127 points encaissés pour 38 points marqués, la valise que les joueurs du XV de France ont enregistrée à l’aéroport d’Auckland pour rentrer en France dimanche dernier peut sembler lourde : 3 défaites de rang : 52-11, 26-13 et 49-14. Sur cette série de tests match le score est sans appel, il n’y a pas eu photo entre les Bleus et la meilleure nation du monde. Cet écart n’est malheureusement pas nouveau, mais le XV de France repart de cette tournée avec des enseignements et cette équipe n’est surement pas la même qu’en avril après le Tournoi des VI Nations et encore moins comme celle récupérée par Jacques Brunel en novembre dernier. Alors après 8 matchs sous l’ère Brunel, que retenir de ces 3 défaites ?
D’une défense de fer à une attaque de folie
Dans la tourmente d’un changement d’entraineur, les bleus avaient su s’appuyer sur une défense de fer lors du tournoi des 6 nations qui leur avait permis de battre les anglais et de presque battre les invincibles Irlandais. C’est avec cette certitude qu’ils ont commencé le 1er test match dans l’Eden Park de Wellington où ils ont pu tenir leur rang pendant une mi-temps. Une mi-temps à défendre avant de sombrer. En seconde mi-temps les Bleus encaissent un incroyable 44-0, défendre ne suffit plus il va falloir tenir la balle. Jouer les All-Blacks nécessite en effet d’attaquer mais surtout d’attaquer les bonnes zones. Les Français se sont habitués en Top14 à gagner en concassant leurs adversaires mais face à la dimension physique et athlétique des Néo-Zélandais les Bleus ont pris un mur. Un mur qui va pointer du doigt les défauts Français et les punir immédiatement. L’approximation ne peut pas exister face à une telle équipe, il faut faire le match parfait pour espérer les battre et on ne peut pas dire, en recevant un carton rouge dès la 10eme minute, que les Français commencent parfaitement leur match.
Réduit à 14 les Français vont se battre pendant 70 minutes. Ils vont aussi attaquer et échouer dans le dernier geste avec 2 essais refusés. Malgré leur supériorité numérique ce sera le plus mauvais match des Blacks, surement par manque d’humilité face au match facile qui s’annonçait. Les Français vont leur donner raison en rendant encore les ballons trop facilement et surtout en commettant des erreurs de concentration en défense, tout de suite punies par des essais néo-zélandais. Les Bleus vont échouer à 13 points des Blacks grâce à un essai à la sirène alors que les Blacks étaient déjà aux vestiaires. Lors de ce match les Français vont se retrouver face à un paradoxe : vaut-il mieux dégager en touche sachant que ce secteur est une catastrophe côté français (13 ballons perdus sur les 3 matchs pour les bleus pour 1 seul volé) ou faut-il dégager le plus loin possible sachant que ces ballons de contre font le bonheur des All-Blacks ? Les Bleus vont trouver la réponse à cette question lors du dernier test-match à Dunedin.
Ils vont alors effectuer une mi-temps d’exception que tous les supporters français attendent depuis longtemps. Les Bleus vont pendant 40 minutes tenir la balle, s’engouffrer dans les intervalles néo-zélandais et jouer après contact en prenant un maximum de risque. Il le faut pour ne pas finir fanny et cela paye pour la 1ère fois depuis le début de la tournée. La fatigue de la fin de saison ainsi qu’un banc plutôt léger finira quand même d’achever le XV de France mais on aura enfin vu une éclaircie offensive. Enfin le XV de France joue et marque autrement que sur des exploits personnels ou des interceptions. La mise en place de ce projet de jeu dépend des joueurs présent sur le pré, certains ont donc bien tiré leur épingle du jeu alors que cela s’annonce plus compliqué pour d’autres.

Les joueurs pour un projet de jeu
Lors de ce 3ème match, ce jeu porté vers l’avant a été l’œuvre de la charnière Parra-Belleau, puis rapidement Serin-Belleau. Si le retour de Camille Lopez ne fait pas trop de doutes, le jeune Toulonnais a vraiment pris du grade lors de ces 3 titularisations, jusqu’à afficher le niveau de jeu et l’aisance qu’il peut avoir avec Toulon. A côté de lui, Wesley Fofana l’a bien aidé, alors que Geoffrey Doumayrou a semblé être plus à la peine lors des 2 premiers matchs. Le Clermontois a soigné son retour et a pris une belle option pour une place dans les 15, aux côtés de Mathieu Bastareaud, qui apporte beaucoup offensivement en tant que point de fixation, et défensivement grâce à ses qualités de gratteur. Les trois-quarts ailes ont eu des difficultés à se montrer à leur avantage, Grosso s’est blessé dès le premier match, il a été remplacé par Gaël Fickou ne jouant pas à son poste, et Teddy Thomas, qui malgré des qualités offensives indéniables, présente des lacunes défensives incompatibles avec le niveau international. En l’absence du capitaine Guilhem Guirado, Camille Chat s’est imposé comme numéro 2 au poste devant le Girondin Adrien Pelissié. Avec Dany Priso et Unui Atonio, les 3 de devant ont débuté les 3 matchs et ont marqué beaucoup de points alors que Rabah Slimani est toujours dans le doute et a très peu joué. Jacques Brunel a surement trouvé un numéro 8 en la présence de Kevin Gourdon. Le Rochelais a certes été en difficulté au premier match mais il a su redresser la barre et a eu l’influence qu’on attend de lui et d’un numéro 8 : de l’avancée et des franchissements. Mathieu Babillot, Bernard Le Roux et dans une moindre mesure Yoann Maestri ont aussi pesé sur la défense néo-zélandaise et vont surement entrer dans la rotation avec Yacouba Camara, Wenceslas Lauret et Sébastien Vahaamahina.
Ce XV de France a subit 3 lourdes défaites mais a su rester une équipe et a continué à nous montrer qu’elle pouvait jouer ensemble. En novembre, Jacques Brunel pourra continuer à bâtir avec cette base et le retour des blessés (Dupont, Jalibert…). Face à l’Afrique du Sud, l’Argentine et les Fidji le XV de France va devoir continuer à grandir mais dans la victoire cette fois-ci afin de retrouver la confiance et la soif de vaincre afin de remplir en 2019 les valises de trophées.
Clément Volt