Penser le sport : entre éthique et équité

Cet été, WeSportFr vous propose de mêler plaisir du sport et plaisir de la réflexion avec une série d’articles « Penser le sport ». Aujourd’hui, quand le sport pense l’éthique et l’équité.

Le Tour de France vient de s’achever et avec lui une impression désagréable. La domination Sky, l’attentisme général des autres leaders qu’on ne sait pas attribuer à de la pusillanimité ou l’impossibilité de produire un effort supérieur à celui imposé par les hommes de Brailsford.

Et comme chaque fois qu’une domination s’illustre avec trop d’assurance, viennent les soupçons de dopage, légitimes diront les uns – comment Chris Froome peut péniblement accrocher une 65è place au Tour de Pologne et, un mois plus tard, finir à sur la 2è marche du podium de la Vuelta 2011 ? ; trop simples pour les autres – et si le cyclisme des gains marginaux roulait à l’eau claire ?

Ethique et toc !

Mais alors que la définition du dopage était admise comme la pratique consistant à améliorer (notamment chimiquement) ses performances de manière artificielle, l’interdiction faite à l’équipe britannique en 2017 d’utiliser dans les motorhomes des chambres à hypoxie pose un nouveau problème, semblable finalement à celui des combinaisons en polyuréthane utilisées un temps dans la natation, avant d’êtres interdites. Tant qu’elle se limitait à quelques amphétamines, hormones de croissance et autre testostérone, le champ du dopage n’était pas discuté dans son champ de définition, ni dans sa pratique. Mais aujourd’hui, comment distinguer innovation, progrès technologique et dopage ?

Classiquement, on se basait sur l’éthique pour proscrire une pratique considérée comme dopante et en premier lieu l’éthique médicale. Ainsi, la dangerosité avérée de substances telles que les stéroïdes, la cocaïne etc. et leur interdiction civile suffisaient à expliquer leur interdiction dans la médication sportive. Dans le cas de l’EPO, largement utilisé à des fins médicales, on opposait la déviation d’une substance d’abord utilisée à des fins curatives (stimuler la production de globules rouges de patients carencés) vers un usage performatif, contraire donc à l’éthique. L’éthique donc, au centre de la décision.

From éthique to équité real quick

Insuffisante pour autant ! comment expliquerait-elle l’interdiction des combinaisons des nageurs ? Elles ne produisaient aucun effet physiologique, psychiatrique, médicalement nocif et n’affecte pas les nageurs sinon dans leurs performances. Lors de leur prohibition la FINA (Fédération Internationale de Natation) « [tenait] à rappeler que la natation est un sport dont l’essence est la performance physique du sportif, le principe le plus fondamental ».

Ainsi posé le problème ou la notion au centre de la décision de réprouver une pratique (qu’on peut assimiler à un dopage mécanique si l’on suit la logique de son interdiction) n’est plus une éthique médicale mais une éthique essentialisée, rapportée à ce qu’est chaque sport en particulier, et ici à l’équité.

Didier Bolt et Usain Deschamps

Le sport entretient une relation trouble avec l’équité. Quelle autre activité peut accepter de facilité, de décontraction l’iniquité profonde entre les êtres, jusqu’à en faire la promotion par la victoire. Et cela d’autant plus dans les sports à forte dominante physique comme la natation encore, l’athlétisme ou le cyclisme dans lesquels la différence entre les meilleurs se fait principalement sur des composantes déterminées, peu modifiables fondamentalement par le travail, injustes en somme. Impossible de trouver dans ces sports des champions qui ne seraient pas nés avec ce don physique, quand des sports plus technico-tactiques peuvent faire émerger des talents plus incertains mais stakhanovistes ou au sens tactique irremplaçable. On voit mal, par exemple, comment Didier Deschamps aurait pu contester à Usain Bolt ses titres mondiaux et olympiques.

Alors est-ce pour entretenir l’illusion d’une équité impossible ou pour créer une meta-équité que les chambres à hypoxie ou les combinaisons en polyuréthane ont été interdites ? Toujours est-il qu’on veut créer une égalité de force et un peu dérisoire entre ces sportifs. Car enfin leurs conditions de préparation sont largement dépendantes de leur histoire, leur fédération, leur équipementier, beaucoup d’autres choses qui introduisent encore de l’iniquité.

Comme on interdirait à Patrick Modiano d’utiliser un Dupont parce que Marc Lévy n’a les moyens que d’écrire au Bic.  

A propos de l'auteur

Fan de foot mais aussi de Serie A, je prends autant de plaisir à voir jouer Gilles Simon qu'à attendre une arrivée au sprint entre les Alpes et les Pyrénées. Talking Heads et Panetonne.

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