C’est la première fois que nous abordons le monde du manga sur WeSportFR. Tiago Danieli, 22 ans, est l’illustrateur, auteur et scénariste de The Player, manga dans lequel il raconte l’histoire de Damon Law, rookie médiatisé depuis son plus jeune et qui intègre de la Major Basketball Association. L’histoire, qui sort des standards habituels, satisfait tant les passionnés de basket que les novices. Tiago a imaginé une ligue mondiale de basket, 32 équipes, et nous embarque pour suivre le parcours de son personnage principal qui se confronte pour la première fois à l'âpreté de la compétition professionnelle et ses rivalités.

Tiago, qui nous raconte son parcours avec humour et sincérité, a scénarisé son manga de A à Z. Des ressemblances et références avec la réalité sont présentes au long de l'histoire, mais la mise en scène est assez bluffante. Le personnage principal est un jeune basketteur bourré de talent qui vient d'être drafté par les Phoenix Embers, une team sans prétention mais qui va compter sur sa pépite hors norme pour atteindre les sommets…    

 

Bonjour Tiago ! Peux-tu nous expliquer ton parcours ? 

Je suis passionné par la dessin depuis toujours. Il y a six ans, j’ai donc décidé de stopper ma scolarité pour me consacrer entièrement à ma passion. Selon moi et malgré des bons résultats, l’école me ralentissait car il m’était difficile d’avancer sur le dessin. Et c’est ça qui m’importait. 

J’ai quand même décidé de voir ce que pouvaient m’apporter des cours de dessin mais là aussi j’avais besoin d’avancer de moi-même. Les gens voient souvent cette discipline comme une activité tandis que moi je dessine à temps plein. La sortie de The Player, disponible en version physique depuis la plateforme Lulu, est une première victoire pour moi et me conforte dans mes choix antérieurs. 

Tu as sorti The Player cette année mais lors de tes « premiers » essais, on ne t’a pas toujours facilité la tâche.  

Je travail sur plusieurs projets depuis mes 16 ans. Je voulais réaliser des travaux et les présenter aux éditeurs. Mais obtenir une réponse prend beaucoup de temps et du coup, j’ai décidé de publier de manière autonome sur Internet. 

J’ai d’abord envoyé un prémice (50 pages) de The Player à un éditeur mais j’ai essuyé un refus. Avant de recevoir cette réponse négative, j’ai eu le temps de sortir 50 autres pages de science fiction que j’ai envoyées à un autre éditeur. Ce dernier était plus intéressé par mon premier essai sur le basket que par la science fiction. Suite à sa demande, je réalise alors deux premiers chapitres. À l’issue de ces chapitres, je devais être publié mais au final, ce fut silence radio. Dans la foulée, en octobre 2017, je me décide à avancer par moi-même. J’ai appris avec les bâtons dans les roues qu’on m’a mis. 

Es-tu toi-même basketteur ? 

Je suis très bon en air ball (rire). Plus sérieusement, je vais jouer de temps en temps avec des amis mais je ne suis pas un grand joueur.

Tu dis que ton personnage principal est un mélange Lebron James, Michael Jordan, Kobe Bryant et Kawhi Leonard. Ce sont tes joueurs favoris ? 

Je ne dirais pas oui. Lebron est loin d’être un de mes favoris par exemple car je ne me reconnais pas forcément en lui. Je vais préférer un joueur comme Gilbert Arenas. Je suis un fan des Wizzards. À la base j’ai aimé cette franchise pour ses maillots, l’ambiance, le logo, etc. C’est d'abord ce qui m’a attiré et ce n'est que par la suite que j’ai appris qu’ils ne gagnaient pas. Le jour où la roue va tourner, ça sera magnifique. 

Tu es bien évidement un amateur de mangas. Quels sont tes références et tes inspirations ?

Tout a commencé avec Dragon Ball, ensuite Naruto m’a accompagné (un peu déçu de la fin) puis j’ai continué avec Death Note, Bakuman et L’Attaque des Titans. J’ai à peu près 450 mangas donc je ne résumerais pas mes inspirations aux quelques noms cités. C’est vraiment une culture à part entière. 

L’écriture de l’histoire de The Player a été rapide mais ce sont les dessins qui ont été plus chronophages. Tu as pris combien de temps pour réaliser ce manga ? 

En tout, ce projet m’a pris 2 ans. En deux jours, j’avais bouclé l’histoire, ensuite c’était un peu plus long pour le story board. Côté dessin, ce manga représente 8 mois de création pure avec une douzaine d’heures de dessin par jour. Il faut être passionné pour faire ce métier. En réalité, c’est l’édition, la partie souvent invisible côté lecteur, qui m’a pris beaucoup de temps notamment avec la version papier. Jusqu’à présent je n’étais présent que sur le digital donc c’était quelque chose de nouveau pour moi. J’ai même failli me décourager à plusieurs reprises, mais j’ai bien fait de prendre mon mal en patience !

Tu dessines depuis toujours. Comment t'es-tu développé, toi et ton style ?

Je dessine depuis toujours, depuis assez longtemps pour ne pas me souvenir de l’âge. J’ai pris des cours mais ça ne m’a pas aidé. La première fois, on m’a dit que j’avais trop d’avance par rapport au reste des élèves. La deuxième fois je suis resté un peu plus longtemps mais ça n’allait pas assez vite. J’étais avec des gens qui n’étaient pas forcément « sérieux », ce n’était pas leur priorité. Ça m’a permis de faire des rencontres, mais n’ayant pas les mêmes objectifs que les autres, j’ai préféré faire mon chemin seul. On peut dire que j’ai plutôt été autodidacte. 

Les illustrateurs que je suis beaucoup sont axés sur les jeux d’animations et les mangas. Ça vient de partout en fait. C’est plus pour la scénarisation que les choses qui m’entourent vont m’inspirer. Je suis allé au Japon par exemple et pendant un mois, je prenais en photo tous les endroits qui me donnaient des idées. J’ai pris tout ce que j’ai pu. La culture japonaise me plait dans son ensemble et j’ai même pris un an de cours de japonais.

Est-ce que tout le monde peut devenir dessinateur ? 

Je pense que tout le monde peut le devenir, oui. La différence vient peut-être de la perception dans l’espace et de la retranscription papier. Au delà de ça, c’est surtout le travail qui va faire la différence. 

Mis à part The Player, quelles sont tes autres réalisations ?

Avant, c’était plus des pages au crayon de papier, pas très professionnel. Au début, j’ai écrit beaucoup de scénarios, pour avoir de quoi présenter aux éditeurs. Mais au final quand j’allais voir un éditeur, ses attentes étaient différentes de ce que j’apportais et je devais construire quelque chose de nouveau. 

Mon premier vrai projet concernait les sports de combat, sujet sur lequel j’ai réalisé une dizaine de planches, à la plume à l'âge de 13 ans. C’est le premier sujet que j’ai envoyé sur Internet. Après, j’en ai fait un sur la mythologie mais on était plus sur du manga d’ado. Je l’avais envoyé à un éditeur, sans retour positif. Après coup, je me suis dit que c’était logique (rire). Suite à ça, plutôt que de sortir des vrais projets, je me suis entrainé à « mieux » dessiner. Et surtout, je suis passé du papier au numérique, me permettant ainsi d’être beaucoup plus efficace. 

Est-ce que ton entourage t’as accompagné et/ou aidé dans la conception et la réalisation de ce manga ? 

Pas vraiment, certains m’ont encouragé mais pas vraiment suivis. Coté famille, ça a été compliqué, on ne m’a pas accompagné tout de suite. Ça n’a pas été facile et l’accompagnement est arrivé un peu tard. C’est dommage, si le soutien familial avait été présent plus tôt, ça aurait accéléré les choses, peut-être. Avec du recul, je comprends et n'en veut à personne.

Le métier peut être éprouvant mentalement : on ne se fait pas trop de connaissances, on travaille en solitaire. Et une fois que c’est fini, on ne dépend que des autres, c’est pas toujours évident. Mais aujourd’hui j’ai quand même un vrai entourage qui me suit.

Est-ce que tu penses que ton oeuvre en inspirera d’autres ? 

Il y a au moins trois mangas basket édités en France. D’ailleurs, il y en a un qui est sorti en animé il y a quelques semaines. La place du basket en France complique la situation du basket dans la littérature. Ce sport est trop peu médiatisé par rapport aux autres pays. Slamdunk par exemple est le 8è manga le plus vendu de tous les temps, mais a connu très peu de succès en France.

J’aimerais inspirer du monde. Je cible ceux qui aiment le basket, mais pas forcément le manga. C’est pour ça que j’ai mis un sens de lecture français. Pour simplifier et rendre accessible à tous. 

C’est un peu tôt pour être une source d’inspiration, surtout que j’ai sorti qu’un tome. On verra un peu plus tard, et ça dépend aussi des ventes. 

Quelles sont tes ambitions avec The Player ? Et peut-être avec d’autres projets ? 

Actuellement je démarche un éditeur pour un manga de basket. D’autres projets sont là, mais j’aimerais vraiment que The Player fonctionne dans un premier temps. 

Je fais aussi du comic sans couleur, j’en ai un aussi webtoon (BD sur Internet ; lecture de haut en bas, fait pour faciliter la lecture en ligne). Ça se lit en scrawlant et c’est un webtoon de basket, évidement. Dans l’univers de The Player mais pas la même histoire, c’est un spin of. 

Il y a un Tome 1… quand arrivera le Tome 2 ? 

Ça dépendra des ventes. Je n’ai pas encore commencé, j’attends d’avoir la certitude que l’activité est pérenne. Je me suis mis une dead line pour les ventes du tome 1. En fonction de ça j’aviserais. Au pire des cas, je partirai sur autre chose, avec les projets dont j'ai parlé précédemment. 

C’était aussi un tome 1 pour me faire connaitre, c’est mon premier vrai projet abouti. J’ai accompli beaucoup par rapport à d’autres indépendants. J’en suis fier et j’espère que ça ira plus loin. 

Autre chose en particulier ? 

Me suivre sur les réseaux permet de voir comment avancent mes projets. Je fais aussi pas mal d’illustrations sur la NBA et aussi d’autres thèmes. C’est une belle vitrine. 

@Tiago_Danieli

Vous pouvez retrouver The Player dès maintenant sur la plateforme Lulu