Portugal : Belenenses viré… de son propre stade

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Ligue 1

Belenenses se scindera la saison prochaine en deux clubs distincts. A l’origine de cette invraisemblable scission, un contentieux entre la direction et la SAD. Qu’est ce que la SAD ? Une spécificité économique endémique du football portugais. Un principe complexe et parfois source d’antagonisme, dont nous allons vous expliquer le fonctionnement.

Qu’est ce que la SAD ?

Crédit : Paulo Calado

Avant 2013, l’administration des clubs portugais se faisait sous le modèle des autres pays européens. Une unique direction chargée de traiter les questions d’ordre sportif, politique, économique et juridique. Un système bête comme chou. Mais en 2013, le gouvernement  portugais détecte des irrégularités dans la gestion des clubs de football. Les principes fiscaux ne sont pas toujours respectés lors des transferts de joueurs, et les salaires de ceux-ci ne sont pas déclarés correctement. En l’absence d’une ferme réglementation, les clubs sont souvent traités inégalement face à la justice.

Le gouvernement souhaite que l’ensemble des entités sportives soient juridiquement considérées de manière impartiale. Un décret promulgué le 3 avril 2013 oblige les clubs portugais à constituer une société anonyme sportive (SAD) ou une société unipersonnelle de quotas (SUDQ) pour pouvoir participer à des compétitions professionnelles. La plupart des clubs privilégient la SAD, modèle jugé le plus fructueux, notamment pour attirer les investisseurs. La SAD représente le visage économique du club. Elle permet de protéger les recettes budgétaires et d’instaurer la rigueur fiscale. En effet, c’est elle qui rend obligatoire la publication des rapports des comptes. Elle est en grande partie (90%) composée d’actionnaires. La SAD  donne également un aspect politique au football portugais : c’est elle qui donne naissance au système de “socios”, supporters élisant le président du club. Elle défère a fortiori davantage de transparence aux directions.

En résumé, les clubs portugais sont aujourd’hui constitués de deux entités : la direction classique et la société anonyme (SAD.) Cette dernière permet aux clubs d’être égaux juridiquement, conformément au dessein du gouvernement. Les supporters ne prêtent que trop peu d’affection à la SAD du club, quand ils ne ressentent pas une réelle hostilité pour elle. Celle-ci caractérise à leurs yeux le football dans ce qu’il a de plus repoussant : la politique, les négociations, les enrichissements personnels. Tandis que la direction classique se veut être la représentante des supporters, des valeurs, de l’identité même du club.

Le cas de Belenenses

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Quiconque s’est déjà rendu à Lisbonne a pu bénéficier de la magnificence du quartier de Belem. C’est ici qu’autrefois les bateaux des explorateurs portugais partaient vers l’au delà. Les somptueux monuments qui s’y trouvent attestent de ce glorieux passé. Un lieu authentique, chargé d’Histoire. C’est dans ce cadre idyllique qu’est né le CF Os Belenenses, en 1919. Il fut pendant plusieurs décennies le 4ème club du Portugal. Il peut se targuer d’être, avec Boavista, la seule équipe en dehors des 3 grands (Benfica, Porto, Sporting), a avoir remporté le championnat. C’est avec fierté qu’il arbore également dans son musée 3 coupes nationales. Belenenses est historiquement une institution du football lusitanien. Ses sympathisants sont présents partout dans le monde. Il compta jadis en première supportrice l’illustre monument de la chanson portugaise ; Amália Rodrigues.

L’écrasante majorité des clubs lusitaniens possède le même dirigeant pour la direction classique et pour la société anonyme (SAD.)  Mais ce n’est pas le cas de Belenenses. Alors que la direction du club est emmenée par Patrick Morais de Carvalho, la SAD est elle dirigée par Rui Pedro Soares. En 2016, de très lourdes tensions sont apparues entre les deux parties, sur fond de discorde concernant un actionnaire majeur. En 2017, les divergences sont telles que le protocole qui liait la direction à la SAD n’est pas rénové. Une scission inédite est ainsi opérée. Belenenses se divise alors en deux clubs distincts : le CF Belenenses, qui appartient à la direction, et le Belenenses SAD,  se rattachant à la société anonyme.

Une situation hallucinante

Crédit : Lusa

Belenenses SAD jouera la saison prochaine en première division car c’est à elle que la section football appartient. Le CF Belenenses est donc contraint de créer une autre équipe, et évoluera la saison prochaine… en 5ème division, le championnat des districts. Un retour à la case départ que le club accepte. Le CF Belenenses conserve cependant le droit de jouer à l’Estadio do Restelo. L’enceinte de 20 000 places, stade de Belenenses depuis 1956, appartient en effet à la direction et non à la SAD. Le CF Belenenses est aussi le détenteur de l’identité du club : c’est à elle qu’appartient l’emblème de l’équipe.

Belenenses SAD jouera la saison prochaine à l’Estadio do Jamor, propriété de la fédération. Elle devra également changer d’emblème. Mais comme stipulé précédemment, les fans soutiennent majoritairement la direction du club et non la société anonyme. Belenenses SAD, évoluant en première division, recevra donc un soutien marginal la saison prochaine. Au contraire du CF Belenenses, évoluant au 5ème échelon national.

Farfelu, n’est-ce pas ? Il est naturel que vous ne compreniez certainement pas tout à cette si complexe histoire. Nous sommes dans la même situation et avons tenté de présenter les faits le plus clairement et simplement possible. Le CF Belenenses se donne 5 ans pour rejoindre Belenenses SAD en première division. Deux clubs portant le même nom pourraient donc s’affronter dans le futur. Imaginez donc deux PSG évoluer en Ligue 1 ?

Cette situation complètement loufoque est l’œuvre de l’étrange système économique du football portugais. Celui-là même qui divise les clubs en deux entités. Et force est de constater que malgré les progrès en matière de fiscalité, ce n’est résolument pas une bonne idée. De là à dire que le principe de SAD est en train de détruire les clubs portugais, il n’y a qu’un pas…

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