Les prolongations: une contrainte plus qu’une opportunité!

Cette idée me traversait l’esprit depuis plusieurs semaines et même depuis plusieurs mois, celle de parler des prolongations. En effet, les prolongations riment souvent avec ennuie. Si quelques exemples vont venir déroger la règle, il est rare ces dernières années de voir un match avec des prolongations complètement folles en rebondissements. C’est pourquoi je voulais écrire sur ce sujet. Car pour ma part (et je pense pas être le seul à partager cette avis) je trouve que les prolongations desservent plus le football et ses acteurs qu’elles le servent.

Un désintérêt des acteurs du jeu

Depuis 2004, la FIFA a réinstauré les prolongations dans ses compétitions internationales. Le principe des prolongations est simple: dans une confrontation à élimination directe, si les deux équipes se quittent sur un score de parité au terme des 90 minutes (ou 180 si c’est une confrontation aller-retour), des prolongations se mettent en place. Deux mi-temps de quinze minutes supplémentaires. Si malgré tout aucune des deux équipes remporte le match malgré les prolongations, alors une séance de tirs au but a lieu.
Ce format désormais traditionnel est utilisé dans la grande majeure partie des compétitions nationales et internationales: la Coupe du Monde, l’Euro, la Copa America, la Champions League (confrontation ici aller-retour) et la majorité des coupes nationales même si il y a des exceptions qui seront évoquées par la suite.

Mais ce qui devrait être une opportunité pour les équipes ressemble beaucoup plus en vérité à une contrainte. Car avant les prolongations, il y a tout naturellement un match de quatre vingts dix minutes, qui plus est d’une rencontre à élimination directe avec forcément beaucoup plus d’intensité et de tension.
Et lorsque arrivent ces fameuses prolongations, le désintérêt des acteurs du jeu est total, la fatigue en est souvent la principale cause mais aussi la crainte. Si des exceptions viennent confirmer la règle comme Eder face à la France en 2016 ou Iniesta en 2010, très peu de matchs ont vu leur sort se jouer en prolongations. Par ailleurs une statistique le démontre parfaitement: depuis 1983 treize finales de Champions League se sont terminées en prolongations et onze d’entre elles ont entraîné une séance de tirs au but.

Effectivement, lors de ces fameuses trente minutes, les équipes ne se livrent pas, se contentant d’être dans la gestion. Pour nous spectateurs, cela rime avec ennuie. Les deux formations se font face, ne se livrent pas et attendent patiemment la séance de tirs au but.
Alors la très grande majeure partie du temps, un round d’observation a lieu durant trente minutes. Malgré l’instauration de la possibilité de faire un quatrième changement lors de ces prolongations, cela n’a pas vraiment changé la donne.

Cet été, la Croatie a (hormis la finale) vécu trois prolongations sur ses trois matchs à élimination directe. Deux ont terminé sur une séance de penaltys (face au Danemark 3-2 puis face à la Russie 4-3) et la demi-finale s’est elle jouée lors des prolongations face à l’Angleterre avec ce but de Mandzukic à la 109è minute (2-1). L’idée n’est pas de défendre cette sélection croate car oui la bande à Modric n’avait qu’à se qualifier au terme du temps réglementaire mais il est cependant possible d’en faire un constat: avant cette finale face à la France (4-2), la Croatie avec ces trois prolongations avaient dans les jambes un match en plus.
La réflexion sur les prolongations méritent d’être posée.

Mais que mettre à la place?

Évoquées précédemment, les prolongations sont presque devenues parasites avec un désintérêt des équipes et des spectateurs. Mais maintenant, la question est de savoir que mettre en place pour remplacer ce système, quelles sont les solutions?

Première solution, c’est l’introduction directe de la séance de tirs au but après le temps réglementaire. Un système qui est par ailleurs déjà mis en place dans quelques compétitions nationales comme la Coupe de la Ligue en France et la Carabao Cup en Angleterre. Ce système permet de minimiser la fatigue des joueurs qui sont par la suite beaucoup plus lucides lors de la séance de tirs au but. Ainsi, les acteurs sur le terrain sont moins empruntés lors des penaltys, permettant ainsi de voir la maîtrise ou non des joueurs dans cet exercice.

Une autre solution est envisageable: la ré instauration du but en or.
Beaucoup se rappellent du but de Trezeguet face à l’Italie lors de l’Euro 2000 qui avait permis à la France d’accrocher son deuxième Euro de son histoire. Le but en or amènerait de la fantaisie, une tension encore plus importante qui ferait le bonheur des spectateurs et de nombreux amoureux du football.
Cependant, il est fort probable que les équipes soient toujours dans la crainte, celle de trop se livrer par peur de prendre ce fameux but synonyme d’élimination. De même que forcément, cela va en contradiction avec la condition physique des joueurs, car un but en or est forcément de synonyme de prolongations, donc d’un temps de jeu supplémentaire.
Si l’ancien président de la FIFA Sepp Blatter avait évoqué cette hypothèse peu après le Mondial 2010 jugeant les prolongations justement «sans grands intérêts», et qu’il fallait «trouver des solutions pour décanter le jeu dans ce type de tournois, pour que les équipes jouent pour gagner», la remise en place du fameux but en or est à l’heure actuelle un projet abandonné par les grandes instances du football mondial.

D’autres hypothèses existent comme celle notamment vis à vis du fair-play. En effet, cette idée a été plusieurs fois évoqué au sein des instances du football mondial qui consisterait qu’à la fin d’une confrontation directe où les deux formations seraient à égalité parfaite, la règle du nombre de cartons s’appliquerait. L’équipe ayant été le moins sanctionné gagnerait le match. Une règle pas forcément au goût de tout le monde.

Enfin la dernière est très certainement la plus originale mais loin d’être la plus absurde, celle de faire la séance de tirs au but avant les prolongations.
Une idée que défend notamment Pierre Rondeau, professeur à la Sport Management School à Paris qu’il explique de manière plus claire dans un entretien avec le journal SudOuest (lien en fin d’article): «il Il y a match nul au terme des 90 minutes. On joue la séance de tirs au but comme aujourd’hui: l’équipe qui la remporte bénéficie d’un avantage (un point). Puis on dispute la prolongation. Comme l’une des deux équipes aura un malus en ayant perdu les tirs au but, elle sera dans l’obligation de gagner la prolongation et donc d’attaquer. Et si elle marque, l’autre équipe devra tout faire pour égaliser. Bref, de l’attaque-défense en permanence. En cas de score de parité après les deux périodes de 15 minutes, l’équipe qui avait gagné aux tirs au but remporte le match».

Malgré ces nombreuses propositions, si le système traditionnel des prolongations venait à être modifié, l’hypothèse d’une séance de tirs au but directe semble celle la plus cohérente et la plus réalisable à l’heure actuelle.

 

 

Lien de l’entretien avec le journal SudOuest.fr de Pierre Rondeau: https://www.sudouest.fr/2017/01/11/football-les-tirs-au-but-doivent-ils-etre-tires-avant-la-prolongation-3095731-766.php

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