Ça roule…

Les grandes rivalités de la F1

Lors du GP de Grande Bretagne, le duel entre Max Verstappen et Lewis Hamilton a atteint son paroxysme avec un accrochage et une fin de course qui divise deux camps qui semblent aujourd’hui irréconciliables. Mais ce n’est pas une première dans l’histoire de la F1. Plusieurs rivalités ont traversé la catégorie reine du sport automobile et ont su donner des moments de légende à ce sport. We Sport décide de revenir sur cinq grandes rivalités de la F1.

Niki Lauda / James Hunt (1976) – La première grande rivalité de la F1

Tout opposait ces deux pilotes. D’un côté, nous avions James Hunt, pilote Britannique fantasque et playboy invétéré. Contre lui se trouvait “l’ordinateur” Niki Lauda, un bourreau de travail et méticuleux. En 1976, ces deux pilotes s’affrontent pour le titre. Et si Lauda mène confortablement à la mi-saison (35 points d’avance sur Hunt), un évènement va bouleverser la lutte pour le titre. Lors du GP d’Allemagne, sur le dangereux tracé de la Nordschleife du Nürburgring, Lauda sort violement de la piste et se fait percuter par d’autres pilotes. Aussitôt son épave s’embrase avec le champion autrichien inconscient à l’intérieur. Il est sauvé in extremis par d’autres pilotes, mais son état est jugé critique.

Nikki Lauda et James Hunt en 1976 – Crédit image: redbull.com

Malgré tout, pendant sa convalescence qui ne durera que six semaines (il ne ratera que deux épreuves), Hunt lui reprend 21 points. Au GP d’Italie, Lauda fait un retour marqué et, malgré les stigmates encore frais de son accident, l’Autrichien terminera la course à la 4e place. Le duel entre les deux protagonistes se tiendra au pied du Mont Fuji, sous une pluie battante. Lauda, en tête du championnat (68 points contre 65 pour Hunt), décide après 2 tours de course de se retirer volontairement, laissant la voie vers la couronne mondiale libre pour James Hunt. Le Britannique terminera 3e et empochera les lauriers de cette saison 1976.

Ce duel sera retracé au cinéma dans le film Rush (2013), réalisé par Ron Howard.

Didier Pironi / Gilles Villeneuve (1982) – Une rivalité jusqu’à la mort

De toutes les rivalités exposées ici, c’est certainement la plus tragique d’entre elles. 1982 aurait dû être une grande année pour Ferrari. Elle possédait l’un des meilleurs châssis et certainement le meilleur moteur. Et l’écurie de Maranello avait donné ses deux bolides à l’un des duos les plus prometteurs et talentueux de leur génération : Gilles Villeneuve et Didier Pironi. Deux amis et deux casse-cou aussi, n’hésitant pas faire des paris complètement dangereux entre eux, comme faire la course entre leur hôtel et le tracé du Paul Ricard en voiture de location et finir dans un accident, sans gravité.

Au GP de Saint-Marin 1982, Renault et Ferrari sont seules au monde, la faute à une brouille entre les équipes et la FOCA. Mais très vite les voitures françaises renoncent en début de course ce qui laisse une voie royale pour un doublé de Ferrari sur ses terres. À quelques boucles de l’arrivée, les ingénieurs de la Scuderia montrent un panneau indiquant “Slow”. Si Villeneuve, en tête alors, comprend que les positions sont figées, Pironi comprend l’inverse. À deux tours du but il porte une attaque imparable sur le Canadien, prend la tête et remporte la course. Villeneuve est furieux et prend cet acte pour une trahison. Il n’adressera plus la parole à son équipier.

Pironi qui attaque Villeneuve au virage de Tosa – Crédit image : @CrystalRacing

Deux semaines plus tard, lors des qualifications du GP de Belgique à Zolder, Villeneuve réalise le meilleur temps. Mais quelques instants plus tard le Canadien se fait reprendre par Pironi. Piqué dans son orgueil, Villeneuve ressort des stands, couteau entre les dents. Il se rapproche de Jochen Mass, alors au ralenti. L’Allemand veut laisser passer le pilote Ferrari en se décalant par la droite, sauf qu’au même moment, Villeneuve décide lui aussi de le dépasser par la droite. La Ferrari heurte la March par l’arrière et décolle. Villeneuve est expulsé hors de sa voiture dans les airs, et meurt sur le coup.

1982 restera une année noire pour la F1. En plus de la perte de Gilles Villeneuve, le jeune Ricardo Paletti perdra la vie lors du GP du Canada, en percutant la Ferrari de Pironi qui avait calé au départ. Et quelques semaines plus tard, la carrière de Pironi en F1 s’achèvera brusquement. Durant les essais du GP d’Allemagne à Hockenheim, et alors que les conditions climatiques sont exécrables, le Français percuta l’arrière de la Renault de Prost et se brisa les deux jambes. Pironi échouera à la 2e place au général cette année-là. Nul ne doute que sans ces péripéties, il aurait été le premier Français champion du monde de F1.

Lewis Hamilton / Nico Rosberg (2014-2016) – D’amis à ennemis

Comment deux amis d’enfance peuvent avoir une rivalité aussi fracassante ? C’est la question que s’est posé le paddock de la F1 entre 2014 et 2016. Depuis leur années karting, Lewis Hamilton et Nico Rosberg se côtoient sur les circuits. Mais en cet année 2014, cette belle amitié a volé en éclat. Depuis le début de la saison les deux équipiers chez Mercedes sont seuls au monde. La W05 leur permet de se battre l’un contre l’autre, dans une dimension à part.

Après un premier duel magnifique dans la nuit de Sakhir, leur duel, amical et respectueux jusque-là, prend une tournure plus négative. Rosberg commet une erreur dans son dernier run de qualification, et provoque un drapeau jaune. Pour Hamilton, l’Allemand a fait exprès de faire une faute. C’est le début de la fin dans leur relation. De là vont s’ensuivre trois saisons avec une tension extrême dans le garage Mercedes, où tous les coups seront permis, ou presque. Et à ce petit jeu, Rosberg perd peu à peu le fil de ce duel psychologique. Plus fragile durant les moment faibles de l’Anglais, Rosberg laisse les titres 2014 et 2015 à Lewis Hamilton.

Mais au prix de sacrifices énormes, et d’un relâchement du pilote anglais, Rosberg revient au duel en 2016, plus déterminé que jamais. La pression est encore montée d’un cran, en témoignent les accrochages du GP d’Espagne et du GP d’Autriche cet année-là pour qu’au final, le titre se décide avec une course qui sent le souffre du début à la fin. Rosberg sera sacré champion. Et épuisé de cette guerre contre Lewis Hamilton, il se retirera sans défendre sa couronne.

L’accrochage entre Hamilton et Rosberg à Spielberg, au GP d’Autriche 2016 – Crédit image: formula1.com

Mika Häkkinen / Michael Schumacher (1998-2000)

De toutes les rivalités que Schumacher a connues, celle-ci est sans aucun doute la plus propre mais aussi la plus intense, avec des duels et des actions devenus cultes. Et cette rivalité commence bien avant la F1. En 1990, lors du très célèbre GP de Macao de F3, Häkkinen et Schumacher luttent pour la victoire et, dans l’avant-dernier tour, Häkkinen tente une manœuvre de dépassement. Schumacher la contre en se déportant sur la trajectoire de Häkkinen. Surpris le Finlandais ne peut éviter l’Allemand et harponne l’arrière de la monoplace. Häkkinen finit sa course dans le rail, pendant que Schumacher termine la course, sans aileron arrière.

À parti de 1990, ils se rejoignent en F1. Mais il a fallu attendre 1998 pour que leur duel vienne dans la catégorie reine. Häkkinen, chez McLaren, est dans une année où il peut mettre son talent réellement en avant. Il enchaine les succès, lui qui n’avait gagné qu’une course jusque là (le GP d’Europe à Jerez en 1997). En face de lui, Schumacher essaie de ramener Ferrari sur le devant de la scène. En 1998, les deux pilotes tiennent une allure infernale, personne ne peut les atteindre. Alors on a à faire à des duels somptueux, mais avec une certaine distance (Angleterre, Autriche, Italie Luxembourg, Japon). Et la supériorité de la McLaren permet à Häkkinen d’être sacré champion du monde.

Si le duel se poursuit de la même manière en 1999, il est rapidement interrompu en raison de la blessure de Schumacher à Silverstone. Mais il reprend de plus belle en 2000. Cette fois-ci, la McLaren et la Ferrari se valent sur l’ensemble de la saison. Mais les duels sont plus âpres. En témoigne la passe d’armes entre Schumacher et Coulthard, équipier d’Häkkinen, à Magny-Cours. Le duel entre les deux champions atteindra son paroxysme à Spa, pour le GP de Belgique. En délicatesse avec ses gommes, Schumacher voit revenir le Finlandais comme un boulet de canon derrière lui. Mais il va user de tout son vice pour le garder derrière. Il faudra alors un poil de malice et une aide extérieure à Häkkinen pour réaliser l’un des plus beaux dépassements de l’histoire de la F1.

Au final Schumacher gagnera son 3e titre de champion, avant d’en collectionner quatre autres derrière.

Alain Prost / Ayrton Senna (1988-1993)

De loin, le plus grand duel, mais aussi le plus féroce de tous. En 1988, nous sommes à la fin de la première ère des turbos. McLaren et Honda s’associent cet année là et créent ensemble la voiture la plus dominante sur une saison. Et pour la piloter, McLaren a à sa disposition deux des meilleurs pilotes du plateau. D’un coté, Alain Prost, double champion avec McLaren (1985 et 1986), et de l’autre Ayrton Senna, transfuge de chez Lotus. Si globalement en 1988 tout semble calme et serein (malgré un tassage contre le mur de Senna sur Prost, à Estoril en fin de saison), la saison 1989 va prendre une tout autre tournure.

En effet Prost sent que l’on souhaite favoriser le Brésilien, notamment du coté de chez Honda. Et le Français n’apprécie guère ce traitement de faveur. De plus, la MP4/5 semble tout aussi dominante que sa devancière. Un gentleman agreement est donc mis en place entre les deux pilotes. Celui qui sort du premier virage en tête a course gagnée. Sauf qu’au GP de San Marin, cet accord va voler en éclat. Senna porte une attaque sur Prost au 6e tour, et remporte la course. À la fin de celle-ci, Prost, furieux, crie au scandale. Senna lui fait remarquer que c’est lui qui a violé l’accord en premier. Personne ne réconciliera les deux hommes, la guerre est déclarée.

Une guerre qui se poursuivra toute la saison jusqu’au GP du Japon à Suzuka où Senna doit l’emporter pour garder un espoir de sacre. Mais “Magic” rate son envol et laisse Prost en tête. Très vite Senna refait son retard et tente une attaque kamikaze sur le Français au 47e tour. Les deux pilotes s’accrochent, Prost abandonne et Senna repart. Mais le Brésilien sera disqualifié de cette course et perdra tout espoir de sacre cette saison-là.

L’accrochage entre Senna et Prost à Suzuka en 1989 – Crédit image : statsf1.com

Leur duel reprend en 1990, sauf que Prost est parti chez Ferrari. S’il est aussi intense, le dénouement n’en est que plus violent. Une nouvelle fois à Suzuka, Senna, en pole, manque son envol et laisse Prost mener jusqu’au premier virage. Sauf qu’il décide de lui rentrer dedans et d’envoyer les deux voitures au tapis. Acte délibéré ou non, Senna n’aura jamais donné de réponse à cela. Quoiqu’il en soit, “Magic” remporte son deuxième titre. Si en 1991 et 1992, le duel n’est pas présent, c’est pour mieux reprendre en 1993. De manière toute aussi agressive, mais avec un dénouement qui clôt cette rivalité : Senna invite son rival de toujours à partager le podium avec lui.

Ces rivalités ont marqué l’histoire de la F1, par leur beauté pour certaines, leur violence et agressivité pour d’autres. Mais elles ont permis à ce sport de rentrer dans l’univers collectif de tous.

Crédit image une : Eurosport.fr

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