pas été des plus convaincantes.

 

Le peuple l’a demandé, le peuple l’a obtenu. Pour cette demi-finale de la Ligue des Nations, Fernando Santos avait aligné le quatuor tant réclamé. Joao Félix et Cristiano Ronaldo occupaient le front de l’attaque, soutenus par Bernardo Silva. Ruben Neves prenait quant à lui place devant la défense habituelle, derrière William Carvalho et Bruno Fernades. Mais ce schéma a laissé paraître d’importants défauts sur le plan tactique.

 

L’entrejeu en phase défensive

La Suisse peut se mordre les doigts d’avoir laissé filer plusieurs occasions de but. Des opportunités qui provenaient essentiellement d’une couverture défensive portugaise particulièrement fébrile au milieu de terrain. Essentiellement assuré par Ruben Neves et William Carvalho en phase défensive, l’entrejeu du Portugal a souffert de l’absence d’un troisième homme. Sans sentinelle pour le marquer, Xherdan Shaqiri a sans cesse trouvé l’espace nécessaire entre la défense et le milieu de terrain pour dicter les offensives de la Nati. L’électron libre a d’ailleurs été à l’origine de plusieurs frissons dans les travées de l’Estadio do Dragao, exploitant à merveille cette faille dans l’organisation tactique portugaise. Le joueur de Liverpool a ainsi touché 89 ballons durant la rencontre, soit au minimum 22 de plus que n’importe quel milieu de terrain ou attaquant portugais.

Shaqiri reçoit ici le ballon dans le dos de Carvalho (cercle rouge), et dispose de plusieurs mètres pour avancer en direction du but entre les milieux et les défenseurs portugais.

 

Face à un milieu de terrain suisse compact, Ruben Neves et William Carvalho ont souffert de leur infériorité numérique. Ce dernier a d’ailleurs été bien en peine, manquant d’agressivité sur le porteur du ballon et pêchant dans la relance. Des difficultés préjudiciables pour sortir de l’étau suisse.

A leurs côtés, Bruno Fernandes n’était peut-être pas le joueur idéal pour leur venir en aide. Dans un système en 4-4-2 losange, il était aligné pour épauler Carvalho et Neves derrière un Bernardo Silva positionné en meneur de jeu.  De nature créateur et offensif, le joueur du Sporting Lisbonne a été trop laxiste dans ses replis défensifs, empêchant une couverture portugaise sur toute la largeur du terrain.

Ici, Bruno Fernandes (cercle rouge) lâche complètement son marquage (cercle blanc).

 

L’occupation et l’utilisation des couloirs

Ce manque a d’ailleurs a d’ailleurs eu un impact sur les offensives helvètes. En effet, la seule véritable présence de Carvalho et Neves en phase défensive a laissé bon nombre d’espaces sur les ailles que la Suisse ne s’est pas privée d’utiliser. A plusieurs reprises, les latéraux de la Nati ont apporté le danger par des centres devant les buts de Rui Patricio (25 pour la Suisse contre 19 pour le Portugal), ce dernier étant accompagné d’une défense qui n’a pas toujours affiché une grande sérénité.

Carvalho (cercle rouge), dont la couverture défensive est ici plus qu’approximative, laisse Mbabu (cercle blanc) filer dans son dos sur le côté droit. Ce dernier adresse un centre pour Seferovic dont la frappe heurte la barre transversale.

 

Mais la présence de la Seleçao das Quinas dans les couloirs a également posé problèmes lors des phases offensives. En attaque, les portugais semblaient changer de système pour un 4-4-2 à plat, avec Bruno Fernandes et Bernardo Silva sur les côtés. Cependant, leur tendance à initier des constructions depuis l’axe les ont souvent poussés à dézoner et à quitter les ailes.

Après avoir passé le ballon à Joao Félix, Bruno Fernandes fait son appel vers l’axe, soit dans le dos de Félix. Ce dernier n’a donc aucune solution sur le côté, seule zone qui est ici facilement accessible sur une passe.

 

Avec un Raphaël Guerreiro loin de son meilleur niveau, le couloir gauche a bien souvent été dépourvu de maillots rouges. Après la mi-temps, quelques ajustements ont cependant poussé l’ancien lorientais à s’aventurer davantage dans le camp adverse. Mais là-encore, un criant manque de dynamisme et de mouvement aux avant-postes a rendu ces montées dans les couloirs stériles. Même constat à droite, où Nelson Semedo, qui s’est cependant projeté dès l’entame de match, n’a trouvé un relais pour combiner qu’à de rares occasions.

Joao Félix est ici à l’entrée de la surface de réparation, sans aucune solution sur les côtés.

 

L’utilisation du ballon en phase offensive

Peu d’appels, des joueurs statiques, des combinaisons approximatives… Lors de leurs rares attaques placées, les portugais n’ont pas été au rendez-vous. Alors que plusieurs techniciens étaient alignés, la magie n’a jamais véritablement opéré pour déséquilibrer la défense suisse.  Les hommes de Fernando Santos se sont alors laissé aller à des centres forcés ou à des frappes lointaines sans convictions.

Sur cette action, un seul portugais sur six est en mouvement. Les autres sont arrêtés, ce qui oblige Bruno Fernandes à tirer de loin.

 

En contre-attaque, manque de justesse dans les transmissions et mauvais appels de balle se sont bien trop souvent mêlés pour pouvoir mettre la Suisse en porte-à-faux. Des imprécisions regrettables tant le Portugal aurait pu apporter le danger s’il avait été plus efficace sur ses balles de contre.

 

Le rôle de Joao Félix

La première sélection du prodige du football portugais était l’une des attractions de cette rencontre. Et s’il n’a pas brillé, en ratant notamment une belle occasion de but juste avant la mi-temps, Joao Félix n’a pas été mis dans les meilleures conditions. Alors que le numéro 79 de Benfica brille en Liga NOS par sa technique et sa vision du jeu avec le ballon dans les pieds, ses coéquipiers du soir ont essayé de le trouver dans la profondeur ou dans le jeu aérien. Joao Félix a ainsi bouclé son match avec seulement 19 ballons touchés en 70 minutes de jeu ; à titre de comparaison, Rui Patricio en a touché 31 sur l’ensemble de la rencontre.

Habitué à évoluer en retrait dans un schéma à deux attaquants de pointe en club, Joao Félix a été sevré de ballons hier soir. En effet, c’est souvent Ronaldo qui a joué ce rôle de relais entre le milieu de terrain et l’attaque portugaise.

 

Malgré l’obtention d’une place en finale, Fernando Santos devra assurément procéder à quelques ajustements tactiques avant le prochain match. A moins que le sélectionneur portugais ne compte sur un nouvel exploit de son capitaine…



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