Toutes proportions gardées, il est impossible d’évoquer l’histoire de la NBA dans sa globalité sans faire une place de choix à Magic Johnson. Aujourd’hui âgé de 62 ans, celui qui aura porté toute sa vie le maillot des Lakers avec qui il a glané pléthore de titres tant individuellement que collectivement est un personnage unique, mythique, inénarrable, un joueur hors-pair, un monument ; l’un des privilégiés qui ont brillamment réussi leur reconversion après les parquets…
MJ, seul Rookie de l’histoire élu MVP des Finales,
Nous sommes dans les années 1979 et Jerry Buss, propriétaire des Lakers à l’époque fait intégrer sept nouveaux joueurs à une armada pourtant déjà bien huilée. L’un d’entre eux Earvin ‘’Magic’’ Johnson. La même année, Jack McKinney est nommé HeadCoach mais ne put diriger que 14 rencontres. La faute à un accident de bicyclette en fin d’année qui a failli l’emporter. Dans cette impasse, un homme se révéla. Paul Westhead. Il prit le relai sur le banc et mena Los Angeles au premier de leurs cinq titres dans les années 80. Le premier graal d’une hégémonie qui va ad vitam aeternam va marquer les esprits. Dans la lignée de ce succès, l’enthousiasme débordant et contagieux du rookie Johnson était perceptible à mille lieues et a joué un rôle probant dans la survenue de cette félicité sportive. A ce propos, l’histoire nous enseigne que ce premier titre pour le basketteur hors-pair que MJ deviendra et qui n’était qu’à ses débuts en NBA en ce moment-là va surtout s’accompagner d’une distinction personnelle que personne n’aura vu venir mais qu’il ira chercher de main de maître. Un trophée de MVP lors de la Finale contre Philadelphie. Et comme l’histoire sait si bien bégayer, la magie s’opère en l’occurrence le jour du match 6 plus que crucial dans le dénouement final. Kareem Abdul-Jabbar se blesse à la cheville, Johnson le remplace au poste de pivot et compile 42 points, 15 rebonds, 7 passes et 3 interceptions. M.O.N.S.T.R.U.E.U.X. Score final 123 à 107 pour les Lakers. Durant cette rencontre, Johnson a joué dans quasiment toutes les positions ! Sa performance dans cette série demeure l’une des plus « amazing » de toute l’histoire de la Ligue. C’est d’ailleurs le seul rookie à remporter le titre de MVP des Finales. Un détail protubérant qui situe tout le talent du joueur et toute la personnalité de l’homme. Abdul-Jabbar mentionne toujours cette anecdote pour rappeler aux souvenirs cette singulière saison : « Cette saison-là, on a joué notre premier match contre les Clippers de San Diego. On a gagné grâce à un tir au buzzer de ma part. Tout au long du match, Magic est venu taper le five avec les joueurs qui marquaient. A la fin, c’est comme si on avait gagné le titre NBA… Je l’avais pris à part dans le vestiaire pour lui expliquer qu’il restait encore 81 matches et qu’il devait se calmer. Il était jeune, il ne savait pas encore ce qu’était une saison NBA. » Ce qu’ignorait le longiligne basketteur à cette époque, c’est qu’il avait affaire à un winner dans l’âme, un playmaker de génie, une légende naissante. D’ailleurs, c’est au cours de ces années 80 que le showtime est né et MJ avec ses caviars d’anthologie pour son illustre devancier mais aussi Worthy ou autres McAdoo y a contribué dans de larges proportions.
La légende née, l’heure de la confirmation n’allait plus attendre…,
Outre ses performances individuelles qui ont fignolé avec dextérité la légende qui le singularise, ses duels épiques et électriques dans les années 80 avec Larry Bird, une autre icône de la NBA mais du côté des Celtics de Boston ont aussi érigé le mythe Magic Johnson.
D’aucuns parleront de la saga de la décennie. Celle qui permettra à la NBA de s’imposer comme ligue sportive majeure et d’accroître sa popularité partout dans le monde. En effet, Magic-Bird, Los-Angeles-Boston, c’est la réincarnation d’une tragédie grecque moderne. Une rivalité sans fin, constamment vivifiée et magnifiée, des affrontements que la mémoire de l’histoire chérira à jamais. Toutes choses qui n’empêcheront pas Magic de goûter aux délices des sifflets jusque dans sa propre salle, le Forum d’Inglewood…
Après une saison 1980-81 perturbée par une blessure et une élimination prématurée au 1er tour des playoffs (1-2 contre Houston et Moses Malone), Magic revient avec un mental d’acier pour la saison suivante. Gonflé à bloc, déterminé plus que jamais à prendre sa revanche sur le cours des choses. Tellement revanchard qu’il en a oublié les basiques : le respect des consignes et de l’autorité. Il renie notamment les systèmes offensifs de Paul Westhead dont il réclame la tête urbi et orbi un soir de défaite à Utah. Il menace même de quitter la franchise s’il n’obtient pas gain de cause. « Caprice de star » pour certains. Mais caprice exaucé tout de même. Certains joueurs sont indubitablement plus imposants que les coachs. Quelques jours plus tard, l’assistant de Westhead, Pat Riley prend les rênes de l’équipe. Magic est conspué au Forum lors de la présentation des joueurs contre Seattle. Il paiera son coup de sang au prix fort : il ne sera même pas sélectionné pour le All-Star Game en tant que starter…
Cet épisode sera très vite oublié et noyé dans les abysses de l’histoire parce qu’on parle tout de même-là d’un joueur qui a connu un succès éclatant et extensible dès sa première saison. Tout le corollaire va évidemment suivre dans la foulée. La gloire, l’argent avec un contrat de 25 millions de dollars en 1984. Cette année tempétueuse commencée avec des huées à l’endroit de sa personne va se muer en un récital. Le numéro 32 offrira un nouveau titre à la franchise californienne (4-2 face aux 76ers).
A l’unanimité des observateurs, le jeu de Magic est jugé de brillant et de déroutant. Très grand pour un meneur (2,05 m), Johnson compense son manque de rapidité par des fondamentaux exquis. Surtout, il réalise ce dont les autres sont incapables. Et que dire des passes aveugles, sa trouvaille, son talon d’Achille, son coup de massue sur les défenses adverses. Quand il était au meilleur de sa forme, il était injouable, inimitable, inarrêtable…
1987, le graal absolu pour MJ et une fin de carrière dans la même lignée,
Cette saison-là, Magic Johnson était sur une autre planète, une toute autre qui n’a rien à voir avec celle des mortels. L’année 87, le meneur des Lakers s’adjuge toutes les distinctions et ne laisse même pas des miettes à ses concurrents. MVP de la Ligue, vainqueur de la NBA face à Boston, MVP des Finales, le natif de Lansing dans le Michigan va s’arroger les plus hautes marches les unes après les autres et termine l’année avec des statistiques dantesques au scoring. Dans ce registre, ce sont les Kings de Sacramento qui subiront la foudre de son génie destructeur au panier : un soir de folie où il plante 46 points, son record en carrière. Magic gagnera un dernier titre NBA en 1988 dans un fameux back-to-back contre Detroit. Un duel épique et mémorable dans lequel les Lakers auront cravaché dur, très dur avant de réussir à s’imposer. Preuve que les Pistons étaient désormais forgés pour briller à leur tour. Dans leur sillage, les Bulls de Chicago où un certain Michael Jordan, tapi dans l’ombre, attend son heure. Et comme un axiome, la passation de pouvoirs aura lieu en 1991, en cinq matches pour un succès 4 à 1 en faveur de la franchise de l’Illinois. Cette finale d’Earvin fut sa 9e en 12 saisons ! Devant le prodige Jordan dont la grandiloquence avait semé ses premières salves ce soir-là, Magic se montrera toujours très humble. « Il y avait Michael et puis le reste, c’est-à-dire nous. »
Florilège d’un parcours éminemment majuscule,
Earvin Johnson a toujours été un battant, un winner, une force de la nature que la résilience a toujours poussé à atteindre les sommets. L’illustration la plus parlante, ce sont ses cinq titres NBA obtenus en 1980, 1982, 1985, 1987 et 1988, ses trois titres de meilleur joueur de la Ligue et ses neuf citations dans la All-NBA First Team. Un palmarès monstrueux dont les premières lueurs remontent à 1979 avec les Spartans de Michigan State. Lors de la Finale NCAA contre Indiana State, Magic dispose de celui qui deviendra son rival éternel : Larry Bird. Et pourtant, toute sa vie de joueur, Earvin va vivre avec la hantise de courir après « Larry Legend ». Quelques semaines avant de recevoir son premier award de MVP de la saison régulière, il déclare dans le Los Angeles Times : « Larry Bird en a déjà trois, moi aucun. C’est bon maintenant… ». Le sort sera enfin conjuré en 1987, l’année de toutes les fulgurances. Et pour ce faire, le meneur des Lakers a dû patienter huit bonnes années pour décrocher la plus haute distinction individuelle. Deux autres suivront en 1989 et 1990, deux saisons où Magic loupera le titre NBA avec les Lakers. Magic tire sa révérence dans la foulée, le 7 novembre 1991. Cette annonce est loin d’être anodine et fait suite à une autre qui sera davantage un crève-cœur aussi bien pour les fans du joueur que les admirateurs de l’homme. Stupeur dans le monde entier quand le même 7 novembre, Magic Johnson annonce qu’il est atteint du SIDA et qu’il est obligé de laisser sa carrière sur le flanc. Earvin promet de se battre avec acharnement contre la maladie comme il l’a toujours fait sur un terrain de basket.
Six ans plus tôt, l’acteur américain Rock Hudson fut l’une des premières célébrités hollywoodiennes à succomber au virus. Et si la recherche avance, elle n’avait pas encore atteint l’avancée qu’on lui connaît aujourd’hui. L’émoi suscité par la nouvelle aux quatre coins de la planète, les élucubrations, l’état d’apeurement des fans étaient largement justifiés d’autant plus qu’ici, il était question de l’un des plus grands joueurs de toute l’histoire de la NBA. Heureusement, l’or olympique de Barcelone viendra mettre un peu de baume au cœur du natif de Lansing. La suite, c’est une expérience ratée au bord du parquet comme coach : 16 rencontres en 1994 en remplacement de Randy Pfund et un come-back en tant que joueur lors de la saison 1995-96, après plus de quatre longues années d’interruption. A l’occasion, le sourire le plus célèbre de la NBA n’était plus qu’un lointain souvenir. Le magicien de la balle, le roi du showtime version Pat Riley, le prince d’Hollywood follement glamour, celui qui trouvait en Larry Bird sa parfaite antithèse avait fini d’écrire ses lettres de noblesse.
« Il faut sans cesser pourchasser ses rêves, expliquait Magic après son dernier retour sur le terrain. Le mien est d’être mon propre patron, un businessman accompli. Tant que je n’y serai pas parvenu, je ne vivrai pas complètement heureux. »
Du bonheur, Magic en a donné à tous les fans de basket pendant treize saisons en compilant 906 matchs en NBA, plus de 17 000 points, 6 500 rebonds et plus de 10 000 passes, art dont il était devenu un véritable expert, une figure de proue, un parfait ambassadeur. Pour Magic, aucune assist n’était impossible. Il trouvait ses coéquipiers les yeux fermés. Sur les phases de contre-attaque, le meneur des Lakers s’amusait à tourner la tête dans la direction opposée au jeu pour servir en aveugle un partenaire idéalement placé (« no look pass »). Il l’aura tellement de fois. Ce geste était d’une prévisibilité établie et pourtant, il passait toujours, tout le temps. En revanche, Earvin n’a jamais été vraiment scoreur. Sa meilleure moyenne de points : 23.9 en 1986-87. Le surnom « Magic » lui fut donné par un reporter de presse écrite alors qu’il était encore au lycée d’Everett, dans le comté de Lansing proche de Detroit. Le jeune homme à cette époque puait déjà à profusion la magie, la folie des grandeurs artistiques. Aux âmes bien nées… MAGIC, You ‘re eternal.