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MLB : Clayton Kershaw et l’ombre du perfect game

Clayton Kershaw

Parfait jusque dans le septième inning, Clayton Kershaw a été sorti par son manager, alors qu’il ne lui restait que six batteurs à retirer pour réaliser un perfect game. Décision acceptée par le joueur, mais qui soulève l’éternel débat entre performance individuelle et performance collective.

La nuit dernière, Clayton Kershaw a lancé sa saison de la meilleure des manières. Pour son premier start de 2022, le triple Cy Young et MVP de la National League en 2014 a été intraitable face à Minnesota. Dans un Target Field acquis à la cause des Twins, Kershaw a offert un véritable récital, en sortant les vingt-et-un batteurs qui lui ont fait face. Treize d’entre eux sont même sortis de ce face-à-face en étant strikeout par le Texan. Une performance XXL finalement stoppée par Dave Roberts, qui a préféré envoyer Alex Vesia puis Justin Bruihl sur le monticule pour sécuriser la victoire. Le choix de la sécurité, au détriment du spectacle.

Privé d’histoire…

En rappelant Clayton Kershaw alors qu’il se dirigeait vers un perfect game, le manager des Dodgers l’a, potentiellement, privé d’une performance historique. En effet, en l’empêchant d’aller au bout de la rencontre alors qu’il n’avait permis à aucun des batteurs d’aller sur base, définition même dudit perfect game, Roberts a fermé les portes d’un cercle très fermé à son picther. Dans l’histoire de la MLB, ils ne sont que vingt-trois joueurs à avoir réalisé une telle performance, parmi lesquels de nombreuses légendes comme Cy Young, Sandy Koufax ou, plus récemment, Roy Halladay.

Cette performance, qui n’a plus été réalisée depuis Philip Humber (Chicago White Sox), Matt Cain (San Francisco Giants) et Félix Hernández (Seattle Mariners) en 2012, aurait renforcé un peu plus la légende de Clayton Kershaw. Déjà entré dans l’histoire, notamment pour sa saison 2014 extraordinaire, et avec une place à Cooperstown qui lui semble déjà réservé, il aurait pu devenir le deuxième Dodger à réaliser une telle performance, après le perfect game de Koufax 1965. Parallèlement à cela, il aurait pu s’offrir un second no-hitter, après celui qu’il a réalisé en 2014 contre les Rockies du Colorado. Mais il en fut autrement, ce que le joueur a tout de suite accepté et pris de manière philosophique : « Au final, ce ne sont que des choses individuelles, ce sont des objectifs égoïstes […] Bien sûr, j’aurais adoré réaliser une telle performance, mais peut-être que j’aurai une autre chance de le faire, qui sait ? ».

mais un choix logique

Et si Clayton Kershaw a réagi de cette manière, c’est aussi parce que, comme il l’a dit lui même à la fin de la rencontre, son manager a sûrement pris « la meilleure décision ». Gêné par une blessure à l’avant-bras gauche la saison dernière et soigné en octobre dernier avec une injection de plasma riche en plaquettes, le pitcher savait qu’il était plus raisonnable qu’il ne prenne aucun risque en ce début de saison. « Il est plutôt compréhensif et comprend où il en était, comment il se sentait, ce qui rentrait en ligne de compte, à savoir la victoire, son no-hitter, le risque potentiel pour sa santé ; tout cela était à considérer » confiait Dave Roberts. « Il n’y a pas de bon choix, sûr à 100 %, mais, dans ce cas précis, j’ai l’impression qu’il était assez clair que c’était la décision à prendre ».

À tout cela, il faut également ajouter le contexte dans lequel cette saison a été préparée. Longtemps incertain à cause du lockout, l’exercice 2022 a vu sa préparation tronquée, à l’image du Spring Training qui fut grandement écourté. « Mettez la responsabilité sur le lockout, mettez la responsabilité sur moi, qui n’ai pas touché une balle de baseball avant le mois de janvier » surenchérissait Kershaw, comme pour défendre son manager sur la décision difficile qu’il a dû prendre. « Ma slider était horrible lors des deux derniers innings ; elle n’avait plus le même impact. Il était temps de laisser ma place ».

Néanmoins, il reste pertinent de s’interroger sur ladite décision de Dave Roberts, et de ses précédents face à des situations similaires. Dans le dugout des Dodgers depuis 2016, le natif de Naha au Japon avait déjà joué la sécurité lors de sa première saison en tant que manager de Los Angeles. Lors des débuts de Ross Stripling en avril 2016, il l’avait sorti dans la huitième manche alors qu’il se dirigeait vers un no-hitter. Cinq mois plus tard, il s’était montré tout aussi conservateur avec Rich Hill, sorti, comme Clayton Kershaw, après sept manches parfaites. Dans une moindre mesure, il avait aussi, en 2018, rappelé Walker Buehler lors de son troisième start en carrière après cinq manches sans concéder le moindre hit.

Prioriser l’équipe à la performance, voilà le credo que semble respecter Dave Roberts dans ce genre de situations. Hier, dans le Minnesota, ses Dodgers menaient 3-0 à l’issue de la septième manche, et même 6-0 lorsque Clayton Kershaw aurait pu revenir sur le monticule. Le résultat final, la victoire, semblait assurée, et Roberts n’aurait rien risqué en laissant Kershaw tenter d’aller au bout, quitte à le sortir dès son premier hit concédé. Toutefois, la santé du joueur de trente-quatre ans a semblé primer sur sa performance historique, un choix pour le futur des Dodgers, afin d’être sûr de pouvoir compter sur sa star pour les prochaines rencontres. Trop conservateur ou non, le perfect game de Clayton Kershaw a donc finalement été gâché pour préserver son avenir. Une sage décision qui crée tout de même un nouveau what if ? et qui empêche le joueur de devenir le vingt-quatrième joueur de l’histoire à réaliser un tel exploit.

Sept manches parfaites et puis s’en va, voilà ce à quoi se résume la soirée de Clayton Kershaw. Lancé pour un perfect game, le Texan a été sorti pour éviter toute blessure, un choix difficile mais juste de la part de son manager Dave Roberts. Un manque de prise de risque, mais un beau présage pour la suite de la saison du trentenaire après une année marquée par des pépins physiques.

Crédit image en une : David Berding/Getty Images


Louis Rousseau

Les mots "Minnesota Miracle" et "No-Call" sont rayés de mon vocabulaire. Mon cœur pleure la retraite de Drew Brees et la solitude de RJ Barrett au Madison Square Garden.

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