Mercredi débuteront les championnats du monde de biathlon. Organisés cette saison en Allemagne, à Oberhof, ils mettront donc aux prises les meilleurs biathlètes de la planète sur un format très court. Ici, pas de classement général comme pour la Coupe du Monde, mais à l'instar des JO, chaque course permettra de désigner un vainqueur unique. De quoi donner un peu de piment? Car il faut avouer que depuis le début de saison à Konthiolati, le suspens n'est pas spécialement au rendez-vous. Si le classement général féminin est plus ouvert, chez les hommes en revanche, Johannes Boe ne laisse que des miettes. Espérons, pour l'intérêt général mais aussi pour nos bleus, que le Norvégiens soit un petit peu moins gourmands pendant dix jours.
D'ailleurs, quelles sont réellement les chances de nos Français à Oberhof? Avec des saisons divergentes à tous points de vue, le contingent tricolore arrive avec de grosses ambitions, et notamment les hommes, très decevants depuis l'entame de la saison au regard de ce qu'il s'est passé la saison dernière. Pour les filles, les satisfactions sont plus légions, mais ces dames en veulent encore plus, en bonnes compétitrices qu'elles sont.
Quentin Fillon Maillet, une saison à lancer
Il est tout de même le tenant du titre du gros globe. Vainqueur de la Coupe du Monde la saison passée, QFM n'est que l'ombre de lui-même cette année. En difficulté sur les skis, il l'est également carabine en main, notamment sur le debout, ce qui ne fait que l'éloigner de la concurrence, notamment Norvégienne. 4ème au classement général derrière Johannes Boe, Sturla Laegreid et Vetle Christiansen, il est déjà largué (656 points de retard sur le leader). Mais avec un seul podium à son actif depuis le début de saison (une deuxième place de la poursuite à Pokljuka), la déception est immense.
Premier déçu, il ne cache pas être surpris par ses contre-performances, même s'il sait ce qu'il doit faire pour revenir au top : “je ne m’attendais pas à une saison comme celle-ci. Je ne m’attendais pas à quoi que ce soit, j’aurais aimé continuer sur la dynamique de la saison dernière, j’ai toujours la motivation pour. Je pars sur un nouveau chapitre de ma carrière. Même s’il y a beaucoup de frustration sur ce début de saison, j’apprends plus dans un échec que dans une victoire, car, quand tout marche les choses paraissent tellement plus facile. Là, il faut apprendre à gérer. Mais, cela me donne des idées pour la suite, sur comment optimiser la préparation et essayer d’aller chercher Johannes sur les skis. Je pense en être capable.“
S'il ne se fait guère d'illusions concernant le général de la Coupe du Monde il espère enfin aller chercher une victoire lors des championnats du monde en individuel, tout en espérant ne pas finir bredouille non plus sur le reste de la saison : “Ce qu’il manque encore plus cette année c’est une victoire et si elle arrive sur les championnats du monde cela me ferait encore plus plaisir. C’est mon objectif d’aller chercher ce titre individuel et un troisième et quatrième titre en relais sont bien entendus les bienvenus aussi. C’est désormais mon objectif de saison, le globe étant plus compliqué. J’ai beaucoup d’envie, mais il va falloir être mort de faim !“
Fabien Claude – Emilien Jacquelin, dans un grand jour ..
Des morts de faim, en voilà deux autres. Eux aussi plus ou moins déçus de leur saison respective, ils espèrent faire déjouer les pronostics lors de ces championnats du monde. Fabien Claude et Emilien Jacquelin arrivent en Allemagne le couteau entre les dents. Le premier cité, malgré quelques cérémonies des fleurs et une 11ème place au général n'a toujours pas goûté aux joies d'un podium en individuel. Alors qu'il n'a plus grand chose à jouer au général de la Coupe du Monde, il espère se libéré en Allemagne la semaine prochaine. Toujours plus à l'aise sur des formats longs, il lui faudra réussir une bonne course au sprint pour pouvoir exister sur la poursuite qu'il affectionne tant. Tout en gardant, comme objectif, une breloque lors des relais.
Les breloques, Emilien Jacquelin en a déjà décroché trois sur les courses en solo. Auteur, comme la saison dernière, d'un début de Coupe du Monde tonitruante, il est retombé dans ses travers. Des erreurs, trop d'erreurs sur le pas de tirs. Des courses mal maîtrisées. Un mental qui flanche. Longtemps deuxième du général, il a dégringolé, se maintenant tout juste dans le top 10. Un break a même été nécessaire, après le sprint à Pokljuka, terminé à la 64ème place. “Sur les tirs, il manque du naturel, du relâchement. Tout ce que j'étais capable de mettre en place dans le passé, je n'y suis pas arrivé ces derniers temps. La problématique c'était de comprendre pourquoi je me bloque.Je pense que j'ai la capacité pour jouer la gagne, pour faire des grandes choses. Je me le suis déjà prouvé dans le passé et je pense être plus fort aujourd'hui que je ne l'étais il y a deux ou trois ans.”
Une pause bénéfique, puisqu'il a ensuite participé à deux cérémonies des fleurs en trois courses solo, la mass start à Ruhpolding (5ème) et le sprint à Antholz (6ème). De quoi lui laisser de l'espoir pour cette semaine Allemande.
Julia Simon en tête de file
Chez les femmes aussi, les espoirs sont grands. Avec, évidemment, Julia Simon. Leader au classement général de la Coupe du Monde (76 points d'avance sur sa dauphine Elvira Oeberg), elle s'avance en grande favorite. Trois victoires et neufs podiums déjà cette saison en individuelle (auxquels il convient d'ajouter 3 victoires au relais), et voilà l'arme numéro 1 des bleues lancée à la chasse aux médailles. La plus régulière des biathlètes féminines montrent depuis le début de saison combien elle est fiable. Et donc la meilleure. Si elle a terminé moyennement à Antholz avant la coupure (9ème du sprint, 18ème de la poursuite), la coupure lui aura fait le plus grand bien. Avec la multitude de courses qu'elle va disputer (individuelle, mass star, sprint, poursuite, relais mixte, relais féminin), nul doute que nous devrions la voir monter sur la boîte.
Et les autres alors?
Elle en a fait un objectif dès le début de la saison. Elle va donc devoir montrer les crocs. Anais Chevalier Bouchet, 11ème du classement de la Coupe du Monde et auteur de deux podiums cette saison (dont un au Grand Bornand) veut faire mieux. Mieux que ce rôle de figurant qu'elle joue depuis le début de l'année. “Si j’ai décidé de repartir, c’est pour être à 200 %. Je ne fais pas les choses à moitié. J’ai des ambitions de nouveau hyper élevées pour cette année. Mon objectif principal, ce sont les Mondiaux. Tout ce qu’il se passe actuellement et depuis le début de la saison, c’est de la construction avant les championnats du monde, explique-t-elle à Nordic Magazine. C’est hyper frustrant pour moi parce que j’aimerais jouer plus devant, mais je ne veux pas perdre de vue mon objectif. Je vais arriver aux Mondiaux en ayant fait toutes les erreurs possibles sur la manière d’aborder les courses ou le tir. J’apprends de mes erreurs mais aussi des plus jeunes du groupe qui apportent leur innocence. Maintenant, j’espère je trouverai la bonne clé au bon moment aux Mondiaux. C’est le but et je suis dans mon plan.”
Elle qui avait mis entre parenthèses sa carrière suite à sa grossesse est donc revenue avec l'envie de bien faire. Frustrée de son début de saison, elle attend beaucoup de ces championnats du monde. Et nous aussi !
On attend également beaucoup de Lou Jeanmonnot, la révélation tricolore de l'année. Juste derrière Anais Chevalier Bouchet au classement général, elle a été capable de tirer son épingle du jeu comme lors de l'individuel à Ruhpolding (2ème), de la mass start à Annecy (6ème) ou encore de la poursuite à Antholz (8ème). Elle est capable de faire un coup. Tout comme Chloé Chevalier, irrégulière mais qui, dans un bon jour, peut largement rivaliser avec les meilleures. Comme à la fin du mois de janvier où elle s'était emparée de la deuxième place du sprint en Italie.
Enfin, Sophie Chauveau devra rééditer son week-end exceptionnel au Grand Bornand (4ème du sprint, 8ème de la poursuite, 5ème de la mass start) pour espérer faire vibrer le contingent tricolore. Mais les espoirs font vivre.
On attend évidemment beaucoup de l'Equipe de France de biathlon lors de ces mondiaux à Oberhof. Des médailles, il devrait y en avoir. Reste à savoir combien de breloques nos frenchies vont être capables de décrocher. Réponse mercredi, avec la première épreuve de relais mixte.
Crédit photo : le Dauphiné Libéré