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Portrait NBA-Tyrone Bogues : le génie lutin au pays des géants

Dans le plus prestigieux championnat de basket-ball au monde, la taille n’est pas un épiphénomène. Au contraire, c’est presque une institution, la norme, la règle. Et pourtant, un certain nombre de petits joueurs par la taille ont au fil des décennies même si on peut les compter sur le bout des doigts fait leur nid en NBA et montré aux incrédules : qu’aux âmes bien nées, la taille n’attend point le nombre des années. Dans ce registre, Tyrone Bogues est une référence, une inspiration…

Le texte dans le contexte,

Les Américains fixent généralement la limite à 6 pieds c’est-à-dire 1,80 m. Il va sans dire que tout ce qui est en dessous est petit. Et pourtant, en la matière, un basketteur et pas des moindres encore plus petit que le minimum requis fera taire tous les détracteurs et charcuter l’insidieuse et volubile machine à broyer de la taille. Plus connu sous le pseudonyme ‘’Muggsy’’, Tyrone Bogues, Le micro-meneur passé par Washington (12e choix de draft en 1987), Charlotte, Golden State et Toronto est le superlatif du lutin au royaume des mastodontes; Joe Dalton à côté d’Averell Dalton. Effarante la différence de taille n’est-ce pas!? La belle preuve, Muggsy renvoie au décamètre : 5,3 pieds…1,60m.

Panorama d’un reclus de la taille mais esthète de la balle au panier,

Alain Giresse, membre du carré magique de l’équipe de France des années 80, le dépasse de 3 centimètres. Idem pour Matthieu Valbuena et Marco Verratti. 1,60 m, c’est également 8 centimètres de moins que Spud Webb, qualifié de « nain génial » lorsqu’il remporta le concours de dunks en 1986. Ça fait surtout 71 centimètres de moins que le regretté Soudanais Manute Bol, le joueur le plus pourvu en taille que la NBA ait jamais connu et qui a tracé son sillon dans la première moitié des années 90. Il reste que l’on ne peut pas circonscrire le talent et le savoir-faire à taille et Bogues en est la parfaite incarnation. Même s’il n’était pas le basketteur le plus doué de sa génération, Tyrone Bogues avait tout de même de la créativité, de l’allant, de l’entrain et surtout de l’engagement à revendre. « Tyrone est mon adversaire le plus difficile », confia ainsi très sérieusement Kevin McHale, l’ancien ailier fort (2,08 m) des Celtics et ancien coach des Rockets. Bogues aurait-il une potion magique ou secrète dans sa besace? Indéniablement oui mais elle n’était pas si secrète que cela. Unanimement, beaucoup s’accorderont sur un cocktail détonant de volonté, de vitesse et de muscles. Rapide, agile et fuselé comme une balle de revolver, Muggsy est inarrêtable et surtout insaisissable.
Sa vitesse de bras et son centre de gravité incroyablement bas sont un cauchemar pour tous les meneurs sur lesquels il défend. Pour mieux cerner les tenants et aboutissants de cette dextérité qui déconcerte nonobstant ce déficit imparable de taille, il faut tout simplement aller chercher la source dans le travail acharné et la persévérance. Bien évidemment, Muggsy a toujours été petit et pour cela, il a appris très tôt à compenser son handicap.
« J’ai très vite compris que je ne dépasserais pas le mètre soixante. Ma mère mesure 1,48 m et mon père culmine à 1,66 m. J’ai aussi un frère qui fait 1,68 m. C’est le géant de la famille ! J’ai toujours été satisfait de ma taille, je n’ai jamais souhaité être plus grand. Je n’en veux à personne. Ni à mes parents, ni à Dieu. »
Quand on regarde dans le rétroviseur pour scruter le palmarès de Tyrone Bogues, on a toutes les raisons du monde pour le conforter dans cette perception des choses. Muggsy n’a aucune raison d’en vouloir à la nature puisque sa carte de visite est charnue à souhait.
Morceaux choisis.
Le lutin américain a notamment été élu meilleur joueur du lycée Dunbar à Baltimore en 1983 devant de futurs pros comme David Wingate, Reggie Williams et surtout Reggie Lewis. Cette année-là, son lycée fut officieusement déclaré champion national après avoir bouclé une saison à 31 victoires pour 0 défaite (29-0 l’année précédente). Sa légende va continuer à s’écrire à Wake Forest, son université, où on le surnomma « The human assist » (La passe décisive humaine). Faut-il le rappeler, pour sa dernière année, il tourne à 14.8 points, 9.5 passes, 3.8 rebonds et 3.9 interceptions de moyenne. Toutes choses qui lui vaudront d’être élu dans l’équipe idéale de l’Atlantic Coast Conference. Ses records de passes décisives et d’interceptions à la fac sont plus élevés que ceux de Michael Jordan ou Mark Price. Amazing ! Wake Forest en l’occurrence l’honorera en retirant son maillot n°14. Si vous doutez de la grandeur de Bogues, écoutez son coéquipier de Wake Forest Ralph Kitley (2,10 m) : « Il est tellement fort que j’ai parfois l’impression qu’il me regarde de haut ».

Muggsy en NBA : le synopsis !

Les Washington Bullets le choisissent en 12e position de la draft 1987. Il côtoie notamment Manute Bol durant son année rookie. Ensemble, ils poseront pour trois couvertures de magazine. Et puis vient l’erreur des Bullets qui fut de ne pas le protéger, le blinder. Résultat des courses, l’année suivante, les Charlotte Hornets qui font une entrée probante dans la nomenclature de la NBA en même temps que le Miami Heat, récupèrent « Little big man » au cours de l’expansion draft. En 1990, les fans des Frelons l’éliront même meilleur joueur de l’équipe lui qui se montre auteur du point de vue stats de 9.4 pts et 10.7 pds. Pas de quoi soulever une foule mais suffisantes pour le porter au pinacle de l’estime de nombre de fans de la balle au panier. A partir de ce moment-là, sa popularité ne va pas arrêter de croître et d’étaler ses tentacules.
Elle se hissera un peu comme des vases-communicants à la hauteur de sa science. Tyrone reçoit plus de 200 lettres par semaine lui demandant des photos, des autographes, voire des conseils inspirés pour réussir.
En 1993-94, il dépasse à nouveau les 10 passes de moyennes (10.1 plus 10.8 pts). On ne le dira jamais assez, le natif de Baltimore était un As de la passe.
Bogues était en effet tout sauf un gadget, un jumper par excellence ou un dunker d’exception….
On ne lui demande pas d’aller attaquer le panier. A 3 points, ce n’est sublime non plus. Son truc à lui, c’est la passe et l’interception, jouer à l’énergie, mouiller le maillot, de battre jusqu’à extinction des feux.
En 1992, il réussit deux performances de choix que l’histoire chérira à jamais en prenant 13 rebonds face à Milwaukee puis à… Milwaukee. Il faut dire qu’à son apogée, Tyrone était un exemple qui déteint sur toute l’équipe, le leader irrigateur. Pour leur quatrième saison dans la Ligue, en 1991-92, les Hornets sont en course pour les playoffs jusqu’à la mi-mars. Le rookie Larry Johnson semble porter le cinq à bout de bras. Mais c’est au moment où Bogues se blesse à la cheville que Charlotte boîte et chavire. Son coéquipier Kendall Gill lui rend hommage : « On était orphelins. Quand Tyrone est là et qu’on le voit mettre la pression partout sur le terrain, on a envie d’une seule chose : l’imiter. Il tire l’équipe vers le haut à lui tout seul. »
La petite boule de nerfs et de muscles est un leader dans l’esprit mais aussi dans la forme. « Quand je suis arrivé, on voulait s’appliquer mais ça partait un peu dans tous les sens. Je montais la balle et après la première passe, c’était n’importe quoi. Maintenant, il y a un véritable collectif. Je peux organiser le jeu au mieux. Fini l’égoïsme. On se moque de savoir qui va marquer, seule la victoire compte. »
La Caroline du Nord était la patrie d’origine de Michael Jordan. Au début des années 90, c’est devenu la tanière de Muggsy. Un « little big man » qui aura réussi la prouesse d’infliger 39 contres durant sa carrière chez les pros, dont un sur Patrick Ewing le 14 avril 1993.
« Il m’est impossible de passer inaperçu partout où je vais. C’est parfois contraignant mais je ne vais pas me plaindre, tellement de gens aimeraient être à ma place. »
Le petit lutin devient l’idole des enfants qui portent son jersey partout à travers les Etats-Unis. Un vrai personnage de bande dessinée. Il n’a jamais dépassé les 11.2 points de moyenne sur une saison mais sa taille le rapproche des kids et fait de lui leur plus avenant ami. Ses exploits au royaume des grands les font rêver.
« Quand j’étais gamin, il n’y avait pas de héros local dans mon quartier. Ici, je suis la petite vedette du coin. Tous les gosses du voisinage viennent me saluer, jouer avec mes enfants. Ils se sentent proches de moi, ça leur donne confiance, ils ont l’espoir d’accomplir quelque chose de bien plus tard. Les différences : taille, couleur de peau, religion, niveau social n’ont plus d’importance pour eux. C’est l’une de mes plus grandes victoires. »
Chez les Hornets, sa maison mère à jamais, avec Alonzo Mourning et Larry Johnson en première ligne et lui-même aux commandes, cette équipe de Charlotte qui bénéficie d’une énorme cote de popularité aux Etats-Unis mais aussi au-delà des mers ambitionne de devenir la franchise de la décennie 90. On sait ce qu’il en advint. La saison 1997-98 est à peine lancée que le lutin est transféré chez les Warriors avec Tony Delk en échange de B.J. Armstrong. Chez les Hornets, Bogues demeurera tout de même n°1 pour le nombre de minutes jouées, le nombre de passes, d’interceptions et de turnovers. En revanche, ses deux records d’assists sur un match (19 en saison régulière et 15 en playoffs) ont été écrabouillés par Chris Paul, autre ancien de Wake Forest, en novembre 2007 et avril 2008 contre les Mavs. Sa carrière NBA s’achève peu ou prou dans l’anonymat. Après deux saisons à Oakland où il tombe à 5 points, il passe deux saisons à Toronto puis transite par New York et Dallas sans pour autant en enfiler la tunique.

Une notoriété outre Atlantique,

La légende de Muggsy ne se limitera pas à la NBA et aux côtés américaines. Elle traversera en l’occurrence l’Atlantique en 1986. En Espagne, il conquiert le titre mondial avec les USA. En Europe, on le surnomme « la pile électrique ». Avec les étincelles que son jeu produit sur le Croate Drazen Petrovic ou le Russe Valdemaras Khomitchus, c’est à la fois une boule de neige et un feu d’artifice à lui tout seul. Oui. L’oxymore en vaut la peine. De quoi se faire respecter à jamais.

Longtemps, sa taille le poursuivra et planera sur sa tête comme une épée Damoclès. Bogues est le plus petit joueur à avoir jamais évolué dans la Ligue puisque Earl Boykins culminait à 1,65 m. Lorsqu’il est nommé Head coach du Charlotte Sting, équipe défunte de WNBA, en avril 2005, il doit encore lever la tête : la joueuse la plus petite du groupe, Helen Darlings, mesure 1,70 m… On l’apercevra aussi dans « Space Jam » (1996) où des extraterrestres volaient le talent de cinq basketteurs NBA (Larry Johnson, Barkley, Ewing, Shawn Bradley et donc lui) après avoir été le coach au lycée United Faith Christian Academy. Plus tard, il reviendra chez lui à Charlotte. Michael Jordan a fait de lui un ambassadeur de sa franchise en 2014 lorsque les Hornets ont effacé des mémoires les Bobcats. Depuis, ou on le croise de temps en temps au bord des terrains, comme en janvier 2020 à Paris pour la rencontre entre les Bucks et les Hornets. A ses côtés, deux légendes : Michael Jordan et Kareem Abdul-Jabbar. ‘’Big Little Man’’ a aujourd’hui 57 ans.

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