La nouvelle réglementation Hypercar voit l’apparition d’un nouveau constructeur dans la catégorie reine de l’endurance : la Scuderia Cameron Glickenhaus. Inconnue du grand public il y a peu, la petite structure américaine espère bien contrarier les plans du géant Toyota.
Les plus anciens s’en souviendront peut-être. Retour 41 ans en arrière : Porsche part de nouveau favorite pour l’édition 1980 des 24 Heures du Mans. Pourtant, à l’arrivée, un nom truste le haut du classement : Rondeau. La voiture, conçue (et pilotée !) par Jean Rondeau, a mis au tapis toutes ses concurrentes qui partaient pourtant avec plus de moyens financiers. L’équipe française est encore aujourd’hui la dernière écurie indépendante à avoir remporté l’épreuve mancelle.
Cet exploit, c’est ce que tentera de reproduire la Scuderia Cameron Glickenhaus en endurance à partir de 2021. Un nom encore peu familier dans le monde du sport automobile, mais qui va être projeté sur le devant de la scène les 21 et 22 août prochains. Au départ de la 89e édition des 24 Heures du Mans, l’écurie américaine veut jouer les trouble-fêtes et, pourquoi pas, jouer la victoire dès sa première participation. Mais comment la petite structure est devenue, en l’espace de quelques mois, un concurrent sérieux dans le monde de l’endurance ?
De l’imaginaire d’un réalisateur au bitume du Mans…
Glickenhaus, avant d’être le nom d’une écurie de course, c’est tout d’abord un nom du cinéma. Réalisateur des films « Le Droit de Tuer » (1980) ou encore « Le Retour du Chinois » (1985) avec Jackie Chan, James Glickenhaus est aussi un grand passionné d’automobile. Un très grand passionné, au point d’avoir des modèles d’exceptions dans sa collection. Entre autres : une Ferrari GTB Turbo de 1988, une Ford GT40 (victorieuse aux 24 Heures du Mans) de 1967, une Dino Berlinetta Competizione… et au sommet de cette magnifique panoplie : une Ferrari P4/5 by Pininfarina, un modèle unique et inestimable issu d’une collaboration entre le designer et le cinéaste en 2006. Un garage qui en rendrait jaloux plus d’un…

En plus de ses voitures de collection, James Glickenhaus réalise des voitures de sa propre fabrication. Il décide même de fonder sa propre marque de voiture d’exception : la Scuderia Cameron Glickenhaus. Le constructeur sortira des modèles de course dérivée en modèle « road legal ». Engagée dans le sport automobile depuis près d’une décennie, SCG a participé aux 24 Heures du Nürburgring à plusieurs reprises. En 2018 enfin, la petite équipe américaine décide de faire le grand pas. Glickenhaus annonce son engagement dans la nouvelle catégorie Hypercar du championnat du monde d’Endurance (WEC), avec la SCG 007.
Petite équipe, grandes ambitions
Même si, sur le papier, la Scuderia Cameron Glickenhaus semble moins bien lotie que ses adversaires – Toyota et Alpine en 2021, Peugeot et autres à partir de 2022 – l’écurie américaine ne veut pourtant pas faire dans la demi-mesure. Le constructeur sera aligné avec l’équipe Joest Racing, qui a remporté la bagatelle de 16 victoires aux 24 Heures. Rien que ça. Une expérience bienvenue pour la petite structure, novice sur l’épreuve mancelle. Sauber suivra la conception aérodynamique à Hinwil, en Suisse, dans une des meilleures souffleries du monde. Deux autres partenaires français viennent renforcer les rangs de Glickenhaus : l’entreprise Motul, spécialisée dans les lubrifiants, et le motoriste Pipo Moteurs, qui équipera la SCG 007 d’un moteur V8 bi-turbo de 3,5 litres développant 670 chevaux. Des partenaires techniques de renom qui prouvent la crédibilité de la Scuderia Cameron Glickenhaus pour les prochaines épreuves du WEC.
D’autant que du côté des pilotes, le plateau est plutôt sympathique. À bord des deux Hypercars, nous retrouverons des noms connus du monde de l’endurance. Romain Dumas sera le chef de file de l’équipe : avec ses 20 participations et ses deux victoires au classement général du Mans (2010 et 2016), il aura pour objectif d’aider le développement de la voiture et de jouer le rôle du leader d’équipe. Il sera rejoint par deux autres français, Olivier Pla et Franck Mailleux. Dans le reste de l'équipe, nous retrouverons aussi l’Américain Gustavo Menezes, l'Australien Ryan Briscoe, le Brésilien Pipo Derani et le Britannique Richard Westbrook. Soit un total cumulé de 61 participations aux 24 Heures du Mans ! Une expérience nécessaire pour combler les (probables) erreurs de jeunesse à venir…
La SCG 007 a d’ailleurs déjà pris la piste. Les premiers tours de roues ont eu lieu le 25 février dernier sur la piste de Vallelunga, en Italie. Un moment immortalisé sur le compte Twitter du constructeur.
It's 3 AM in NY but it's 9 AM in Vallelunga…#poweredbymotul@motul@herrfrederik pic.twitter.com/ViwPVu3OK2
— Scuderia Cameron Glickenhaus (@Glickenhaus) February 25, 2021
Un immense défi à relever
L'équipe américaine multiplie les essais privés sur les circuits de Monza et de Vallelunga. L'objectif est de se perfectionner en vue de la première manche de la saison. Pour rappel, celle-ci aura lieu en Belgique pour les 6 Heures de Spa, le 1er mai prochain. Un perfectionnement que de nombreux fans peuvent suivre quasiment en direct grâce au compte Twitter de Glickenhaus, qui publie de nombreuses vidéos et photos de leurs essais privés. La Scuderia devra procéder à un roulage de 30 heures sur le circuit d'Aragón en avril pour homologuer son Hypercar.
La Scuderia Cameron Glickenhaus aura fort à faire pour sa première participation dans le championnat du monde d'Endurance. Face à eux, deux concurrents directs : les Toyota, triple détentrices de la couronne des 24 Heures, et Alpine, qui a récupéré un châssis LMP1 de la défunte écurie Rebellion. Mais cela ne fait pas peur au fondateur de l’écurie, James Glickenhaus. Ce dernier entend bien jouer les gros bras dès cette année : « Je rêve de disputer les 24 Heures du Mans depuis l’âge de 11 ans. Nous sommes fiers de chaque pilote qui rejoint notre équipe. Nous sommes David contre Goliath et notre histoire montre que nous boxons bien au-dessus de notre catégorie ». Un rêve qui deviendra donc réalité en août prochain, et qui pourrait déboucher, pourquoi pas, à une victoire surprise, 41 ans après Rondeau.