Convoqué pour la première fois en Bleus chez les A par Didier Deschamps jeudi dernier, Marcus Thuram suit les pas de son père Lilian, champion du monde 1998 et joueur le plus capé de l'histoire des Bleus (142 sélections). Mais avant d'en arriver là, le chemin sera long. En attendant, de l'Italie à l'équipe de France en passant par Guingamp, retour sur le parcours du fiston.

Naissance italienne 

S'il s'apprête à revêtir le maillot tricolore, c'est pourtant en Italie que nait Marcus à l'été 1997. À Parme plus précisément, la faute au paternel alors défenseur parmesan. Cependant, le gamin sera formé en France malgré une première licence au… FC Barcelone, en 2006 (Lilian y restera jusqu'à la fin de sa carrière, en 2008). Il passera d'abord à l'Olympique de Neuilly, dans les Hauts-de-Seine en 2007, puis chez le voisin, l'AC Boulogne-Billancourt, en 2010. Deux plus tard, il rentre au centre de formation du FC Sochaux-Montbéliard. Là-bas, le déjà longiligne Marcus (il mesure aujourd'hui 1,92m pour 79kg) se fixe à un poste: ailier, gauche de préférence, après avoir été déplacé jusque-là aux quatre coins du terrain à l'ACBB. Il joue son premier match en professionnel chez le club du Doubs, alors en Ligue 2, en mars 2015. L'été suivant, l'attaquant signera son premier contrat professionnel sous les couleurs jaunes et blanches pour une durée de 3 ans, quelques semaine après la victoire en Gambardella (2-1 face à l'Olympique Lyonnais).

La première année est poussive, le grand frère de Khéphren (milieu de terrain de l'OGC Nice) joue 19 matchs dont 15 en championnat, malgré des statistiques laconiques: aucun but marqué, pas même une passe décisive. La seconde, guère mieux, avec 21 matchs au compteur pour seulement un but et une passe décisive. Jugeant la progression de son fils ralentir, son père négocie son transfert à Guingamp, à l'été 2017, comme le souligne Bertrand Desplat, alors président de l'En Avant: « On voulait absolument le faire venir à Guingamp parce qu’on considérait qu’il avait un gros potentiel. Dans le cadre des négociations, j’étais régulièrement en contact avec Lilian. Il a eu un rôle très actif pour le sortir de Sochaux. ». Moyennant 600 000€ d'indemnités, le voilà Guingampais pour 3 ans. La première saison dans l'élite est correcte pour le fils du héros de France-Croatie en demi-finale du mondial 98. Il prend part à 32 matchs de championnat, pour 3 buts inscrits et une passe décisive.

Révélation puis grand départ

Le cocon costarmoricain réussit au joueur, qui avait jusque-là du mal à répondre aux espoirs placés en lui en Franche-Comté. Mais si les progrès de l'attaquant au style atypique, grand mais technique, rapide, puissant, et aux dribbles un brin chaloupés sont salués par le staff guingampais, personne ne pouvait prévoir l'ascension express du jeune homme pour sa seconde saison en Ligue 1. 38 matchs toutes compétitions confondues pour 13 buts (et une passe décisive), dont 9 en 32 matchs de championnat. Mais surtout, un rôle de leader technique et offensif à 21 ans seulement. Détonateur du jeu guingampais sur son aile gauche, il ne parvient cependant pas à maintenir les Rouges et Noirs dans l'élite. Il sera tout de même un artisan majeur de son équipe dans le parcours en coupe de la Ligue, perdue face à Strasbourg. Bien-sûr, impensable de voir le nouveau poulain du sulfureux agent italien Mino Raiola [1]  continuer à Guingamp, dans une Ligue 2 trop petite pour lui, et alors que les finances du club ne sont pas au mieux.

Alors que l'Olympique de Marseille se positionne, le père du joueur se mue une nouvelle fois en conseiller avisé et suggère à son fils d'écouter une proposition venant d'Outre-Rhin, celle du Borussia Mönchengladbach. « Quand il a voulu quitter le club, l’OM lui offrait des conditions légèrement meilleures que celles proposées par Mönchengladbach, mais Lilian a pensé – et on l’a rejoint derrière car il avait extrêmement bien argumenté la chose – que le projet allemand était plus intéressant pour son fils, que Mönchengladbach et la Bundesliga étaient une formidable passerelle vers le très haut niveau. La suite lui a donné raison. » déclare une nouvelle fois Bertrand Desplat au site 20 Minutes, au sujet de l'influence de Lilian sur la carrière de Marcus. Le 5e du dernier championnat allemand débourse environ 12 millions d'euros pour s'attacher ses services jusqu'en 2023, un très bon investissement au regard de sa première saison, avec des statistiques encore en hausse : 10 buts et 8 offrandes en 31 matchs de championnat, aidant sa nouvelle équipe à terminer 4e de Bundesliga, synonyme de Ligue des Champions. Des débuts tonitruants pour l'ancien Guingampais dans la plus belles des compétitions européennes, auteur d'un doublé face au Real Madrid et actuellement 1er d'un groupe composé de l'Inter Milan, du Chakhtar Donetsk et des Merengues donc, récompensés par cette première convocation en sélection A, sous les ordres de Didier Deschamps, ancien coéquipier d'un certain Lilian…

 

Après avoir connu toutes les sélections de jeunes, des moins de 17 ans aux Espoirs,  Marcus Thuram s'apprête à vivre sa première sélection chez les grands ce soir face à la Finlande. La tendance est même à une titularisation dans le 4-4-2 que Deschamps devrait aligner. Vainqueur de l'Euro U19 en 2016 en compagnie, entre autres, de Kylian Mbappé, le fils de Lilian se verrait bien ajouter un autre Euro à son palmarès l'été prochain. 

[1] Depuis 2018.

Crédits photo: Eurosport