Pour sa première participation au Tour de France, l’intenable Mathieu van der Poel n’aura pas attendu bien longtemps pour imposer sa classe et son talent sur la plus grande course cycliste au monde. Dès la deuxième étape, le Néerlandais a levé les bras à Mûr-de-Bretagne, en solitaire, comme il sait si bien le faire. L’occasion pour We Sport de revenir plus en détail sur la construction de cette victoire d'anthologie.

 

Pour expliquer le succès de Monsieur van der Poel, une recontextualisation s’impose. À 26 ans, il était enfin temps que le petit-fils de Raymond Poulidor s’aligne sur la Grande Boucle. Et quoi de mieux pour débarquer sur les routes françaises que d’avoir une première semaine de course taillé sur mesure. Et dès la première étape, les journalistes, le public et les coureurs s’attendaient à le voir à la lutte pour le maillot jaune, avec Alaphilippe notamment, à Landerneau. Mais dans la côte de la Fosse aux Loups, une montée qui pouvait lui convenir, MVDP a calé. En finissant vingtième, les rêves de conquête du Saint-Graal, auraient pu s’envoler. Sauf que Mathieu n’est pas qu’un van der Poel, il est aussi un Poulidor. L’audace et surtout la ténacité font partie de son caractère. Il n’y avait donc aucune once de doute ou de désespoir, le soir même où le Julian Alaphilippe de tout un peuple endossait la tunique jaune, tant convoitée. C’est donc avec la rage de vaincre que l’ancien champion des Pays-Bas a pris le départ ce dimanche à Perros-Guirec.

 

Un profil pour puncheur, un profil pour van der Poel

Le profil de la deuxième étape reliant Perros-Guirec à Mûr-de-Bretagne. ©ASO

Le champion tout terrain adore une chose par-dessus tout : les changements d’intensité. Que ce soit sur route, en cyclocross ou en VTT, il se démarque toujours dans les moments les plus durs, et souvent, les plus inattendus. Les courses de côtes, comme cette deuxième étape en plein cœur de la Bretagne représentent le terrain de jeu favori du coureur de l’Alpecin-Fenix. Le final – étant donné les montées et les descentes se succédant – rappelle les classiques ardennaises, avec notamment la double ascension vers Mûr-de-Bretagne. Et si l’on regarde le palmarès du jeune homme, on retrouve logiquement une victoire sur l’une de ces classiques, à savoir l’Amstel Gold Race 2019. Coïncidence… oui ! 

Reste toutefois deux questions en suspens. Comment peut-il se démarquer des Alaphilippe, Pogačar et autres Roglič pour remporter l’étape ? Et, comment peut-il récupérer dix-huit secondes à ce même Français pour endosser un maillot jaune, que son aïeul n’a jamais eu la chance de porter ?

 

Un van der Poel toujours plus surprenant

À 16,9 km de l’arrivée, van der Poel sur un coup de panache – dont il est l’un des seuls à avoir le secret – décide de répondre aux questions précédemment citées. En un instant, grâce à une attaque aussi surprenante que puissante, il se retrouve seul en tête. Le public a déjà des étoiles plein les yeux, et le voit aller jusqu’au bout en solitaire. Mais, lui a un objectif différent pour le moment. En danseuse, il cherche les huit secondes de bonification qui lui permettraient de faire un rapproché au général. Au sommet, le contrat est rempli.

https://youtu.be/7zMEtk6gz0Q?t=283

Bien qu’ayant compté jusqu’à quinze secondes d’avance, il ne passe la ligne qu’avec quelques mètres d’avance. L’essentiel est toutefois bien là. De plus, il a pu jauger son physique en vue de la prochaine ascension. Et point positif, Julian Alaphilippe ne récupère pas de bonification. Virtuellement, il n’est donc plus qu’à dix petites secondes du leader de la course. Mais, il reste encore l’autre moitié du travail à accomplir pour endosser le maillot jaune. Avec 1,7 km à bloc, seul, van der Poel n’en a-t-il pas trop fait et sera-t-il au rendez-vous sur la ligne d’arrivée ?

Au passage sur la ligne à la fin de la première montée, van der Poel coupe son effort. ©ASO

Le début de l'ultime montée à l'économie

Heureusement pour le fils d’Adrie (double vainqueur sur le Tour et porteur du maillot jaune en 1984 pendant une journée), 13 km essentiellement descendants restent à couvrir et lui permettent de souffler. Toujours vigilant et bien placé, il se sait capable de réaliser quelque chose de grand, alors qu’il se présente pour la seconde fois vers Mûr-de-Bretagne. Dès le pied, Ineos impose un rythme dantesque empêchant toute attaque. Mais cela n’empêche pas Formolo de tenter s chance à 1,8 km du but. Pendant ce temps, le porteur du dossard 101 économise ses forces au sein du peloton.

Mouvements avant la flamme rouge. ©France2

 

MVDP se détache et gagne en solitaire avec la manière

Cette courte escapade ne fait pas long feu en raison d’un train Ineos montant à bloc. Ceci passé, c’est au tour de Nairo Quintana d’attaquer 300 m plus loin, souvenir d'une époque où le Colombien courait seul contre le team Sky de l’époque. Sans perdre de temps, van der Poel sort de sa cachette et répond du tac au tac.

MVDP sautant dans la roue de Quintana à 1,1 km du but. ©Eurosport

Au passage sous la flamme rouge, le peloton se regroupe. Avant que Colbrelli accélère à son tour, et que le VTTiste se jette une nouvelle fois dans la roue. Avec une déconcertante facilité, le Néerlandais revient en compagnie de Pogačar et de Roglič. Sans hésiter, il décide de contrer avec un démarrage violent, puissant et laissant tout le monde sur place. Il ne reste alors que 750 m et tout comme les précédents vainqueurs, van der Poel se présente seul face à l’arche d’arrivée. Appuyant avec force sur les pédales, personne n’est en capacité de revenir et certainement pas Alaphilippe. Le lauréat de la veille est impuissant et ne peut rien faire.

À 785 mètres de la ligne, Mathieu van der Poel décide de porter son attaque. ©Eurosport

À 715 mètres, Colbrelli se retourne et n’arrive pas à suivre. Le récent vainqueur des Strade Bianche 2021 sait qu’il ne sera plus rejoint et file droit vers le coup double. Creusant mètre après mètre, il lève le bras droit vers le ciel, dédiant cette victoire à son grand-père.

Colbrelli se retourne et n'arrive pas à suivre, tout comme les autres. ©Eurosport

Le deuxième, Tadej Pogačar, finit à six secondes. Avec le jeu des bonifications et la contre-performance d’Alaphilippe, qui termine à huit secondes, van der Poel s'empare du précieux et tant rêvé maillot jaune pour huit secondes. Il réalise ce que “Poupou” n’a jamais réussi à faire, et devient le troisième coureur de sa famille à avoir remporté une étape du Tour.

Mathieu van der Poel célébrant sa victoire après sa puissante attaque. ©Photo News

 

Avec les deux prochaines étapes promises aux sprinteurs, celui qui est aussi maillot à pois peut espérer conserver sa tunique de leader jusqu'au contre-la-montre dans deux jours. Sa Grande Boucle est dors et déjà réussie, mais il est fort probable qu’il soit de retour aux avant-postes plus tard dans le Tour.

Crédit photo : ASO