N’ayons pas peur des mots ! Cela fait presque quinze ans que les bleus du hand chez les hommes dominent la discipline au plan mondial et laissent dans les esprits un tel sentiment de souveraineté, de constance et de longévité que l’on est en droit de se demander non sans appréhension où ils vont  s’arrêter. Retour ici sur une épopée dont le point d’orgue s’est amoncelé à Pékin en 2008 aux JO et depuis, n’a cessé de culminer se permettant même d’engloutir dans sa soif de titres plusieurs sacres à la coupe du monde.

Les JO de Pékin : le début de la marche royale,

Aiguillonnée par deux déconvenues monumentales à Athènes en 2004 aux Jeux Olympiques d’Eté où les bleus finissent 5e puis en Allemagne aux mondiaux de 2007 où ils échouèrent au pied du podium (4e) et soucieuse de laisser son nom dans les livres de l’histoire, cette génération dorée des tricolores qui avait notamment dans ses rangs entre autres Didier Dinart, Jerôme Fernandez, Nikola Karabatic, Daniel Narcisse, Thierry Omeyer a foulé le sol chinois avec un grand esprit de revanche et le sentiment de la dernière chance.

“Notre génération avait vécu 2000, 2004. Athènes avait été un grand moment de détresse (5e), comme la demi-finale du Mondial 2007 perdue contre les Allemands (4e place). Ces deux moments de tristesse ont construit nos victoires futures. En 2008, on arrive à Pékin en se disant que ce sont peut-être nos derniers Jeux, puisqu'on a tous passé la trentaine. On veut prendre le titre qui manque alors à notre sport, à notre génération. On sait qu'on a moyen de bien finir pour cette dernière aventure olympique. La ‘prépa' a été beaucoup plus pointue, on s'est entraînés comme des robots pour prendre ce titre et ensuite passer la main. On a réussi à le faire, à faire le triplé avec les Europe (2010) et les Mondiaux (2009). C'était magnifique.” Déclarait Jérôme Fernandez, meilleur marqueur de l’histoire de l’équipe de France de handball. En battant les surprenants islandais en finale sur le score de 28 à 23, les experts, ont remporté la première médaille d’or de l’histoire du handball français. Le début de l’odyssée.

 

 

Londres,  les bleus plus haut que jamais,

“Après Pékin, on a remporté les compétitions une à une (Mondial 2009 et 2011, Euro 2010), et on s'est finalement retrouvés à Londres en favoris, alors qu'on pensait passer la main. Londres, c'est l'apogée. Le conte de fée était déjà magnifique, mais ce deuxième titre consécutif, c'est le bout du rêve. On savait qu'on rentrait dans l'histoire. D'autant que notre génération était vraiment sur la fin cette fois-ci. D'ailleurs, on était critiqués par la presse avant les Jeux, qui disait qu'on était sur le déclin, trop vieux pour aller chercher une médaille. Ça nous a piqués. On voulait prouver qu'on n'était pas finis et aller chercher un deuxième titre olympique historique. La ‘prépa' avait été plus dure parce qu'on avait pris de l'âge, on a dû batailler ensuite en quart contre l'Espagne, et en demie contre la Croatie. La finale contre la Suède a presque été le match le plus facile. Mais avec ce deuxième titre olympique, on était vraiment devenus les Experts.” argue le même Fernandez quand il raconte au micro de FranceInfo le film de cette idylle incommensurable et éminemment poétique entre l’équipe de France, les Jeux Olympiques et les mondiaux de handball. Une discipline sur laquelle le diktat français semble bien parti pour durer des lunes entières encore tant les générations passent mais se valent toujours autant. Pour rappel, pour ces jeux de Londres et cette finale du 12 juillet, c’est sur le score de 22 contre 21 que la France s’impose  de justesse devant la Suède.

Rio, la surprise du chef quoique…

Personnage illustre du handball français, acteur de premier ordre puis témoin privilégié des exploits des experts, Jérôme Fernandez raconte toujours : “Avant d'aller à Rio, on sait que ça va être plus compliqué. L'équipe de France est dans une phase d'intégration d'une nouvelle génération, celle des Mahé, Gérard, Porte, Luka Karabatic… On se dit qu'il va falloir transmettre la culture de la gagne des anciens. Mais bon, en 2014, 2015 on va chercher les titres européens et mondiaux. L'équipe arrive à Rio avec un maximum de garanties et les garçons ont commencé à rêver. Sauf qu'en finale, on tombe sur des danois qui ont bien intégré la nouvelle règle du 7 contre 6, et on tombe. Il fallait que ça arrive un jour. C'est la première finale perdue par la France depuis 1993, on restait sur neuf sacres consécutifs… On a tellement eu l'habitude de gagner les finales qu'on était déçus, mais cette médaille d'argent est magnifique. C'était dur pour ceux qui l'ont vécu, et ils se sont promis de récupérer leur bien à Tokyo.” Pour les férus de chiffres, le Danemark défait pour les JO de 2016 la France, double tenante du titre sur le score de 28 à 26.

 

Tokyo, la revanche tant attendue,

“Trois finales d'affilée, c'était déjà une réussite exceptionnelle. On savait qu'on allait entamer un gros changement de génération après Rio, avec les jeunes champions du monde et d'Europe juniors. Mais honnêtement, on visait plutôt le titre olympique à Paris en 2024. Le report d'un an des Jeux nous a aidés pour intégrer des jeunes, comme Hugo Descat. L'équipe est arrivée ici sans complexe, en confiance et n'a pas volé son titre puisqu'elle a explosé les doubles champions d'Europe espagnols puis l'Egypte, valeur montante, pour arriver en finale. Cinq ans après la défaite contre le Danemark, c'était l'heure de la revanche. Les jeunes de 2016 sont les cadres de 2021, avec de nouvelles pépites intégrées aujourd'hui. Faire quatre finales d'affilée, c'est fantastique. C'est mieux que les Suédois. Mais ceux qui ont connu Rio, ils ne se contentent pas de l'argent, surtout pour ceux qui ne connaîtront pas Paris. Pour les jeunes, c'est la première participation aux JO. Ils arriveront à Paris en favoris.” Face aux danois qui les avait privés de l’or olympique quatre ans plus tôt et brisé une chaîne interminable de victoires, les experts reprennent la main ce 7 août 2021 battant leurs adversaires du soir sur la marque de 25 à 23.

Quid de l’avenir ?

“Cette réussite, c'est le fruit du travail de chacun. La fédération a mis les bonnes choses en place, a été innovante pour les pôles sport-études. Daniel Constantini a montré au handball français qu'il pouvait rivaliser avec les meilleurs. Ce roman olympique a commencé dès 1992 en fait, avec les Bronzés de Barcelone, puis s'est poursuivi à Atlanta en 1996 (4e). Depuis, les cycles s'enchainent’’ continuera Fernandez pour qui ‘’le handball français a trouvé l'équilibre depuis 2008 entre renouvellement et continuité’’. ‘’Là, sérieusement, on a un groupe qui peut aller jusqu'aux Jeux de Brisbane en 2032. Les jeunes arrivent à maturité peu à peu, derrière, le réservoir est plus que rempli de talents. L'équipe de France est, dès aujourd'hui, favorite pour les Jeux de Paris.” poursuit-il. Les regards sont donc désormais tournés vers Paris 2024, à la maison avec l’aspiration indubitable d’un triomphe chez soi, devant toute la France du sport de quoi ajouter un autre chapitre glorieux à une épopée d’exception. Le symbole n’en sera que décuplé et magnifié.

Sur les quinze dernières années, la France, ce n’est pas moins de quatre médailles olympiques en handball dont une seule en argent, sept aux mondiaux et plusieurs fois également couronnée aux championnats d’Europe de la discipline. Un cycle fort impressionnant et d’un gigantisme absolu en terme de constance et de maintien au haut niveau que même les livres les plus précieux de l’histoire vont certainement révérer.