On y est enfin ! Dernière ligne droite de l'EuroBasket cette semaine, avec le début des quarts de finale. Si la plupart des favoris sont encore en course (seule la Serbie s'est faite surprendre par l'Italie en 8ème de finale), la compétition paraît plus ouverte que jamais. L'Allemagne, solide leader de son groupe, s'est tranquillement imposée contre le Monténégro et affrontera la Grèce des frères Antetokounmpo, sans doute l'épouventail de la compétition. La surprenante Italie, qui a fait tomber Jokic et les siens, sera opposée à une tristounette équipe de France, toujours en course par on ne sait quel miracle, pour un remake des Jeux Olympiques. L'Espagne affrontera l'étonnante Finlande, tenue à bout de bras par Lauri Markkanen et enfin, la Pologne fera face à la Slovénie d'un Luka Doncic déchaîné.
Il faut reconnaître que cet EuroBasket marque les esprits. Pas nécessairement par le jeu collectif prôné par les équipes encore engagées, bien que certains matchs soient plus que plaisants à regarder. Mais surtout grâce aux performances individuelles réalisées par les stars NBA, mais pas que. Les têtes d'affiches portent tant bien que mal leurs équipes respectives et réalisent des cartons historiques. C'est simple, chaque soirée a droit à son record, qu'il soit national ou Européen. La journée d'hier n'y a pas échappée. Pour le plus grand bonheur des amateurs de basket.
Un Doncic record
Commençons par le commencement. Et évidemment, lorsque l'on parle de performances historiques, difficile de ne pas mettre en avant la pépite des Mavericks, Luka Doncic. Le Slovène, troisième meilleur marqueur du premier tour avec 26.6pts de moyenne n'a même pas eu à forcer son talent. Ah si, il s'est distingué de la meilleure des manières face à la France, lors du dernier match de poule pour assurer la deuxième place du groupe à sa sélection. C'est simple, avec 47 points inscrits, il a réalisé la meilleure performance de l’ère moderne du tournoi devant Niko Galis, qui en avait inscrit un de moins. Le tout, à 15/23 au shoot (dont 6/11 derrière l'arc) et 7 rebonds et 5 passes. Il sortait d'un match déjà étincelant contre l'Allemagne (36pts, 10rbds, 4asts) et ne s'est pas arrêté en si bon chemin puisqu'en 8ème de finale contre la Belgique, dans un match plus serré que prévu, il s'est démené, compilant 35pts, 5rbds, 5asts, 4stls.
Il a fallu un grand Luka Magic pour faire chuter les coéquipiers d'Ismaël Bako. Le meneur a lui-même reconnu que rien n'a été simple : « La Belgique a joué du très bon basket. On savait que ça allait être un match difficile. Ils se sont battus jusqu’à la fin. Mais dans les dernières minutes, je trouve qu’on a un peu mieux joué. On a eu un super passage. Mais je félicite la Belgique pour le match qu’ils ont fait. Honnêtement, je ne pense pas que c’était un match facile pour nous. Peut-être que la plupart des gens disaient ça, mais pour nous, ce n’était pas le cas. Ils ont joué avec leur dimension athlétique, et en attaque, ils développaient vraiment du beau basket. Ça n’augurait rien de facile pour nous. Heureusement, dans le dernier acte, on a su passer la vitesse supérieure pour l’emporter. C’était dur, mais on a gagné, c’est ce qui compte ». La Slovénie retrouvera au prochain tour la Pologne.
Les petits se révoltent
Une Pologne emmenée par un AJ Slaughter en feu. Bien connu en France pour ses passages remarqués du coté de Chalon sur Saône et Strasbourg, l'Américain naturalisé a réalisé une performance de haute volée pour permettre aux siens de faire tomber l'Ukraine. Avec 24pts, 5rbds et 4asts, il a dépassé pour la troisième fois du tournoi la barre des 20pts.
Cette barre, Markkanen, lui, l'a déjà dépassée à quatre reprises. Et pour la dernière, il a même fait bien plus que cela. Avec 43pts, il a éliminé à lui seul la Croatie, pourtant favorite, à la Mercedes-Benz Arena de Berlin. Avec cette performance majuscule, il rentre directement dans le top 10 des performances offensives les plus prolifiques de l'histoire de l'Eurobasket, où Nikos Galis, encore lui, truste la plupart des places. Une prestation qui a bluffé, jusqu'à son coach, Lassi Tuovi: « Je suis fier des joueurs. Quoi qu'il soit arrivé dans le match, je vois que les joueurs prennent du plaisir sur le parquet, et c'est pourquoi ils veulent rester un peu plus longtemps. Quant à Lauri, devrait-il faire partie d'un “Big Four” avec Giannis (Antetokounmpo), Luka (Doncic), et Nikola (Jokic) ? Peut-être, mais comme vous le voyez, il ne cherche pas cette attention, et cela me convient très bien aussi. S'il peut rester un joueur “lambda” et éviter les spotlights, c'est aussi bien. Mais jusque-là, il s'en sort très bien. »
Les « Susijengi » (le gang des loups), de retour en quarts de finale sur la scène continentale pour la première fois depuis 1967, retrouveront l'Espagne. Une Espagne qui, sans faire de bruit, enchaîne les victoires et s'appuie sur un collectif plus que sur des individualités, au contraire de bon nombre d'équipes de cet EuroBasket. Articulée autour d'un trio composé des frères Hernangomez et de Lorenzo Brown, la Roja voit son tableau ouvert, et pourrait bien retrouver encore une fois le dernier carré d'une compétition internationale.
Giannis sur une autre planète
Ce dernier carré n'est pas qu'un simple objectif pour la Grèce. Non, ce que veulent les hommes de Dimitris Itoudis, c'est le titre suprême et rien d'autre. Emmenés par un double MVP NBA, les Grecs seraient déçus par un tout autre résultat. Il faut dire que le joueur des Bucks est sans conteste le meilleur joueur de la compétition. Avec plus de 29pts de moyenne, il marche sur la concurrence. Laissé au repos lors du troisième match du premier tour face à la Grande-Bretagne, il a même pu s'accorder une petite pause pour recharger les batteries et repartir sur les chapeaux de roue. Et bien lui en a pris puisque, depuis, il enchaîne les cartons : 41pts et 9rbds contre l'Ukraine, 25pts, 4rbds, 5asts face à l'Estonie dans un match pour du beurre, puis 27pts, 10rbds, 5asts pour éliminer la République Tchèque de Satoransky en 8ème. Avec six victoires en autant de matchs et 11pts d'écart en moyenne (en ayant affronté des équipes comme la Croatie ou l'Italie tout de même), la Grèce s'avance comme le grandissime favori.
Gobert met le réveil
Et la France dans tout cela? Les Bleus sont toujours en vie, et c'est bien le principal me direz-vous. Car, pour l'heure, les Français semblent en dessous de la plupart des équipes encore en lice. Avec deux défaites en phase de groupe (seulement 3ème de la poule derrière la Slovénie et l'Allemagne) et une victoire miraculeuse contre la Turquie en 8ème de finale, les joueurs de Vincent Collet n'ont rien prouvé. Les plus optimistes diront tant mieux, car si le vrai visage de cette équipe se révèle enfin, peut-être alors que les médaillés d'argent des derniers Jeux Olympiques pourraient aller au bout. Toujours est-il que si Rudy Gobert n'avait pas réalisé une performance majuscule à Berlin pour sortir les Turcs, ils seraient déjà à la maison. Avec 20pts et 17rbds, il a battu son propre record qui était de 16 prises.. et qu'il détenait, par deux fois.
En bon perfectionniste qu'il est, il en attend plus, notamment de sa part : « Aussi bizarre que cela puisse paraître, je ne suis pas vraiment content de mon match. J’aurais pu mettre 30 points : j’ai laissé trop de lancers-francs, j’ai raté des trucs que j’aurais dû finir. Si je le fais, on ne va pas en prolongation. Plus que tout, je suis content de notre victoire mais mon match… Je peux faire mieux. »
Si les autres sélections peuvent compter sur des stars NBA en grande forme (Doncic, Giannis, Markkanen, Schroder), les Bleus, eux, ont du mal. Privés de De Colo et Batum pour cet Euro, ils s'en remettent à un Evan Fournier sur courant alternatif et sur un Gobert qui vient seulement de montrer les muscles. Mieux vaut tard que jamais, c'est vrai, mais il faudra plus de constance, mercredi face à l'Italie.
Cet EuroBasket 2022 est un vrai festival de cartons offensifs. Avec du spectacle dans tous les sens, les amateurs de grosse balle orange sont gâtés. Pour cela, on peut remercier les stars NBA, bien au rendez-vous et qui ont décidé de faire le show. Chaque sélection peut s'appuyer sur un joueur présent dans la plus grande ligue du monde et cela donne un tournoi plus qu'indécis. Si le titre risque de revenir à l'équipe qui réussira à exploiter au mieux la totalité de son collectif, gare aux coups de chaud que peuvent prendre les meilleurs joueurs de la planète présents à Berlin.
Crédit photo : BasketUSA