Pourquoi l’Athletic Club ne recrute que des basques ?

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Crédits photo : Ander Gillenea / AFP

« Un basque n’est ni français ni espagnol ; il est basque, c’est tout. » Victor Hugo

Fort de son identité basque, l’Athletic Club, basé à Bilbao, en Espagne, a une réputation bien particulière. Dans l’imaginaire populaire, l’Athletic ne peut recruter que des pures basques. Pourtant, Aymeric Laporte y est par exemple passé. Et aujourd’hui y évolue un bosniaque : Kenan Kodro. Si autrefois la règle était stricte, elle s’est aujourd’hui assouplie, pour suivre la cadence infernale d’un football toujours plus mondialisé. La Cantera, nom donné à la politique de recrutement des basques, n’est plus aussi omniprésente.

Aux origines du club

À la toute fin du XIXe siècle, Bilbao est une ville riche, en constant essor. L’université de Deusto (qui sera une commune englobée par Bilbao par la suite) y est construite en 1886. Bilbao, qui est une ville portuaire, attire beaucoup d’Anglais, et notamment de nombreux britanniques venus de Sunderland. Ces derniers fondent au début des années 1890 le Bilbao Football Club. Ces jeunes travailleurs anglais affrontaient régulièrement des jeunes basques, issus de la haute société bilbayenne. À leur tour, ils décident de fonder un club de football à l’accent très anglais : l’Athletic Club. 

En 1902, les deux clubs s’associent sous une seule et même bannière, le Club Vizcaya, afin de participer à toute première Copa Del Rey en 1902, qu’ils remportent. L’année suivante, le Bilbao Football Club et l’Athletic Club fusionnent, pour donner celui que l’on connaît tous aujourd’hui : l’Athletic Club de Bilbao.

Un club devenu incontournable

Pendant la première moitié du XXe siècle, le club de Bilbao est un club phare en Espagne. Lorsque le championnat d’Espagne est officiellement créé en 1928, Bilbao en fait partie, avec 3 autres clubs basques. En tout, ils étaient 10 lors de la première édition, avec notamment le Real Madrid, l’Athletic Club de Madrid (aujourd’hui Atlético de Madrid, il avait été fondé sous ce nom par des basques voulant rendre hommage au club de leur enfance, l’Athletic Club…) et le FC Barcelone. Lors des 8 première éditions, Bilbao en remporte 4, en 1930, 1931, 1934 et 1936. Lors de ses deux premiers sacres, l’Athletic Club se paye même le luxe de réaliser le doublé Coupe – Championnat. Fred Pentland, ancien entraîneur du Racing Santander, et qui avait déjà entraîné Bilbao entre 1921 et 1927, est un grand artisan de ces succès. 

Crédits photo : Wikipedia

Aujourd’hui encore, l’Athletic Bilbao a l’un des plus beaux palmarès d’Espagne. Avec 8 titres de champion d’Espagne et 23 (!) Copa Del Rey, le club a détenu ce record jusqu’en 2009. Seuls le Real de Madrid, le FC Barcelone et l’Atlético de Madrid ont un palmarès plus fourni en Espagne en terme de titres de champion. D’ailleurs, les Rojiblancos ainsi que les deux clubs les plus titrés d’Espagne sont les trois seules équipes à n’avoir jamais connu la deuxième division. Quand on sait depuis quand ces sections sportives ont été créées, c’est incroyable !

Qu’est-ce que la politique de la Cantera ?

Cette politique tient son nom de l’organisation elle-même de son académie. Cela englobe l’ensemble des jeunes joueurs évoluant au sein du club. En Espagne, de nombreux clubs s’appuient sur leur Cantera afin de développer de jeunes joueurs prometteurs. Lorsqu’ils arrivent au terme de cette formation, les plus performants passent par le CD Baskonia (qui se rappellera aux bons souvenirs des amateurs de basket européen). L’ensemble des jeunes joueurs évoluent sur le complexe de Lezama, le centre d’entraînement du club. 

Au départ, de nombreux joueurs étrangers évoluaient pour Los Leones, et notamment des Anglais (voir plus haut). En 1911, le président de l’époque ne l’entend pas de cette oreille, et change radicalement de philosophie de recrutement. Celle-ci se rapproche alors d’un poète basque de l’époque et fondateur du nationalisme basque : Sabino Arana Gori. Désormais, seuls des joueurs purement basques et formés au club pourront évoluer sous la chemise blanche et rouge.

Crédits photo : Athletic Bilbao

Un premier assouplissement de cette règle est assumé lors des années 50. Cela vise notamment à contrer les vagues de naturalisations de joueurs, réalisées par le Real et le FC Barcelone. Ont notamment été visés : Alfredo Di Stéfano, Ferenc Puskás, José Santamaria et Ladislao Kubala. Désormais, la règle des grands-parents s’applique. Un joueur peut évoluer sous les couleurs de l’Athletic Club si au moins un de ses ainés est basque. Cela permit notamment le recrutement de Armando Merodio. Sur la période, cela octroie de nouveau succès en championnat d’Espagne et en Copa Del Rey. Surtout, sous les ordres de Clemente (ancien joueur du club), Los Leones remportent le championnat coup sur coup en 1983 et 1984, remportant aussi la Copa Del Rey en 1984. Depuis cette année-là, l’Athletic Club n’a remporté qu’un seul trophée : la Supercoupe d’Espagne en 2015. 

Assouplissement de la Cantera et nouvelle politique

Au cours des années 1990, voyant que le club de Bilbao régressait au classement et ne remportait plus rien, les dirigeants décident de nouveau de lisser la règle. Si en 1911 seuls des joueurs purs basques et formés au club pouvaient jouer, aujourd’hui ce n’est plus le cas. Désormais, des joueurs formés dans toute la région basque peuvent intégrer les clubs, et ne sont plus obligés d’être formés au sein même de l’Athletic. Cela tua notamment la Cantera de la Real Sociedad, éternel rival. La Real, qui appliquait la même politique que l’Athletic Club, n’exerce aujourd’hui plus ces préceptes.

Cette nouvelle règle permet donc de recruter dans tous les canteras de la région, et parfois même dans les communautés autonomes environnantes (La Rioja et la Navarre). En résumé, un joueur peut joueur pour Bilbao s’il est né dans la région, ou qu’il a un grand parent basque, ou qu’il a été formé dans un club de la région (qu’il soit basque, espagnol ou étranger). 

Cet assouplissement a notamment permis d’enrôler Aymeric Laporte, ayant un grand parent basque. Il fut recruté dès l’âge de 15 ans par l’Athletic Bilbao. Plus récemment, Iñaki Williams s’est vu ouvrir les portes de Los Leones, puisque né à Bilbao de parents ghanéens. Il a notamment commencé son parcours junior au CD Pampelune, club de Navarre (région attenante). Il devient, lors de la défaite des Rojiblancos face au Cordoba CF, le premier joueur d’origine africaine à défendre les couleurs d’un club basque. 

Kenan Kodro, qui est arrivé à Bilbao le 31 Janvier 2019, est le dernier joueur à illustrer à la perfection la dernière interprétation de la Cantera. Le joueur, de nationalité Bosniaque, est né à San Sebastian, au Pays Basque. Formé à la Real Sociedad, le joueur a réalisé l’ensemble de sa formation au sein d’un club basque. Respectant donc les critères de la Cantera, c’est tout naturellement que l’équipe évoluant à San Mamés Barria a pensé à lui. 

Amélioration des résultats 

Suite à cela, les résultats de l’Athletic Club ont nettement progressé. Alors que le club a parfois dû lutter pour son maintien, comme en 2005-2006 et 2006-2007, Los Leones ont désormais plutôt un statut de candidat déclaré pour une place en Ligue Europa. Le passage de Marcelo Bielsa a notamment fait du bien au club en terme de performances. Lors de la saison 2011-2012, les Rojiblancos accèdent à la finale de la Ligue Europa, après avoir fait tomber Manchester United, Schalke 04 et le Sporting Portugal. Malheureusement, l’Atlético de Madrid plie les espoirs de titre de l’Athletic Club, sur une défaite sèche par 3 buts à 0. 

Cette année, avant l’interruption mondiale du football liée à la pandémie de coronavirus, les hommes de Gaizka Garitano ont réussi à se hisser en finale de la Copa Del Rey. Lors de ce match, ils affronteront leur rival de toujours : la Real Sociedad, à Séville. Si la date est encore à déterminer, pas de doute que, si elle a lieu, la finale sera complètement explosive, et surtout une grande fête pour le football basque. 

Pour de nombreuses raisons économiques, politiques, diplomatiques, ou encore sportives, le club de Bilbao, pionnier du football basque, a vu ses règles évoluer. Créé par des anglais, puis réservé aux basques, le club a su s’ouvrir peu à peu, ne s’enfermant pas dans un nationalisme extrême, témoin d’une autre époque. Aujourd’hui, le club a conservé son authenticité, son histoire, ses traditions, sans pour autant être ségrégationniste. L’Atheltic Bilbao, c’est un modèle du genre, tant dans la formation que dans le recrutement. San Mamés Barria, véritable écrin, accueille les jours de match l’une des équipes les plus particulières du Monde, et il y a de quoi. 

Ligue 1

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