Athlétisme

Meseret Defar : esthète inoxydable des courses de fond

Connue pour être la terre nourricière, l’un des bastions les plus intarissables des meilleurs spécialistes de courses de fond au monde, l’Ethiopie a vu son nom davantage rehaussé au panthéon de l’athlétisme international grâce à des noms comme Meseret Defar. Retour ici sur les hauts faits d’arme de celle qui a fait du 3000m et du 5000 m dames des distances quasi-banales.

Au commencement…

Defar a commencé sa carrière de course à pied à l'école primaire et a remporté plusieurs compétitions d'écoles primaires et secondaires dans son pays d'origine, l' Éthiopie . Aux championnats du monde juniors en Pologne en 1999, sa première compétition internationale, Meseret remporte la deuxième place aux 3000 mètres. L'année suivante, elle glanera deux autres médailles d'argent, toutes deux sur les 5.000 mètres, aux championnats d'Afrique à Alger et aux championnats du monde juniors à Santiago. En 2002, à l’éditon suivante des mêmes championnats du monde juniors, elle met le curseur à un niveau plus élevé puisqu’elle ne se contentera plus de l’argent. En s’imposant sur les deux distances qu’elle a tant apprivoisées au cours des dernières années à savoir le 3000 et le 5000m, elle se pare enfin de l’or et devient la première femme faire le doublé sur ces distances devenues pour elle des distances de prédilection.

La mutation vers les seniors et la véritable conquête du monde,

C’est en 2003 que Defar commence à concourir au niveau senior avec comme première laurier, l’or sur 5 000 mètres aux Jeux panafricains et afro-asiatiques. L’année 2004 quant à elle débute avec une première place au 3 000 m aux championnats du monde en salle mais cela ne suffira pas pour Defar à d’emblée obtenir sa place pour faire de la délégation éthiopienne aux JO de cette année. Désignée à l'origine comme suppléante, elle a été confirmée à la mi-août comme membre de l'équipe. Et pourtant à Athènes quelques jours plus tard, elle s’adjuge la médaille d'or au 5.000 m. L'année suivante, aux championnats du monde à Helsinki , Defar doit se contenter de la deuxième place dans une course de 5 000 mètres marquée par une hégémonie historique des athlètes éthiopiennes sur les quatre premières places de l’épreuve. Puis, vient mars 2006 où Defar s’illustre encore en or avec une victoire éclatante sur les 3.000 mètres aux championnats du monde en salle. Au mois de juin de la même année, elle établit son premier record du monde sur 5.000 mètres en 14 min 24,53 s mais ce n’est qu’une année plus tard qu’elle parvint enfin à conquérir le record du monde du 3000 mètres (son terrain de chasse favori depuis tant d’années); record qui lui avait échappé auparavant : en février. À cette occasion, elle relèguera le précédent record de plus de quatre secondes. Décidément, l’année 2007 sera pour Meseret Defar celle de tous les records. En mai, elle s’arroge celui du 2 milles en extérieur (9 min 10,47 sec), et lors de la rencontre de la Golden League d'Oslo en juin, elle remporte le 5 000 m et liquéfie au passage son propre record du monde de 2006 de près de huit secondes (14 min 16,63 seconde). En septembre, elle finit première du 5 000 m en extérieur aux championnats du monde d' Osaka , et peu de temps après, elle coche une nouvelle case au titre des record mondiaux notamment sur 2 milles en extérieur (8 min 58,58 s). Aux championnats du monde en salle de 2008 en mars, Defar s’habille à nouveau en or aux 3 000 mètres quand sa performance aux 5 000 mètres aux Jeux olympiques de Pékin cette année-là lui vaudra une médaille de bronze. Au cours de la saison 2009, Defar egrenne une autre série de victoires et met un point d’honneur à établir deux records du monde : le record du 5 000 m en salle (14 min 24,37 s) et le record du 2 milles en salle, dans lequel elle a amélioré ses propres standards (9 min 6,26 s). Pendant ce temps, aux championnats du monde de 2009 à Berlin, elle se classe troisième aux 5 000 mètres.

Quid de la décennie suivante?

Celle-ci commence par une victoire en plus aux championnats du monde en salle en 2010 où Defar remporte le 3000 m. Elle se classa par la suite troisième au 5 000 m aux championnats du monde de 2011 et deuxième au 3 000 m aux mondiaux en salle de 2012. Mais comme toute année olympique, le principal challenge de cette année, c’était les Jeux Olympiques de Londres. Pourtant outsider avant le début de la compétition, elle réussit tout de même à devancer sa compatriote et championne olympique en titre Tirunesh Dibaba dans le dernier tour du 5000 m pour remporter la médaille d'or. Impressionnant. Sur la même distance, elle triomphe une année plus tard aux championnats du monde de 2013. Trois ans plus tard pour la cuvée sud-américaine des olympiades et ceci en raison d'une blessure au genou, Defar déclare forfait aux Jeux de 2016 à Rio de Janeiro. La suite, ce sera à ce jour une dévotion exclusive au marathon.

Sa rivalité éternelle et sempiternelle avec Dibaba,

Le premier véritable théâtre de la plus que connue rivalité Defar-Dibaba prend ses aises à Athènes en 2004. Lorsque Defar finit en or tandisque Dibaba doit se contenter du bronze, c’est l’amertume pour cette dernière et elle ne s’en cachera pas. En 2005, aux Championnats du monde d'Helsinki, le duel continue de plus belle mais cette fois-ci, c’est Tirunesh qui joue les premiers rôles en s'imposant sur 5 000 mètres, devant Defar et deux autres Éthiopiennes mais également sur 10 000 mètres. Soit. Là encore, le paroxysme de l’adversité était encore loin d’être atteint. En effet, en 2006 à Bruxelles, la rivalité entre les deux jeunes femmes s'exacerbe. Tirunesh Dibaba refuse à Meseret Defar une aide qui aurait pu permettre à cette dernière d'améliorer le record du monde sur 5 000 mètres de quoi nourrir les débats, impulser davantage l’attraction autour d’elles. Pendant que le public se réjouit des bisbilles entre les deux championnes, leur coach commun, l’américain des Mark Wetmore fait grise mine. Dès lors, aucun organisateur de meeting ne parviendra jusqu’au terme de l’année à les réunir dans la même course. En 2007, aux Championnats du monde d'Ōsaka, Meseret Defar dispute le 5 000 m qu'elle remporte, et Tirunesh Dibaba le 10 000 m. Cette dernière s'impose elle aussi mais plus difficilement. Pour la première fois, elle a semblé être marquée par l'effort parce qu’elle a dû combler un retard de 20 mètres lié à une bousculade et surmonter des crampes d'estomac pour remporter la course. En 2013, pour les Championnats du monde de Moscou, la Fédération éthiopienne décide d’éviter un affrontement direct entre les deux compatriotes. La première ne dispute donc que le 10 000 mètres qu’elle remporte de belle manière. Et quelques jours plus tard, Meseret Defar gagnera le 5 000 m. Même si à certaines occasions, cette inimitié sur les pistes a semblé être indigeste à maints égards, elle aura été dans le même temps un constant boost, une façon latente et patente pour les deux championnes de ne jamais dormir sur leurs lauriers afin de rester au sommet le plus longtemps possible.

L’Afrique sportive peut être fière d’avoir compté Meseret Defar dans ses rangs comme l’un de ces porte-étendards. Aujourd’hui âgée de 38 ans, elle reste l’une des athlètes les plus immenses que le continent a connues.


Dernières publications

En haut